Archive pour le 3 février, 2019

Repas de famille

3 février, 2019

Dès l’apéro, l’oncle Albert pense qu’il faut mettre des murs partout autour du pays pour être tranquilles. Puis, il s’est resservi un quatrième Martini.

Maman a dit : allons, allons Albert ne commençons pas !

Pendant l’entrée, le cousine Fifi a raconté que dans l’usine de slips où elle travaille, les cadences deviennent infernales et que bientôt, elle et ses copines fabriqueront des slips le dimanche au lieu d’aller à la messe.

Le cousin Oreste va sur ses seize ans, il commence à avoir des moustaches, et il est sur le point de passer son bac de sciences économiques, ce qui lui permet de dire que la mondialisation des échanges est à l’origine des problèmes de slips de la tante Fifi.

Maman dit encore : allons, allons. Elle préfèrerait qu’on parle de l’émission de variétés bien connue de la veille au soir.

L’oncle Albert qui a attaqué aux Côtes du Rhône affirme que tout ça, ça n’arriverait pas si on supprimait les subventions aux associations culturelles « dont auxquelles » on sait bien ce qu’elles en font.

Papa qui rappelle son attachement au centre-droit, tout en finissant sa salade lyonnaise, indique qu’à son avis, il faut savoir raison garder.

Maman dit : allons, allons !

La tante Josiane trouve le Président et sa femme très élégants. Elle dit que ça lui fait plaisir d’être dirigé par un chef qui a autant de classe.

A l’arrivée du gigot à l’ail et son gratin, la tante Fifi suggère qu’on fasse une caisse de soutien aux ouvrières des usines en voie de disparition.

La cousine Hélène, au nom de sa très belle carrière dans la social-démocratie rappelle l’existence du crédit impôt pour la compétitivité, une magnifique invention, bien plus efficace que la caisse de la tante Fifi.

Albert dit que le gigot n’est pas assez cuit et qu’il ne donnera rien à la caisse de soutien des gauchistes.

Pour le dessert, Maman apporte un vacherin et dit encore : allons, allons !

Fifi propose d’exclure Albert du partage du gâteau au nom des luttes prolétariennes. On s’esclaffe.

Tante Josiane pense que le Président parle très bien, même si elle n’a pas tout compris.

L’oncle Albert veut encore mettre un autre mur le long des Pyrénées et puis, il s’est endormi sur son vacherin.