Archive pour janvier, 2019

Valse des prénoms

9 janvier, 2019

Madeleine a un bas de laine.

Mégane en achète une.

Gaétan s’étend.

Alice entre en lice.

Clara déclara.

Camélia en cueille.

Naomi omit.

Sarah porte.

Eléonore honore.

Les regards

8 janvier, 2019

« Votre regard en dit long. »

« Ça m’étonnerait, mademoiselle. J’ai un regard absent : je ne vois pas comment il pourrait s’exprimer puisqu’il n’est pas là. »

« Ne mentez pas, vous me déshabillez du regard ! »

« Pas du tout. J’ai le regard en biais, je ne peux donc pas vous regarder. J’observe votre voisine. »

« Vous le faites d’un regard concupiscent : ça ne s’arrange pas. Je vais lui dire de vous foudroyer de son regard à elle. »

« Vous êtes jalouse parce qu’elle, elle a le regard qui pétille. »

« C’est parce qu’elle ne vous a pas encore vu. »

« Si, elle m’a adressé un regard troublé et troublant ! »

« Pas du tout, il était d’abord légèrement ébahi et puis après, je crois qu’elle a regardé le mec qui est derrière vous qui lui a un regard espiègle. »

« Bon, ce serait plus simple si nos regards respectifs se croisaient. Comment voulez-vous que je vous regarde ? »

« Pour commencer de manière admirative si ça ne vous dérange pas. Pour le moment vos yeux sont éteints. Il faudrait les allumer.»

« Avant ça, permettez que je vous parcours du regard. »

« Eh voilà, ça recommence vous m’observez avec un petit air libidineux, appuyé par un sourire en coin. »

« Vous êtes pénible. Echangez donc un regard avec votre copine, vous verrez qu’elle me lance un regard fasciné. »

« Vous prenez vos désirs pour des réalités. Josiane a l’air médusé. Elle a toujours eu le regard vitreux. En plus, elle a oublié ses lunettes. »

« Je vous assure qu’elle a un regard complice qui s’attarde sur ma silhouette. »

« Pas du tout, elle a un regard fuyant. Il vient de se barrer. »

« Bon, puisque c’est comme ça, je vous fais un regard distant. Si vous n’êtes pas plus aimable, je vais passer au regard hautain. »

« Et paf ! Prenez donc mon regard appuyé entre les deux yeux ! »

« Aïe ! Je n’avais pas remarqué cette lueur ensorcelante dans vos deux iris. »

Les cigognes et les ivrognes

7 janvier, 2019

En Bourgogne

Les cigognes

Font la trogne,

Car les ivrognes

Se cognent

Et grognent

Sans vergogne

Comme au bois de Boulogne.

Ce sont des charognes.

Un prétentieux

6 janvier, 2019

« Vous êtes un peu prétentieux. »

« Certes, mais enfin il faut dire que je suis riche, beau, intelligent. Je suis désolé, mais je m’aime beaucoup ! »

« Par contre, je crois que les autres ne vous aiment pas beaucoup ! »

« Un peu de jalousie, sans doute. Je comprends très bien. A leur place, je m’en voudrais de ne pas avoir toutes mes qualités. »

« Vous êtes sûr que vous ne souffrez pas d’un complexe de supériorité ? »

« Ce n’est pas un complexe puisque c’est vrai que je suis supérieur en tout. »

« Sauf en modestie. Les grands hommes savent se montrer humbles. Ce n’est guère intelligent de se pavaner comme un paon. »

« Mince ! Vous croyez ! Je vais essayer l’humilité. »

« Je serais curieux de voir ça. »

« C’est simple. Je ne suis pas si riche que ça. J’ai juste 3 voitures de luxe. Je vous lègue ma Bentley si vous voulez. J’ai peut-être une écurie de course, mais il n’y a que des canassons qui n’ont jamais rien gagner. C’est bon, comme ça ? Je continue ? »

« C’est un début. »

« Et puis tout bien considéré, je ne suis pas aussi beau que le disent les femmes. Certes ma silhouette n’est pas ventripotente, certes mon visage montre de traits nobles et aristocratiques, mais enfin tout c’est très ennuyeux… Votre aspect rondouillard et chauve est beaucoup plus réjouissant. »

« Euh…là, c’est beaucoup. »

« Et mon intelligence, parlons-en. Bien sûr que je suis diplômé d’Hec, de Polytechnique, docteur en droit, mais croyez-vous que tout ça m’a appris la vraie vie. Chaque matin, je suis sidéré par le savoir de mes jardiniers sur la vie des plantes. »

« Eh voilà, vous vous flattez encore. »

« Pas du tout, je viens de vous démontrer que je suis presque pauvre, assez laid, et parfaitement ignorant des choses de la nature. »

« Moi, je crois que c’est une astuce pour vous mettre en avant. Pour faire genre : je ne suis qu’un homme comme tant d’autres. »

« Je fais un effort pourtant pour me mettre à votre hauteur et ne pas paraitre prétentieux. »

« Oui, mais non ! C’est un peu raté. C’est pire que de la prétention. Faire celui qui n’est qu’un homme du peuple alors qu’on a tous les atouts en mains, c’est une imposture. En plus, j’ai besoin d’une cible pour exercer ma jalousie. Alors faites un effort pour être ce que vous êtes, c’est-à-dire pour permettre aux autres de vous détester. »

Fourre-tout !

5 janvier, 2019

Tout-nu

Ce tout-fou

Est tout-puissant.

C’est un risque-tout,

Un touche-à-tout,

Un tout-terrain.

Somme toute,

Ce n’est pas un rien-du-tout

Ni du tout-venant.

Interjections

4 janvier, 2019

Georges est allé en surboum (boum !)

Chez son bof (bof !)

Qui vends des œufs (euh…).

Il a fait une chute (chut !)

Il est tombé de haut (oh !) !

Aïe !

Sa mère lui a mis une claque (clac !)

Désormais, il flippe (flip !)

En mangeant des fraises tagada (tagada !).

Le philosophe et la tondeuse à gazon

3 janvier, 2019

« Vous êtes très ordinaire, finalement. »

« Je m’excuse de ne pas être un excentrique. »

« Je ne disais pas ça pour vous vexer. On a toujours le choix : être comme les autres et passer pour quelqu’un de très ennuyeux, ou alors se démarquer et prendre le risque d’être marginalisé ou considéré comme un dérangé mental. »

« On ne peut pas mélanger les deux ? On pourrait peut-être se montrer ordinaire du lundi au mercredi et excentrique le reste de la semaine. »

« Si vous voulez, mais venez me voir plutôt le samedi ou le dimanche, je n’ai aucune envie de m’ennuyer tous les lundis. »

« L’ennui, c’est que vous faites partie des gens qui me donne l’envie d’être ordinaire tous les jours de la semaine. Avec vos raisonnements, on se sent jugé. On n’a pas envie de dévier de la norme. »

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Il faut bien des normes pour se rassurer mutuellement.  Par exemple, parler la même langue permet de s’entendre. Si vous vous mettez à me parler verlan tout le temps, ça va d’abord m’amuser, puis m’énerver. »

« Vous avez raison, si tout le monde est excentrique tout le temps, il n’y a plus moyen de vivre en collectivité. »

« Le mieux, ce serait que chacun ait droit à des jours dans l’année pour montrer son excentricité. Moi je prends le mois de février. C’est le moment où Josiane part au ski avec les gamins, je suis plus tranquille. »

« Moi, je pourrais être excentrique le jeudi des semaines paires, c’est ces jours là que le patron va au golf avec ses copains. »

« Je constate que pour être excentrique, il faut être débarrassé de la pression de l’Autorité qui vous oblige à rester dans la norme, donc à être très ennuyeux. »

« Et si on renversait l’Autorité ? »

« Voilà autre chose, j’ai un voisin révolutionnaire. C’est bien ma veine. Moi, je préfèrerais être excentrique dans un cadre légal, si ça ne vous fait rien. »

« Le mieux se serait de regrouper les excentriques dans des villages spéciaux. »

« Ce sera une joyeuse pagaille. On verrait vite qu’il faudrait un minimum de règles communes pour bien vivre, donc obliger chacun à les respecter comme ses voisins, donc se montrer ordinaire et ennuyeux. On ne s’en sort pas. Pour prendre une comparaison géographique : la vie est un long fleuve tranquille, ça c’est l’ordinaire. Et soudainement, le fleuve se transforme en chutes du Niagara, ça c’est l’excentricité. » 

« Eh bien, Maître, merci pour cette 136 ème leçon de philosophie. Si vous pouviez penser à me rendre ma tondeuse à gazon. »

Encore des mots !

2 janvier, 2019

Dans leur hameau,

Les Esquimaux

Ne disent mot.

Les marmots

Jumeaux

Sont venus avec leur chameau

Des animaux

Et leurs plumeaux.

 

Poursuites

1 janvier, 2019

« Je vous poursuis, monsieur ! »

« Ah bon ! Et pourquoi, monsieur ? »

« Pour savoir où vous allez ! »

« Est-ce que cela vous regarde, monsieur ? »

« Parfaitement, figurez-vous que je fais mon travail, monsieur ! »

« Qui vous avez payé pour ça ? »

« Secret professionnel ! Maintenant, si vous vouliez bien avancer pour que je puisse vous poursuivre. En restant immobile, vous gênez mon travail. »

« Bon, mais nous pourrions marcher côte à côte. »

« Comment voulez-vous que je vous poursuive dans ces conditions ? Réfléchissez un peu. »

« Ecoutez mon bon. Nous sommes entre gens du métier. Je suis aussi détective privé. Je suis moi-même en train de poursuivre quelqu’un. C’est le mari de ma voisine. »

« Vous me mettez dans l’embarras, monsieur. Moi, je dois savoir où vous allez et non pas les destinations du mari de votre voisine. »

« Il faut bien que je travaille monsieur. »

« Et comment savez-vous que le mari de votre voisine ne suit pas lui-même quelqu’un ? Il pourrait être aussi détective privé. »

« Ecoutez, le mieux ce serait que vous arrêtiez de me poursuivre. Dès que j’ai moi-même fini de poursuivre, je vous fais signe et vous pourrez reprendre votre poursuite. »

« Mais ça ne me convient pas du tout, monsieur. Si je vous poursuis, c’est pour vous surprendre dans des lieux de perditions ou à l’adresse de votre maîtresse. »

« Oui, mais si vous continuez comme ça, on va tous les deux aller au domicile de la maîtresse du mari de ma voisine. »

« En effet, voilà qui serait fâcheux. Finalement, je pourrais y aller avec vous. Comme ça dès que nous serions devant l’adresse de la maitresse du mari de votre voisine, vous avez fini votre travail et je peux tout de suite recommencer à vous poursuivre. »

« Ben… Moi, dès que j’ai fini mon job, je rentre chez moi où ma femme m’attend. »

« Voilà qui ne m’arrange pas. Je dois faire un rapport à votre femme. Je ne vais tout de même pas lui dire que je vous ai suivi jusqu’à chez elle. »

« Ce serait bizarre en effet. Vous pourriez monter à la maison et déjeuner avec nous, ce serait sympa. »

« Ben, non… Toujours pas. Je ne vais pas expliquer à votre femme que je vous ai suivi jusqu’à votre salle à manger où j’aurais déjeuné avec elle.»

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