Archive pour le 23 janvier, 2019

Complaisance

23 janvier, 2019

« Je suis assez complaisant, mademoiselle. »

« En général, ce n’est pas très bien vu. Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? »

« Je sais m’adapter au goût des autres. Par exemple, si vous aimez l’art, je peux vous accompagner avec plaisir dans les musées pour partager votre intérêt. »

« Je vois, mais si vous en faites trop, ça devient de la flatterie, je dirais même de la flagornerie. »

« Et voilà ! Dès qu’on essaie d’être agréable, on se fait stigmatiser. »

« Ne vous énervez pas. Moi, je veux bien que vous m’accompagniez dans les musées, mais à condition que ça ne soit pas pour faire comme si nous avions des centres d’intérêt commun de façon à me séduire, si vous voyez ce que je veux dire. »

« Vous me soupçonnez de bien viles intentions, mademoiselle. »

« Le mieux, ce serait peut-être que soyez complaisant avec vous-même. C’est-à-dire savoir ce qui vous plait vraiment et connaitre les plaisirs que vous avez vraiment envie de partager avec d’autres. »

« Vous avez raison. »

« Attention, j’ai parlé de plaisirs pas de vices. Ne vous complaisez pas dans l’alcool et le tabac par exemple. C’est très mal. »

« Loin de moi cette pensée. Je me complais dans la course à pied. C’est bien ça ? »

« Oui, mais gare aux excès. Si vous vous accordez trop d’importance, nous frisons la vanité. Ne soyez pas trop complaisant avec vous-même. »

« Si je comprends bien la notion de complaisance est subtile. Il faut s’intéresser à soi-même, mais pas trop, pour ne pas avoir l’air vaniteux. Il faut aussi s’intéresser aux autres, mais pas trop pour ne pas avoir l’air de les flatter. »

« Oui, en gros c’est ça. C’est l’école de la juste mesure. »

« Eh ben, ça ne m’intéresse pas beaucoup. Je veux m’intéresser fortement à moi-même d’abord pour me connaitre à fond et puis – on ne sait jamais – parce que je suis peut-être intéressant. Et puis, je veux aussi m’intéresser fortement aux autres, parce que je suis curieux et qu’ils peuvent me faire découvrir des trucs passionnants dont je ne soupçonnais pas l’existence. »