Le parti des mauvais

« Je vais fonder un parti. »

« Encore un ! On va finir par ne plus rien comprendre. Vous êtes de droite, de gauche ou alors de nulle part ? »

« En fait, je milite pour le droit d’être mauvais. Mon parti, ce sera le lieu de tous ceux qui pensent comme moi. »

« Et vous trouvez ça bien d’être mauvais. »

« Oui. Réfléchissez avant de vous énervez. Aujourd’hui, il faut être bon partout : bon salarié, bon mari, bon père, bonne mère, bon éducateur, bon consommateur, bon épargnant, bon sportif, etc. Et si vous n’y arrivez pas, les journaux vous donnent toutes sortes de conseils pour y arriver. Ne pas suivre ce profil d’excellence est très mal vu. »

« Et alors ? »

« Et alors, les gens vivent dans l’anxiété de ne pas être bon quelque part. Moi, je veux qu’ils arrêtent de se mettre la rate au court bouillon. Si on considère qu’être mauvais dans un domaine est un droit fondamental, il n’y a plus de raison d’être stressé. »

« Vous fondez donc le parti des mauvais. Le problème, c’est que personne n’aime reconnaitre ses faiblesses. »

« C’est bien dommage. La course à l’excellence fait beaucoup de dégâts : dépression, burn-out, mauvaise estime de soi… Moi, je propose de la bonne santé à partir du simple constat que personne n’est parfait. »

« C’est vrai que moi-même, je ne suis pas génial 24 heures sur 24, ni 7 jours sur 7. »

« Donc, dans mon programme, il y aura des formations pour apprendre à ne pas s’en faire outre mesure si on est mauvais sportif, mauvais consommateur, mauvais amant… « 

« On a le droit de faire des progrès dans votre parti ? »

« Oui, si on veut. Mais alors, tranquillement, au rythme qui fait plaisir à chacun. Et si on n’y arrive pas, ce n’est pas grave. Le droit d’être mauvais, c’est aussi le droit d’échouer. Il faut absolument que les gens se décontractent, la vie collective deviendrait moins stressante. »

« Et si on est mauvais quelque part, on a le droit de rester mauvais en ne faisant aucun effort pour en sortir ? »

« Tout à fait. C’est une autre des vertus du droit d’être mauvais. Le fait d’avoir la flemme de progresser se trouve légitimé. Je vous décomplexe en quelque sorte. »

« Bon, j’adhère. Il y a une cotisation ? »

« Pour quoi faire ? Je n’ai pas envie qu’il y ait des bons adhérents qui paient leur cotisation et des mauvais qui ne paient rien. Moi, je suis mauvais en gestion comme vous le constatez. Je montre l’exemple par mes nombreuses insuffisances.»

« Présentons des candidats aux élections. Ils seront mauvais, mais la différence avec les autres, c’est qu’ils le diront. »

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