L’air qu’on a

« J’ai un visage sinistre. »

« Oui, c’est curieux. Pourtant le nez, les yeux, le menton, tout ça, ça me semble normal. Vos traits sont réguliers. »

« Quand je me regarde, je trouve que je ressemble à Buster Keaton. J’ai peut-être une carrière possible dans le cinéma. »

« Je ne crois pas, votre cas est encore pire, vous ne faites rire personne. »

« C’est curieux, quand tout parait normal dans un visage, c’est sinistre. Il faut une particularité pour déclencher le sentiment du beau. Je pourrais peut-être me faire refaire le nez pour en avoir un camus ou bourbon ? »

«Euh … avant de parler opération… voyons, voyons…. Essayez de sourire pour voir. »

« Non ! Quand je souris, c’est catastrophique. On dirait que je souffre comme un damné. Les enfants s’enfuient en hurlant. »

« C’est vrai que votre plaisir n’illumine pas votre regard, qui ne reflète pas grand-chose d’ailleurs. »

« Je pourrais peut-être avoir des tics qui me rendent sympathique comme me passer les mains dans les cheveux. »

« Euh… non ! Je préfèrerais que vous joigniez les mains comme une prière devant votre bouche, ça fait celui qui réfléchit. »

« Oui, c’est pas mal. Mais je ne voudrais pas sembler trop intello. Pour être plutôt avenant et sympa, je fais comment ? »

« Je crois qu’il ne faut pas trop compter sur votre physique. Faites de l’humour à froid. Soyez une sorte de pince-sans-rire. »

« Vous croyez ? Mais il faut connaître beaucoup de vannes… »

« Bon, alors il va falloir vous raisonner : vous n’avez pas les moyens de paraître sympathique. Ce n’est peut-être pas aussi grave que ça… Il y a beaucoup de gens qui ont l’air sympas au premier abord et qui se révèlent épouvantables au second. En gros, ça s’appelle une mine d’hypocrite ! »

« C’est vrai, Dugenou, par exemple. »

« Votre visage présente au moins un intérêt pour les autres, c’est qu’on se méfie de vous dès qu’on vous voit. On ne risque pas de mauvaises surprises. »

« Remarquez… Il y a beaucoup d’autres personnes qui n’ont pas un air très avenant. On dirait qu’ils portent toute la misère du monde sur les épaules. Par rapport à eux, j’ai l’air très enjoué. On est toujours le sympathique de quelqu’un d’autre. »

« D’accord, il faut relativiser. Vous devriez fréquenter des gens plus antipathiques que vous, ça vous rassurerait. »

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