Agoraphobe

« J’ai horreur de la foule. »

« C’est de l’agoraphobie, mon vieux. »

« Si vous voulez !  Ça vous plait, vous, tous ces gens qui pullulent partout autour de vous ? Je trouve ça extrêmement menaçant ! »

« Il faut vous y faire, mon vieux. Nous sommes plus de sept milliards sur Terre et ça ne va pas s’améliorer. »

« D’abord, je ne suis pas votre vieux. Ensuite, j’ai besoin d’exprimer ma personnalité. »

« Certes, mais on ne va pas vider les grands magasins pour que vous puissiez faire vos emplettes sans être bousculé ! »

« Je ne dis pas, mais on pourrait au moins dire aux gens que lorsqu’un article me plait, j’ai la priorité. Il est interdit de me marcher sur les pieds pour me le voler. »

« Bon d’accord, on leur dira, c’est tout ? »

« Non, il devrait exister une caisse qui m’est réservée. Je ne supporte plus d’attendre une demi-heure derrière une cliente qui farfouille son sac à la recherche du numéro de sa carte bancaire. »

« C’est très gai, en effet. Vous avez droit aussi à la cliente qui se dispute avec l’employée parce qu’elle rend un article et qu’elle n’a pas le ticket de caisse ! »

« Pendant qu’on y est, il faudrait aussi me réserver une rangée complète quand je vais au cinéma. J’en ai un peu marre des voisins qui mâchouillent fortement leur pop-corn ou qui font des commentaires sur le film. Sans compter ceux qui s’approprient votre accoudoir sans vergogne. »

« Je suppose que la promiscuité des trains vous indispose également. »

« Totalement, il ne serait pas difficile de me réserver un wagon entier. J’ai horreur du regard des types qui s’asseyent à côté de moi. Ou alors de ceux qui lisent mon journal en même temps que moi. Ou encore des gens qui ne sentent pas très bon. »

« Vous allez au stade ? »

« Pour hurler comme des hystériques avec des milliers d’abrutis. Merci bien. Et ma dignité d’être humain, qu’est-ce que vous en faites ? »

« Et dans la rue ? »

« C’est le pire, personne ne me remarque, personne ne dit bonjour… « 

« Vous n’aimez pas les gens et en plus, vous voudriez qu’ils vous remarquent dans la rue ? »

« Oui, je n’aime pas les gens, mais je n’aime pas trop être laissé seul dans mon coin »

« C’est un peu paradoxal. »

« Eh voilà, j’en étais sûr, c’est encore moi qui ai tort ! »

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