Archive pour le 19 juin, 2018

Deux sauvages

19 juin, 2018

« Je suis une bête sauvage. »

« Ah bon ? Vous allez rire : moi aussi ! »

« Je suis un être libre. Je fais ce que je veux !  Je ne respecte pas les conventions sociales, moi. »

« Moi, encore moins. Par exemple, je vis dans un tonneau. Pas de problème de logement ! Pas d’étrennes à la concierge ! Pas de disputes avec les voisins ! »

« Pas mal, mais moi je n’ai pas de boulot et je n’en cherche surtout pas. Pas d’horaires, pas de voisin de bureau ! Je ne suis jamais surbooké, moi ! »

« D’accord, mais moi j’ai fait encore mieux : j’ai eu un travail, mais je l’ai laissé tomber du jour au lendemain, sans prévenir personne, pour bien marquer mon indépendance d’esprit ! »

« C’est bien, mais je fais encore plus fort. Moi, je n’ai pas de Smic, de Rsa ou de machins comme ça.  Bref : aucune aliénation ! »

« Alors vous vivez de la charité publique ! »

« Oui, et si ça ne marche pas, je mords les gens comme le véritable animal sauvage que je suis. »

« D’accord, mais j’ai remarqué que vous lisez, c’est un début de civilisation, alors que moi, je n’ai jamais ouvert un livre. Je suis complètement inculte. Je ne sais rien. Ce n’est pas moi qui risque de me laisser emprisonner par la pensée dominante. »

« Pardon, pardon ! Je n’ouvre que des documents bêtes à pleurer. Par exemple, les hebdomadaires de télé. Et je ne regarde que les images, moi, monsieur ! »

« Je vous ai vu aussi sourire aux gens. Vous voyez bien que vous essayez de vous intégrer dans la société ! Tandis que moi, je fais la gueule ! Inutile d’essayer de m’amadouer par des flatteries ! Un vrai sauvage, je vous dis ! »

« Pas du tout ! Je souris hypocritement pour qu’ils me donnent de l’argent. Je suis un sauvage, mais rien n’empêche d’être un sauvage astucieux et malhonnête ! »

« Vous avez vu ? Moi, je n’ai pas de bagnole ni télé ! Quand je vois tous ces gens prisonniers de leurs volants, je les plains. Vive la sauvagerie libre ! »

« En même temps, vous seriez bien en peine de vous achetez une voiture. Vous n’avez pas un rond. En revanche, moi je vole les voitures et tout ce dont j’ai besoin. C’est ça, la vraie liberté ! »

« Oui… enfin… les flics ne sont pas d’accord. Ils vous mettent en prison de temps en temps tout de même, non ? »

« Peut-être et alors ? Je sui libre en prison, voilà tout ! »

« Allez, j’ai deux sandwichs, je vous invite à mon festin royal. Vous avez la liberté de refuser bien entendu ! Nous sommes entre sauvages libres ! »