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Il est temps pour un conte de l’étang

3 juin, 2018

Dans l’étang, on parle.

Charles, le gardon fait un tour avec Ginette, l’ablette. Elle connait un coin où on peut se nourrir à l’aise, un bon restaurant en quelque sorte. Mais elle a bien précisé qu’elle sort avec Charles en tout bien, tout honneur puisqu’elle est promise à Pierrot.

Pierrot est un petit goujon qui se prélasse dans les bas-fonds en attendant que Ginette, l’ablette revienne des courses pour passer à table. Il ne se méfie pas de Charles, ce gros balourd de gardon qui fait le fiérot en tournoyant autour de Ginette, l’ablette.

Voici la mère Chimène, la vieille perche, qui est un peu bigleuse et qui ne reconnait pas Pierrot. Chimène du haut de ses dix ans, n’est plus assez agile pour trouver de la nourriture. Elle vit de la charité publique.

Ce qui n’est pas le cas de Valentine, l’anguille qui se faufile partout, surtout là où on ne l’attend pas. Elle rapporte à Pierrot, le petit goujon, qu’elle vient de croiser Ginette, l’ablette en charmante compagnie de Charles, le gardon.

Pierrot, le petit goujon sourit jaune. Charles le gardon est nettement plus gros que lui. C’est un monstre de 40 centimètres, ce qui est rare dans sa confrérie. Il a acquis une sorte de leadership parmi tous les gardons de l’étang. Il est bien possible que Ginette, l’ablette, succombe à cet « homme » de pouvoir.

Louis, le vieux pêcheur s’installe sur les bords de l’étang.

Blanche, la tanche sonne l’alerte. Il ne faut pas s’approcher de l’extrémité sud de l’étang. Louis, qui repart bredouille tous les matins, pourrait bénéficier d’une exception à son incompétence si un malheureux s’approchait de sa ligne.

Pierrot, le goujon, s’inquiète. Charles pourrait entraîner Ginette, l’ablette vers des endroits dangereux. Il est temps de secouer les nageoires pour partir à leur recherche.

Il rencontre en chemin Albertine, la truite, qui lui dit de ne pas s’inquiéter. Louis est incapable de pêcher quoi que ce soit. Il n’est jamais à jeun lorsqu’il s’installe au bord de l’étang.

Pendant ce temps, Charles, le gros goujon fait le beau auprès de Ginette, l’ablette. Heureusement, les ablettes vivant en bancs, Ginette est suivie de loin par ses copines de bancs, Paulette et Henriette qui connaissent bien les manœuvres du gros Charles pour les avoir déjà subies.

Pierrot, le petit goujon, arrive sur les lieux, les yeux bouffis de sommeil. Paulette et Henriette s’empressent de le renseigner. Charles fraye avec Ginette. Ils vont en direction de Louis le pêcheur. Vite, il faut intervenir.

Pendant ce temps, Charles ne se sent plus. Il pense déjà à son avenir avec Ginette. Ce pauvre petit goujon de Pierrot ne fait pas le poids. Tiens ! Le voilà, ce minuscule, qui tourne autour d’un vermisseau. Charles pense que cette nourriture, il pourrait l’offrir en cadeau de fiançailles à Ginette. Ce serait du dernier chic.

Il balaie Pierrot, le petit goujon d’un coup de nageoire et se jette sur le vermisseau.

Vers midi, Louis plia les gaules et revint de l’étang jusqu’au village en arborant sa première prise depuis bien longtemps : un magnifique gardon.