Le conseilleur

« Je prodigue volontiers mes conseils. J’en donne à tous ceux qui m’en demandent. Ça ne vous intéresse pas ? »

« Il sont bons vos conseils ? »

« Comment voulez-vous que je le sache ? On connait la pertinence d’un conseil qu’une fois que l’action a eu lieu ! »

« Parce que moi, je préfère les bons aux mauvais. Qu’est-ce que vous faites si un conseil que vous avez donné s’avère mauvais ? »

« Rien. Je n’assure pas le service après-vente. Il faut que celui qui s’est approprié mon conseil le suive scrupuleusement et qu’il assume les conséquences »

« Si vous conseillez mal, vous le mettez en grave difficulté. Par exemple, si vous lui conseillez d’acheter une voiture Renault avec laquelle il a beaucoup d’ennuis, vous croyez qu’il ne va pas vous en vouloir ? »

« Non. Les gens n’aiment pas avouer qu’ils ont fait un mauvais achat, surtout en matière de bagnole. Dans le cas que vous citez, l’homme sera obligé de me sourire, même d’un sourire coincé. Au pire, je lui conseillerai de demander conseil à son garagiste. »

« On devrait vous faire payer vos mauvais conseils. »

« Ce serait assez injuste. Quand je donne un conseil, même s’il est mauvais, c’est la preuve que je m’intéresse aux autres. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Suivez mon regard. »

« Et quand – par hasard – vous donnez un bon conseil, les gens vous en sont certainement reconnaissants ? »

« Pas tellement. En général, les gens s’estiment assez grands pour se débrouiller tous seuls. Quand ils prennent une bonne décision qui correspond à un conseil que j’ai donné, ils font comme si cela avait découlé de leur propre réflexion. »

« Vous devez vous sentir frustré. »

« Non. Donner un bon conseil sans attendre de reconnaissance, c’est un sacerdoce. Pour un peu, je louerais ma grande bonté d’âme. »

« Et vous, vous demandez parfois des conseils aux autres ? »

« Bien entendu. Je ne suis pas monsieur-je-sais-tout. »

« Qu’est-ce qui se passe quand on vous donne un mauvais conseil ? »

« Je m’énerve contre le responsable qui donne une si mauvaise image du rôle de conseilleur. Et je lui fais payer une amende. »

« Et quand son conseil est bon ? »

« Je reprends le conseil à mon compte. Vous voyez… Je sais être modeste. Je n’invente rien. A propos, vous voulez un conseil ? »

« Non. »

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