Savoir-Vivre

« Revenons au savoir-vivre. »

« Ah bon, il faut un savoir pour vivre ? »

« Oui, sinon c’est le règne de la sauvagerie entre humains. Il y a même un cursus. Au niveau le plus bas, nous avons l’homme rustre, celui qui n’a aucune éducation. Au-dessus, on a l’homme tout-juste-poli. Le tout-juste-poli dit bonjour, mais ne tient pas la porte aux dames. Après nous trouvons l’homme courtois. Le courtois est presque parfait, mais il lui manque une touche de raffinement. Enfin, nous arrivons au stade sublime de l’homme du monde qui connait le manuel de savoir-vivre par cœur et qui – en plus – sait l’appliquer sans avoir l’air de l’appliquer. »

« Effectivement, j’ai du chemin à parcourir. »

« C’est à table qu’on repère le mieux le niveau d’études de chacun. Pour être à côté de la maîtresse de maison, il faut être important et homme du monde. C’est pour ça que vous êtes en bout de table. Vous avez de la chance parce que les rustres ne sont même pas admis à table, ils mangent à la cuisine. »

« C’est que j’ai un petit niveau ! »

« Je vois ça : vous parlez la bouche pleine, ce qui a pour effet que vous envoyez de la nourriture dans le décolleté de votre voisine. »

« Ah bon, mais il fallait bien que je dise quelque chose ! »

« Il y a des priorités. Quand vous êtes invité à dîner, le plus important, c’est de parler, pas de manger, encore moins d’avoir l’air de bouffer en se jetant sur votre assiette. Les hommes du monde, savent parler tout en mangeant et en ne faisant pas les deux à la fois ! »

« C’est un vrai métier ! »

« Tout à fait ! Si vous pouviez aussi poser votre couteau pour parler, vous risquez d’attenter à la vie de votre autre voisine. »

« Bon, je vais encore bosser un peu pour accéder au niveau tout-juste-poli. »

« Un exemple classique à connaitre pour passer ce premier examen. Vous allez avec une femme au restaurant qu’est-ce que vous faites ? »

« Je lui tiens la porte. »

« Pas du tout, vous entrez le premier pour vérifier que le lieu n’est pas mal famé et indigne d’elle. »

« Ah bon, il ne faut pas tenir la porte ? »

« Il faut faire les deux. Un homme du monde sait faire. Il tient la porte, puis se faufile devant la femme au prix d’un bel effort de souplesse. »

« J’ai besoin d’un rattrapage rapide pour recevoir mon patron et sa femme. Quelle galère ! »

« Pour un tout-juste-poli, c’est un peu compliqué, la première des choses quand on reçoit quelqu’un, c’est d’avoir l’air ravi de le recevoir. »

« Oui, mais là, je ne suis pas ravi, je suis plutôt obligé »

« Pfff …. »

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