Il y a 50 ans …

« C’est le cinquantenaire de mai 68. Je vais boire un petit coup pour fêter ça. Et puis j’irai déposer une fleur devant mon four à micro-ondes. »

« Qu’est-ce que vous vouliez faire, pépé, à cette époque ? »

« On voulait changer la vie. Briser les carcans et les tabous. Faire comme les parents, ça nous gonflait un petit peu. »

« Euh… c’est un peu raté, votre truc. Vous n’avez pas changé grand-chose. Il y a toujours des pauvres et des riches, des salariés et des patrons, des jeunes et des vieux, ceux qui restent et ceux qui partent en vacances… »

« Oui, peut-être qu’il y a eu un peu de récupération… mais ça ne fait rien. L’important pour une jeunesse, c’est de ne pas accepter l’ordre établi. »

« Le résultat, c’est que tout le monde a eu le bac, cette année-là. »

« Soit-dit en passant, ceux qui ont eu le bac en 68 ne se sont pas révélés plus bêtes que les autres et peut-être moins. Une bonne petite révolution, ça forme les esprits. »

« On peut aussi s’éduquer et se former sans lancer des pavés sur les CRS. »

« Il faut que les rancœurs s’expriment à un moment donné ! Sinon, vous allez former des générations de déçus et de gens blasés. Tu sais… dans le genre : de toute façon, quoiqu’on fasse, ça ne sert à rien, c’est toujours les mêmes qui commandent. »

« Si je comprends bien, pépé, tu voudrais un mai 68, chaque année. »

« Bof ! On en est plus là. Et puis, ça ne produira plus beaucoup d’effet. Un seul mai 68, ça permet d’en parler longtemps avec des trémolos dans la voie. Les anciens combattants ont besoin d’entretenir le souvenir de leur combat. De quoi vous souviendrez-vous avec nostalgie vous ? Je vous plains… »

« Si ! Dans cinquante ans, nous pourrons honorer l’arrivée de Neymar au PSG, ou alors la fin du tabac, ou bien les bonnes vannes qu’on s’envoyait sur Twitter ! »

« Euh …. Si je peux me permettre une critique, ça manque un peu de romantisme. Tandis que nos barricades, nos belles charges de CRS, c’était autre chose … »

« Autrement dit, tu crois que la paix sociale est ennuyeuse… »

« On pourrait dire que l’homme est un animal combatif par nature, il lui faut des motifs de révoltes. Heureusement, il reste le foot ! On va encore essayer de lever l’étendard de la révolte contre les allemands, les anglais ou les brésiliens. »

« Tu trouves ça bien de déchainer la haine des supporters ! »

« Non, tu as raison. Il faut faire des formations pour démontrer qu’on peut être combattant, mais un combattant distingué. »

« Bon… Enfin moi, je ne vois pas pourquoi il faudrait que je me batte contre quelqu’un. Je suis un non-combattant. Mais un non-combattant distingué. »

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