La parole à l’opposition.

« Je m’oppose. »

« Vous vous opposez à quoi, à qui ? »

« Je m’oppose à tout et à tout le monde. Au gouvernement, à mon patron, à ma femme, à mon voisin, au facteur… A tout le monde, je vous dis ! »

« Qu’est-ce qui vous prend ? Vous ne pourriez pas être plus constructif ?»

« Non. C’est dangereux. Dès qu’on avance une idée, on a forcément une bonne chance d’avoir tort. »

« Imaginez que j’ai une idée et qu’elle s’avère bonne. Si vous vous opposez à moi, vous pouvez avoir tort aussi. »

« Non, je peux toujours dire que vous n’êtes allé assez loin, ou alors que la réussite de votre idée a été favorisée par la conjoncture internationale, ou encore que votre succès est éphémère parce que vous n’avez pas dialogué avec vos partenaires. »

« Si je comprends bien, vous avez raison dans tous les cas de figure. »

« C’est tout l’intérêt de s’opposer. L’opposant ne prend jamais le risque de faire quelque chose. Il se contente d’apporter une critique destructrice, comme ça, il est tranquille. Il peut dormir tranquille sans maux d’estomac. C’est aussi un acte de prévention de santé. »

« Mais enfin… Admettons que je prenne des décisions politiques, il faut beaucoup d’arguments pour s’opposer. »

« J’en ai des tonnes : c’est trop tôt ou c’est trop tard, ça coute trop cher, ce n’est pas financé, ce sont les plus pauvres qui vont payer, l’Union européenne est contre, vous n’avez pas concerté les partenaires sociaux, etc… »

« Et si votre épouse décide d’aller passer les vacances à Palavas… »

« J’ai des raisons aussi pour m’opposer : il y fait trop chaud, il y a trop de monde, ta mère y est allée l’an dernier et elle n’a pas aimé, il n’y a aucun évènement culturel alors qu’on devrait profiter des vacances pour s’instruire, le toubib m’a plutôt conseillé des vacances à la campagne, etc… etc… »

« Impressionnant. Et quand votre patron vous confie un dossier dont vous ne voulez pas ? »

« C’est pareil. J’ai ce qu’il faut en réserve. Il y a le célèbre : je suis surbooké. Ou alors, le non moins légendaire : je n’ai pas les moyens. Je peux aussi glisser le fantastique : ce n’est pas dans ma fiche de poste, voyez donc plutôt celle de Dugenou… Quand j’ai le dos au mur, je dis : on va le droit dans le mur ! Comme la dernière fois ! »

« Superbe ! Vous devriez ouvrir un cabinet de consultant pour opposant ! »

« Oui, d’autant plus, que s’opposer ça nécessite des postures physiques finement étudiées. Il faut avoir l’air résolu, tout en ayant l’air désolé de perdre du temps à s’opposer à la médiocrité des propositions qu’on vous fait, alors qu’il y a tant de solutions de rechanges. »

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