La déclaration

« Constance, je me consume pour vous. »

« Non, vous ne pouvez pas dire les choses comme ça. C’est beaucoup trop littéraire. On n’est pas dans une pièce de Molière. »

« Alors, je brûle d’amour pour vous ? »

« Pas mieux. »

« Alors qu’est-ce que je dis ? »

« Il faut faire simple : Constance, je vous aime. »

« C’est dur ! Et si elle est déjà engagée par ailleurs, je vais me ramasser. Et je vais passer pour un idiot. Vous vous rendez compte de la blessure ? »

« Oui, mais c’est comme ça que ça marche. Il est probable que vous allez souffrir. Et plus vous allez insister, plus vous allez souffrir. Normalement, vous allez avoir droit au célèbre « restons bons amis ». Ceux qui sont passées par là, ne s’en sont pas relevés. »

« Et si je faisais celui qui n’est pas du tout intéressé. Ou alors en essayant d’être désagréable avec elle. »

« Vos yeux vont vous trahir. Elle va s’en amuser jusqu’à ce qu’elle vous dise que vous lui cassez les pieds, auquel cas vous allez doublement souffrir : d’abord parce qu’elle ne vous aime pas, ensuite parce que vous l’avez importunée ! »

« C’est compliqué ce truc. Le mieux, ce serait qu’elle devienne amoureuse. Si j’accomplissais un exploit surhumain devant elle ? »

« Moi, je veux bien, mais vous ne pouvez pas trouver une occasion de sauver le monde tous les matins. En plus, il faudrait qu’elle soit présente pour assister à votre œuvre. »

« Et si je faisais le modeste, celui qui ne fait rien d’intéressant. »

« Elle va vous prendre pour quelqu’un d’inintéressant. »

« Bon, alors il faudrait que je fasse quelque chose de viril ! Si je pars sur les chemins, sac au dos, dans les steppes de l’Asie Centrale, vous croyez que ça peut le faire ? »

« Vous pouvez toujours essayer, mais ce n’est pas garanti. »

« Vous avez raison. Et puis avec la chance que j’ai, je risque de tomber sur une grève des pilotes et de dormir trois jours parterre dans un aéroport. Bon… j’ai une autre idée : je prends l’air mystérieux. »

« Il y a longtemps que votre air mystérieux n’intrigue plus personne. Vous risquez de passer pour un malade mental, ce qui n’est guère attirant. »

« Finalement, le mieux, c’est de ne rien faire. »

« Ce n’est pas mal, sauf qu’il y a un risque. Si vous ne faites rien, il ne se passera rien. Le mieux, quand même, c’est que vous l’intéressiez. »

 

Laisser un commentaire