Le corbeau et le renard (suite)

« Qui est le plus blâmable, le courtisan ou le courtisé ? Le corbeau et le renard ? »

« Pour moi le plus sympa, c’est le renard. Il n’a fait que profiter astucieusement des faiblesses maladives du corbeau ! »

« Certes, mais enfin, ce qu’il a fait, c’est techniquement un vol de fromage, c’est immoral et c’est puni par la loi. »

« Primo, la loi n’existe pas entre animaux, à part la loi du plus fort. Secundo, la loi ne règle pas tous les rapports entre êtres vivants. »

« Et la morale qu’est-ce que vous en faites ? »

« Vous trouvez morale cette façon qu’a le corbeau de se prendre pour le meilleur chanteur de tout le voisinage ? »

« La morale n’a rien à faire là-dedans. Qu’il soit le meilleur, c’est peut-être faux, mais ce n’est pas illégal de le dire. Moi, je peux prétendre que je suis le meilleur joueur de pétanque du quartier, ça ne dérangera personne. Le corbeau est comme un honnête homme, victime d’un vol. C’est tout ! »

« C’est comme ça. Il y a un domaine où la règle n’existe pas. Le jour ou le délit de prétention ou de suffisance existera, on sera tous en prison. Pour le moment, c’est le plus fort ou le plus malin qui s’impose. C’est une survivance des temps préhistoriques. »

« Si je comprends bien, pour vous, c’est l’honnête corbeau qui a tort. »

« Votre corbeau, il n’est pas honnête avec lui-même. S’il l’était, il saurait que ce n’est pas lui qui chante le mieux dans la forêt et de loin. En plus, il n’est pas très malin. »

« Vous déplacez le problème. La question ce n’est pas d’être malin, c’est que le fromage appartenait au corbeau. Point barre. Si vous êtes plus malin que moi, ça ne vous autorise pas à me voler ma machine à laver. »

« Votre corbeau est doublement idiot. D’abord de se prendre pour ce qu’il n’est pas, ensuite pour ne pas aller féliciter le renard pour sa ruse. Il aurait pu se faire que l’amour-propre du renard soit flatté et qu’une fenêtre de négociation s’ouvre. »

« Donc, vous vous êtes partisan de négocier avec un voleur ? »

« L’autre solution aurait pu être que le corbeau casse la figure au renard. »

« On peut au moins reconnaître au corbeau la modestie d’avoir compris qu’il était plus faible physiquement ! Il n’est donc pas si prétentieux que ça ! »

« C’est vrai. Lorsqu’on est le moins fort et qu’on le sait, on discute. Le corbeau aurait dû opposer sa ruse à la ruse du renard. A la rigueur, il aurait pu s’allier avec d’autres. Par exemple, payer des hommes de main pour aller reprendre son bien par la violence. »

« Euh … il faudrait d’urgence une suite à cette fable… »

« Et alors, pour vous qui est la plus blâmable, la fourmi ou la cigale ? »

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