Archive pour le 14 janvier, 2018

Partageons nos soucis !

14 janvier, 2018

« Est-ce que je peux vous faire une confidence ? »

« Euh… non, je n’y tiens pas tellement. Tout le monde se confie à moi, je me demande bien pourquoi. J’en ai un peu assez. »

« Vous devriez être content, vous êtes un homme de confiance, on a envie de s’épancher sur votre épaule. Ce n’est pas si courant que ça. » 

« Ou, mais moi dans tout ça ? Si vous me parlez, il va falloir que je m’apitoie sur votre sort. En général, vos épanchements, ça n’en finit pas. »

« Oui, mais si je partage mes soucis avec vous, ils sont moins lourds à porter. Soyez un peu généreux. »

« Vous êtes le dixième de la journée. Tout le monde me file un bout de ses soucis, vous vous rendez compte ? C’est plus léger pour vous, mais plus lourd pour moi. »

« Vous voudriez peut-être que j’aille pleurnicher sur l’épaule de Dugenou qui se fout complètement de ce qui arrive aux autres ? C’est ça que vous voulez ? »

« Il est vrai que Dugenou est un homme un peu léger. On pourrait le bloquer à plusieurs quelque part et nous décharger sur lui de tous nos problèmes. Ah ! Ah ! »

« En attendant qu’est-ce que je fais ? »

« Bon, allez-y, j’espère que vous ne me dérangez pas pour rien. La dernière fois, c’était parce que vous avez rater votre gratin de pommes de terre ! »

« De quoi vous plaignez-vous ? C’était un souci léger à partager, ce n’est pas moi qui vous ai alourdi ! »

« Oui, mais ça s’ajoute au reste. Bon… Qu’est-ce que c’est aujourd’hui ? »

« C’est la mère Dumartin de la compta qui m’a confié que Dugenou drague la pouffiasse de l’accueil. »

« Et alors, c’est un souci pour vous, ça ? »

« Eh bien, évidemment ! Comment voulez-vous que je cautionne une atteinte aux bonnes mœurs. J’ai une certaine moralité tout de même. Je suis donc assez soucieuse de cette situation, je me demande comment je vais m’en tirer. Allez ! Partagez ! »

« C’est obligatoire ? Parce que je m’en fous un petit peu ! »

« Vous refusez ? Quel manque de solidarité ? Vers quelle épaule vais-je me tourner ? »

« Evidemment, vous ne pouvez pas aller dire à Dugenou que votre sens de la moralité est sévèrement blessé. »

« Ce serait bizarre. Vous voyez, il n’y a qu’à vous que je peux me confier. »

« Bon, allez d’accord, je partage ce problème avec vous : quelle canaille ce voyou ! Il piétine allégrement vos valeurs morales. Il ne se rend pas compte du désastre ! »