Archive pour le 2 janvier, 2018

La guerre des sexes n’aura pas lieu

2 janvier, 2018

« Il y a un individu dans la rue. »

« C’est un homme ou une femme ? »

« C’est forcément un homme, puisque qu’individu n’a pas de féminin. Si c’était une femme, j’aurais dit une personne. A la rigueur : une personne de sexe féminin. »

« Je trouve qu’il y a beaucoup de mots désagréables pour désigner un homme. Par exemple, si vous dites : il y a un mec dans la rue, je vois tout de suite que son allure suspecte vous rend méfiant. Si c’est une femme, vous n’avez pas de mot aussi court pour me faire part de votre méfiance. Vous êtes obligé de dire une femme à l’allure suspecte. »

« Remarquez que mec ne désigne pas forcément un individu louche. Les femmes disent souvent ‘mec’ pour désigner leur amoureux. »

« Ce n’est pas beaucoup mieux. Dire qu’elles ont un amoureux, c’est beaucoup trop engageant. Et puis, ça fait vieille France. « Mec », ça fait jeune et décontractée. On peut virer un ‘mec’, larguer un ‘amoureux’, c’est plus délicat. »

« Bon, alors je vais vous dire qu’il y a un type dans la rue. Comme ça, je ne transmets pas une image négative. Un type, c’est un type. »

« Dans ce cas, je vois effectivement un être humain assez neutre. Mais vous n’avez toujours pas de féminin pour dire la même chose d’une femme. Vous êtes obligé de dire : une femme d’aspect commun, sans caractéristique particulière. »

« C’est vrai qu’avec les femmes, c’est toujours plus compliqué. Si ‘type’ ou ‘mec’ induit un jugement négatif à priori, je peux dire qu’il y a un gars dans la rue. Mais je ne peux toujours pas dire ça au féminin. C’est assez dérangeant. »

« Remarquez, vous pourriez toujours dire qu’il y a une femme dans la rue. C’est simple et ça ne la caractérise pas. »

« Il faut faire attention à ce qu’on dit. Si je vous informe qu’il y a un bon homme dans la rue, c’est assez sympa. Vous voyez tout de suite une silhouette rondouillarde et bienveillante. Si je dis : il y a une bonne femme dans la rue, c’est beaucoup plus brutal. Une bonne femme, ça peut évoquer une personne au caractère acariâtre ou méchant. »

« Vous avez raison. Pour désigner un homme, vous avez plus de mots, donc plus de nuances possibles. Si la vision de cette silhouette vous a amusé, vous pouvez dire qu’il y a un pékin dans la rue. Le féminin est toujours impossible. »

« Oui, je peux aussi dire qu’il y a un pingouin dans la rue, c’est encore plus hilarant. Mais la femme du pingouin, est-ce la pingouine ? La question se pose ! »

« Il y aurait peut-être un moyen de s’en tirer en disant qu’il y a un gonze dans la rue, parce que le féminin ‘gonzesse’ est admis, même si le terme est un peu méprisant. »

« Le problème, c’est qu’il n’y a personne dans la rue. Ce qui signifie que la guerre des genres n’aura pas lieu puisque je peux dire qu’il n’y a pas âme qui vive ! »