Archive pour décembre, 2017

Leçon de maths

21 décembre, 2017

« Bonjour. Ce matin, j’ai commencé ma journée en rencontrant une inconnue qui voulait me vendre un produit. »

« Je parie qu’elle n’a pas apprécié vos blagues au second degré. »

« En effet, elle a pris la tangente. »

« Ensuite, je suis allé à mon Cercle pour discuter avec Louis. Son fils est champion de barres parallèles grâce à sa puissance. »

« Il était content ? »

« Oui, mais il a dû partir chez le docteur : il souffrait d’une sinusite. »

« Alors, il vous a laissé seul à votre table. »

« Non, car Marco est arrivé. Vous savez, celui qui vit grassement de ses dividendes. Il a tenu a payé mon addition. »

« Voilà qui est sympa. Il va bien, lui ? »

« Non, il souffre de calculs. Mais ça ne l’empêchera pas d’aller au théâtre. Ce soir, on joue du Racine ! »

« C’est quelqu’un de carré ! Et après vous avez fait quoi ? »

« Je suis allé à l’église, pour voir le père Chinard. Il a été ordonné prêtre, il y a quelques mois. »

« Qui c’est le père Chinard ? »

« Mais si ! Vous savez bien ! C’est celui qui parle tout le temps par paraboles ! »

« C’est vrai ! C’est une constante chez lui ! Vous vous êtes senti mieux après ? »

« Oui, c’est radical ! J’ai pu aller à la foire pour parler avec des exposants. »

« Les affaires marchent ? Sont-elles en croissance ? »

« Oui, ils étaient en nombre ! J’ai rapporté quelques échantillons de marchandises. »

« Par hasard, vous n’avez pas croisé le facteur ? »

« Non, je crois qu’il a démissionné. Désormais, il vit à l’hôtel dans une suite. »

« Il a bien remonté la pente ! Selon toute probabilité, je suppose qu’il a une relation riche ? »

« Oui, il n’a plus de limites. »

« Vous n’auriez pas les coordonnées de sa sœur par hasard ? »

« Non, mais je sais qu’elle vit à l’intersection de la nationale et de la rue Victor Hugo. Vous savez, la rue en pente !»

« Elle fera le maximum pour retrouver votre courrier. »

« Oui, c’est une femme qui a le sens de la mesure. »

« Si ça marche, faites-moi signe ! »

Un voyageur

20 décembre, 2017

Au pays de Galles

Il eut la gale

Puis la  fringale,

Mais cela lui fut égal.

Au Portugal,

Le repas fut frugal,

Mais ce fut un régal

Tout à fait légal.

Anti-pub !

19 décembre, 2017

« Alors comme ça, vous collez des affiches ! Vous n’avez pas honte ? »

« Non, pourquoi, j’aurais honte. Il faut bien vivre. »

« Vous venez de coller une affiche de 2 mètres sur 3, où l’on voit une femme ravissante qui me dit de venir dans un magasin pour avoir 30 % de réduction. »

« Oui, ça s’appelle de la pub. C’est pour attirer le plus de clients possible. »

« Peut-être, mais il ne faut pas compter sur moi. »

« Pourquoi ? »

« D’abord, je sais bien qu’il n’y a pas 30 % sur tout et qu’on va me fourguer des trucs très chers sans réduction. Ensuite, je sais bien que la belle femme en question ne m’attend pas en personne dans le magasin. »

« Vous préféreriez une affiche avec des moches ? »

« Ce qui serait intéressant, ce serait une affiche qui délivrerait un message : ne venez surtout pas chez nous ! Là, vous pouvez être sûrs que les gens se précipiterait. Moi le premier. »

« Je vois ce que c’est : vous êtes un esprit fort ! Vous ne pourriez pas vous contenter de vous laisser séduire par la publicité. »

« Non, je me sens pris pour l’animal sauvage qu’on appâte avec un bon gros bifteck. Je suis un être humain, moi monsieur. Dans toute sa complexité. On ne me réduit pas à mon appétit pour la satisfaction de mes besoins élémentaires. »

« Et la croissance économique ? Si personne n’achète, vous croyez qu’elle va se faire toute seule la croissance économique ? »

« Peut-être pas, mais si j’ai besoin d’aller dans un magasin, je suis en mesure d’en décider tout seul, sans que vous me pourrissiez la vue avec des panneaux géants. Parce que je vous rappelle que vous polluez l’entrée des villes, en plus de me prendre pour un crétin. »

« Si je comprends bien, plus on vous fait de la publicité, moins vous achetez. Ce n’est pas très grave. Il faut des gens comme vous pour que le commerce marche. »

« Ah bon, comment ça ? »

« Bin… oui. Quand les gens vous voient avec votre vieille machine à laver, votre voiture de 15 ans, vos vêtements passés de mode, ils ont d’autant plus envie d’acheter. Que vous soyez un crétin ou pas m’indiffère, ce qui compte c’est de susciter l’acte d’achat. Et vous, vous suscitez bien celui des autres, je vous remercie. »

« D’abord, ma voiture n’est pas vieille, elle est entretenue ! C’est différent. »

« Eh bin, voilà ! Vous devenez raisonnable. J’ai une excellente campagne publicitaire qui commence pour les garages Dutruc. On vous fait – 30 % sur les amortisseurs. »

« Désolé, je tiens à payer mes amortisseurs à plein tarifs. »

« Alors, une carte de fidélité avec une vidange gratuite sur dix ? »

« Non plus. Je veux un garage pourri où personne ne va ! »

J’ai mis des bas

18 décembre, 2017

A Rabat,

Là-bas,

Depuis son grabat,

Elle vend des abats,

Du tabac,

Et des cabas.

Je trouve ce récit-là, bas.

J’en suis baba.

A bas !

Confiture de bégonias

17 décembre, 2017

« Vous avez conscience de ce que vous faites ? »

« Euh …. A quel sujet ? »

« Au sujet du cynisme avec lequel vous parlez de la vie sur votre blog ! Comme si c’était une purge, alors que la vie est belle ! »

« C’est-à-dire que c’est une toute petite virgule à vivre dans l’espace de l’éternité ! Il n’y a pas de quoi se pâmer d’émotion ! »

« Et voilà, vous recommencez ! Soyez heureux de vivre ! »

« Bon d’accord… Mais enfin, j’ai remarqué que la vie est parfois un peu cruelle. »

« Evidemment, mais ça n’empêche pas que la vie est une belle cruelle. Vous n’êtes pas content de la vôtre ? »

« Si ! Mais c’est celle des autres qui m’inquiète ! »

« Le mieux, ce serait de faire comme tout le monde : ne vous en faites pas tant pour les autres. Vous mangez à votre faim, vous avez un toit, alors… bon ! »

« Pff… Oui, mais le chômage, la pauvreté…. Tout ça… on ne peut pas en parler ? »

« Mesurez donc un peu le chemin parcouru : la fin de l’esclavage, la démocratie, l’ordinateur, Internet, la téléréalité …. Ah non ! Peut-être pas la téléréalité… »

« Bon, vous m’avez convaincu. Je vais écrire sur la culture du bégonia. Savez qu’il existe près de 900 variétés de bégonias ? Savez-vous que ses fleurs sont comestibles ? Vous pourriez envisager d’excellentes confitures de bégonias pour votre petit déjeuner. »

« Ah, voilà, enfin un sujet convenable, c’est difficile de nous faire part de votre pessimiste sur le bégonia ! C’est bien ! Continuez ! De quoi voulez-vous nous parler encore ? »

« Un petit point d’histoire peut-être ! Savez-vous qu’on doit le principe de la chasse d’eau à la reine Elizabeth Ière qui fit imaginer un dispositif rudimentaire en 1595. »

« C’est intéressant, mais vous pourriez peut-être faire part de préoccupations plus élevées, ça changerait. »

« Bon d’accord, alors je vais vous parler du principe d’indétermination d’Heisenberg. »

« Euh… si vous pouviez éviter de faire le malin ? Soyez simple ! »

« Alors, le menu de la cantine à midi, peut-être ? Vous tombez bien, c’est le jour du couscous ! Il ne faut pas trop espérer beaucoup de productivité dans l’après-midi. Nos économistes ne se rendent pas compte des gains possibles de croissance économique, si on imposait des repas frugaux dans les cantines d’entreprise ! »

« Encore une vision négative de la vie en société ! »

« Ce n’est pas de ma faute, les gens s’intéressent plus aux mauvaises nouvelles qu’aux bonnes. Y’a qu’à écouter le journal télévisé pour s’en rendre compte. »

« Eh bien, faites un blog anti-journal télévisé avec le bégonia, le couscous, le principe de qui vous voulez… mais arrêtez avec le cynisme et la mauvaise humeur ! »

Les poulettes

16 décembre, 2017

Paulette

Porte des épaulettes.

Avec Colette,

Elles courent chez Arlette,

Vives comme des belettes.

Elles mangent une omelette,

Des boulettes,

Une raclette

Et des tartelettes

Avant de jouer çà la roulette.

Sur la Loire

15 décembre, 2017

Sur la Loire

Quand vient le soir

Il faut boire

Une petite poire

Pour voir

Edouard

Et les couards

Faire la foire

Dans le noir.

C’est la vie !

14 décembre, 2017

« Ça commence plutôt bien. Quand vous avez faim, vous criez, vous pleurez et la nourriture arrive. Quand vous avez sommeil, vous dormez. »

« Après il faut apprendre les règles que les autres ont inventé : manger proprement, dire bonjour à la dame, sourire, la table de 9, le théorème de Thalès, ne pas dire n’importe quoi, débarrasser la table… »

« Apprendre oui, mais en prison. Au moins 6 ou 7 heures par jour, en compagnie d’autres prisonniers qui apprennent aussi.  Certains mieux et plus vite que les autres. »

« Si vous n’apprenez pas bien les règles, les autres vous regardent de haut en se demandant ce qu’ils vont faire de vous. Et – forcément – vous vous posez aussi la question. »

« Parfois, mais rarement, il arrive un moment – le plus souvent en hiver – où vous recevez des cadeaux, même quand vous n’avez rien fait pour ça. Il faut quand même acheter un calendrier au facteur, avec des photos de chat. Ou alors de chien. Juste après il faut crier : bonne année ! »

« Plus tard, il faut échanger une partie de son temps contre un salaire avec des gens qui vous donnent des ordres pour faire des trucs qui servent aux autres. »

« Quelquefois, vous ne trouvez personne qui veuille prendre votre temps libre pour vous donner des ordres. Alors, vous êtes payé quand même par l’Etat et vous devez vous sentir coupable. »

« Des fois, il vous reste un petit bout de temps libre, alors vous êtes fatigué et vous cherchez un truc qui vous occupe l’esprit, pour ne pas penser que vous êtes fatigué. »

« Il arrive souvent un moment où une autre personne arrive dans votre maison pour partager votre vie. Tant que vous supportez sa présence tout va bien, après ça vous énerve un peu et il ou elle part. Ou alors vous. Ou les deux. »

« De temps à autre, vous avez des enfants. Ce n’est pas obligé, car ça vous donne beaucoup de travail. Mais vous êtes content au début parce que c’est mignon et que ça ne s’attend pas à tout ce qui va suivre. »

« Il est tellement presser d’avoir des ennuis qu’un jour l’enfant quitte votre maison, alors vous êtes un peu triste. »

« Heureusement, il y a la télé pour vous montrer des gens qui sont contents de passer devant les caméras pour raconter qu’ils sont contents de faire un tas de choses qui les intéressent et vous vous intéressez aux choses qui les intéressent. »

« Et puis, dans un coin du paysage, il y a des gens qui croient que, lorsqu’on est mort, quelqu’un nous attend pour nous féliciter parce qu’on a été sympa avec les autres et nous attribuer une bonne place pour assister au déroulement de l’éternité. »

« De temps à autre, quelqu’un de votre famille décède, alors vous pleurez un peu, vous allez peut-être à la messe où il fait souvent froid, au cimetière et vous regardez la cavité dans laquelle s’enfonce le cercueil. »

 « Revient périodiquement le moment où tout le monde se fait des cadeaux et où vous vous en foutez complètement parce que vous ne voulez plus de cadeaux. »

« Après, on ne vous donne plus d’ordres et vous attendez bien tranquillement que ça se termine. »

L’Italien

13 décembre, 2017

Le paparazzi

Un peu mafioso

Dine d’une pizza

Et de spaghettis

Al dente.

Puis il écoute du bel canto

Avec un verre de chianti

Tout en traçant des graffitis.

C’est la dolce vita.

Deux héros

12 décembre, 2017

« Je suis un tyran, un vrai despote. Je commande tout le monde. Partout où je passe, j’inspire la crainte. Les gens redoutent mes prises de paroles. »

« Vous devez souffrir. »

« Oui, un peu parce que personne ne m’aime. Mais en contrepartie, mon ego est content, je me sens fort, nettement au-dessus de mes contemporains. »

« Mais n’est-ce pas un sentiment un peu dérisoire, parce qu’à la fin… »

« Je sais, on finit tous en tas de poussière, mais j’en aurai bien profité. »

« Remarquez… Je vous critique, mais moi, je suis un vrai débauché : luxure, alcool, drogue… Je n’hésite jamais à m’éclater. »

« Et vous êtes content ? »

« Pas spécialement, mais ça me permet de me sentir au-delà des autres, dans un autre monde. Comme vous, je décolle. Finalement… vous ne seriez pas aussi un peu drogué ?»

« Si, mais il ne faut pas le dire. Au niveau de prétention que j’ai atteint, une cure de désintoxication serait fatale. Je pourrais devenir sympa avec les autres. »

« Moi aussi, si je commence à être sobre, je vais être normal. Métro, boulot, dodo. Vous voyez ce que je veux dire. Je ne serai plus marrant du tout en société. »

« C’est vrai qu’on a un point commun. Les gens ont besoin de profils comme les nôtres pour pouvoir nous critiquer. »

« Absolument. Leur besoin de critique est vital. Nous sommes des repoussoirs, chacun peut constater en nous regardant ce qu’il serait devenu, s’il ne suivait pas les règles du savoir-vivre en société. »

« Nous sommes donc très utiles. Est-ce qu’on peut imaginer un pays où il n’y aurait ni despote, ni débauché ? »

« Non. Les gens s’ennuieraient puisqu’ils n’auraient plus personne à critiquer. Ils inventeraient de nouvelles perversités. Finalement, nous servons à limiter le nombre et l’étendue des déviances sociales. »

« Et en plus, comme ils n’auraient plus notre mauvais exemple sous les yeux, ils ne connaitraient plus notre comportement et seraient donc tentés de les réinventer. »

« C’est comme une vieille maladie qu’on croit éradiquée. On n’y prête plus attention, et puis elle revient subrepticement. »

« A nous deux, nous constituons une entreprise de salubrité publique. »

« Je salue notre dévouement à la cause collective. »

« Ceci dit, moi je vais me soigner. Je ne vois pas pourquoi c’est toujours les mêmes qui doivent se dévouer. Allons voir Roger Dugenou, il faudrait qu’il se mouille un peu aussi, lui. »

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