Les mains

« L’être humain est doté de mains, c’est un avantage remarquable par rapport à d’autres espèces, surtout cette faculté qu’ont les pouces à s’opposer aux autres doigts et donc de saisir des objets. »

« Pourtant, on a l’impression que l’Homme est toujours embarrassé de ses mains. Il faut toujours qu’il les occupe. »

« C’est vrai. Les mains servent à beaucoup de choses auxquelles elles n’étaient pas destinées. Par exemple, vous vous exprimez avec vos mains, alors que je ne leur ai rien demandé. »

« Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? La grande préoccupation quotidienne des hommes s’est de montrer une contenance. Un être immobile, les bras ballants, les mains inertes, suscitera la méfiance à tous les coups. »

« C’est vrai que les mains aident à avoir l’air vivant, ça commence chez le nourrisson lorsqu’il suce son pouce. Ça continue lorsque l’ancien nourrisson fume sa première cigarette, très content d’avoir quelque chose entre les doigts qu’il peut tripoter en se donnant l’air malin. »

« C’est vrai, mais la cigarette disparait peu à peu. Heureusement avec le téléphone portable, on a retrouvé un truc à tripoter en prenant l’air intéressé et intéressant. »

« Et puis, avec les mains, on arrive même à penser. Que serait le penseur de Rodin sans ses puissantes mains ? »

« Il faut s’y faire. C’est irrépressible. Les gens qui ont un téléphone mains libres sont bien obligés d’occuper leurs mains autrement. Mettre les doigts dans le nez, faire craquer les jointures, maquiller les ongles, se les ronger… »

« Il existe de multiples manières de ne pas laisser ses mains tranquilles. On peut aussi caresser son chat ou sa bien-aimée. Ou alors flanquer une paire de claques à son gamin, mal élevé. Ou bien compter sur ses doigts. »

« C’est vrai que les mains ont un grand pouvoir d’expression plus que les pieds. Quoique vous pouvez aussi flanque un coup de pied au derrière de votre sale gosse. C’est aussi assez efficace. »

« Les mains sont – si j’ose dire – les travailleurs manuels, tandis que les pieds sont plutôt vos salariés intellectuels. C’est eux qui réceptionnent et analysent toutes vos tensions. La preuve, c’est qu’ils se font souvent masser puisque – ces fainéants – se disent souvent fatigués. Quand vous êtes crevé, c’est souvent par les pieds que ça commence. Vous ne dites jamais : je suis fatigué des mains ! »

« Je ne sais pas si ce sont des travailleurs intellectuels, mais en tout cas, on dit fréquemment qu’on raisonne comme un pied quand on se trompe. »

« Exact, mais un intellectuel peut se tromper, ça arrive même souvent. N’oublions pas que le pied présente l’avantage unique de nous permettre le déplacement. Je ne vous ai encore jamais vu marcher sur les mains. »

« Finalement, on est bien foutu. »

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