Bonnes vacances ?

« Je déteste la campagne. »

« Comment ça, vous détestez la campagne ? Tout le monde aime la campagne. Vous êtes en contact permanent avec la nature, les fleurs, les oiseaux… »

« C’est assommant, ennuyeux, impossible à vivre. Vous êtes là au milieu de la nature, raide comme un piquet. Comme si vous étiez un morceau du paysage. »

« Mais vous pouvez admirer l’harmonie des paysages, le vert changeant des forêts, des pâturages. Les couleurs vibrantes du ciel… »

« Oui, mais enfin admirer n’est pas une activité répertoriée comme productive. C’est même considérer comme un moment à privilégier pour tirer sa flemme. »

« Et le calme ? L’absence de voitures ? Pas de pollution ? Vous n’appréciez pas ? Ne me dites pas que c’est ce que vous aimez en ville ! »

« Pour le calme vous repasserez, je suis réveillé tous les matins à six heures par le tintement des clochettes des troupeaux. C’est agréable ! L’absence de bagnole m’oblige à faire trois kilomètres en vélo pour aller chercher le pain. Pour la non-pollution, je ne dis pas… sauf que je ne peux pas faire trois pas sans mettre le pied dans une bouse de vache. »

« Bon d’accord. Mais vous ne pouvez nier que c’est dans les zones rurales que nous avons tous nos origines. La plupart de nos ancêtres étaient des paysans. Ils nous ont léguer des valeurs : le travail, l’épargne, le courage… »

« Peut-être, mais enfin, ce n’est pas avec mon épargne que je peux changer de bagnole tous les trois ans. Pour ce qui est de bosser tous les jours et ne pas prendre de vacances, merci bien. C’est un coup à donner de mauvaises idées au gouvernement… »

« Bon ! Si je comprends bien vous préférez la mer ? »

« Pas forcément. A la campagne, il ne se passe rien. A la mer, on a au moins les marées deux fois par jour, ça met un peu d’agitation dans le paysage, mais je reconnais que ça ne va pas chercher bien loin. »

« Mais vous allez à la plage, c’est marrant la plage ! »

« Non plus ! On se met quasiment tout nu devant des gens qu’on ne connait pas. On s’étend et on repart bien content avec des coups de soleil et du sable entre les doigts de pied. Vous parlez d’une joie ! »

« Mais il y a le plaisir de la gastronomie et du folklore local. »

« Les restos sont hors de prix. Vous vous rabattez sur des sandwichs dégoulinant de mayonnaise que vous mastiquez sur un banc public en admirant la façade du syndicat d’initiative. Quant au folklore, l’an dernier, je me suis tapé un concours de sosies de Claude François, l’élection de miss Camping et les vannes désastreuses du vendeur de chouchous ! »

« Donc, cette année, vous êtes resté chez vous. »

« Comment vous le savez ? »

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