Les méchants

« Dans toutes les bonnes histoires, il faut qu’il y ait un méchant. »

« Par exemple ? »

« Dans le Chaperon Rouge, le méchant est le loup. C’est évident, puisqu’il mange la grand-mère, ce qui n’est pas convenable. »

« C’est vrai que dans la plupart des contes, le loup a une très belle tête de méchant. Heureusement qu’il est là. Que serait la chèvre de Monsieur Seguin, si le loup avait renoncé à dévorer la chèvre ? On n’y pense pas assez ! »

« Notons que dans le Corbeau et le Renard, le rôle du méchant est discuté. Certes, on peut considérer que c’est le renard puisque c’est un voleur de fromage, mais sa ruse le rend sympathique à certains lecteurs un peu cyniques. »

« C’est vrai qu’il y a toutes sortes de manière d’être méchant ou alors presque méchant, mais la présence d’un individu honni, c’est quand même la condition nécessaire pour une œuvre de qualité. Il faut que la tension du lecteur se focalise sur quelqu’un. »

« Regardons par exemple les Thénardier. Ils représentent l‘archétype des méchants puisqu’ils exploitent honteusement cette pauvre Cosette. Certains « excusent » cette attitude en expliquant qu’ils ne sont qu’un produit d’un système socio-économique qui ne se préoccupait pas de morale, mais enfin, ce n’est pas une excuse ! »

« Remarquez que dans la vraie vie, il nous faut aussi des méchants. Au bureau, le patron tient souvent ce rôle. Toute la haine se concentre sur lui. C’est assez pratique quand il y a une injustice, on n’a pas à chercher, c’est forcément de sa faute. »

« On devrait décorer tous ceux qui accepte le rôle de méchants. Ils nous rendent service puisqu’ils nous permettent de nous estimer nous-même. Comment voulez-vous vous trouvez sympathique si tous les gens autour de vous sont sympathiques ? On ne pourrait dire du mal de personne ! »

« Vous avez raison. Demain, je vais aller remercier Dumollard d’être odieux. Il va encore croire à une manœuvre déloyale de ma part, mais tant pis. Je lui dirai que grâce à lui, je me sens un homme honnête. »

«Méfiez-vous. Il risque de devenir correct, car son objectif n’est certainement pas de vous rendre service. Bien au contraire. »

« C’est vrai. Quand on est méchant, on doit le rester. Avec le loup, on est tranquille. Le conte dans lequel le loup ne mange personne reste à écrire. Mais avec Dumollard, c’est une autre paire de manches. Si ça l’arrange il n’hésitera pas à sortir de son rôle de méchant. »

« Le mieux serait de dire que le méchant, c’est le gouvernement. Il ne manque pas une occasion de nous accabler d’impôts. Les ministres s’en fichent d’être méchants puisqu’ils sont contents d’être ministres. »

« Il ne faudrait qu’ils s’avisent de baisser nos impôts ! »

« Oui, le problème avec les méchants, c’est qu’ils ont souvent envie de devenir populaires. »

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