Archive pour le 3 septembre, 2017

Vive le ON

3 septembre, 2017

« Qui c’est ce ‘on’, dont tout le monde parle ? »

« Je n’en sais rien. En fait, j’oserai dire qu’en général, ‘on’ ne sait pas qui est le ‘on’. Si je le savais, j’emploierais un autre pronom personnel. »

« Pourtant, ‘on’ fait quelque chose : on dit, on pense que… C’est donc quelqu’un qui agit, mais ‘on’ (celui qu’on ne connait pas) ne sait pas qui est ce ‘on’ (c’est-à-dire lui-même). Vous me suivez ? »

« Tout à fait, Georges. Mais quand je vous dis ‘on y va ?’, je pense à nous deux. Evidemment si je dis ça alors que nous sommes 50, je ne sais plus à qui je m’adresse et c’est la pagaille. Il faut faire attention avant de dire ‘on’ ! »

« Remarquez, ce serait plus simple si vous me disiez ‘nous y allons ?’ au lieu de ‘on y va ?’. »

« Vous avez raison, mais si je dis ‘nous y allons’, j’ai l’air de vous donner un ordre ce qui n’est pas mon genre ! Si j’emploie le ‘on’, c’est pareil, sauf que je me réfugie derrière une entité inconnue qui nous donnerait un ordre à tous les deux. »

« Nous y voilà. Le ‘on’ permet de dire n’importe quoi en attribuant le n’importe quoi à n’importe qui ! »

« Absolument, moi quand je suis gêné, je dis ‘on’ pour ne pas voir d’histoire. C’est plus pratique ! Par exemple, quand j’affirme une opinion, je dis ‘on sait bien que’. Je fais comme si tout le monde savait ce que je suis en train de dire, alors que je n’ai aucune idée du nombre de gens qui le savent ! »

« C’est un peu tordu comme raisonnement. »

« Oui, sur le plan intellectuel, c’est nul. Mas enfin c’est pratique. »

« Si je comprends bien quand j’emploie le ‘on’, je commets une petite lâcheté. Ou alors une hypocrisie ce qui ne vaut pas mieux. »

« Pas forcément. Si vous dites ‘on a frappé’ à la porte, vous avouez votre ignorance sur l’identité de la personne qui cogne. Le ‘on’ est légitime. »

« Est-il possible d’évoquer un mouvement de foule avec le ‘on’ ? »

« Oui, le ‘on’ permet d’évoquer un groupe aux contours indéfinis de personnes. Exemple : dans ce salon, ‘on fume’, ‘on boit’, ‘on discute’… Il est souvent nécessaire d‘évoquer une atmosphère, je trouve que c’est la meilleure utilisation du pronom impersonnelle puisque c’est bien d’un groupe de gens dont on parle et non d’un individu. »

« Oui, ça n’empêche pas que ‘on’ n’emploie le ‘on’ quand on n’a pas envie de se fatiguer. Par exemple, si je dis ‘on dirait qu’il va pleuvoir’, c’est pour éviter d’avoir à dire ‘je pense qu’il va pleuvoir’, ce qui pourrait m’être reproché si je me trompe. Pour être parfait, il faudrait dire : « je pronostique qu’il va pleuvoir, mais il existe une probabilité non nulle pour que ma proposition soit fausse. »

« C’est un peu tarabiscoté. Finalement, ‘on’ aime bien le ‘on’ pour sa capacité à simplifier. »