Ne rien faire

« Les médecins ont découvert récemment que ne rien faire est vital pour la santé et pour la mémoire. »

« Moi, je ne suis pas médecin, mais il y a longtemps que j’ai eu cette intuition. »

« Attention, il ne s’agit pas de paresser comme vous. Il faut se laisser aller de façon à ce que les nouvelles informations que nous recevons de toutes parts s’organisent entre elles et par rapport aux informations anciennes. »

« Il est vrai que nous sommes bombardés chaque jour d’une multitude d’informations dont certaines pourraient nous être épargnées. Qu’est-ce qu’on a à en faire de la dernière tenue de la reine d’Angleterre, hein ? »

« Rien, en effet. Mais comme on vous charge la tête de ce genre de renseignements, il faut que vous preniez le temps de l’éliminer. »

« D’accord, donc je vais me poser plus souvent. Ce sera de la faute des autres et notamment des journalistes qui n’en manquent pas une pour me raconter n’importe quoi. »

« C’est difficile de ne rien faire intelligemment. »

« Ne craignez rien, je m’entraine durement. »

« Il ne faut pas avoir un sentiment de culpabilité. Encore moins une sorte de déprime parce que vous n’avez rien à faire alors que vous avez autour de vous plein de gens qui sont débordés. »

« Le pire, c’est que les débordés sont les plus valorisés. Il ne s’agit pas de dire au bureau que vous n’êtes absolument pas débordé, c’est très mal vu ! »

« On a même vu des suicidaires qui disaient avoir tout leur temps, alors qu’il était question de leur donner un boulot supplémentaire. »

« Ne rien faire est une activité réservée à des aventuriers. Ceux qui explorent les méandres de leur esprit et de leur mémoire. C’est très risqué. Il faudrait les couvrir de lauriers au lieu de les traiter de fainéants. »

« C’est vrai qu’il ne faut pas confondre, les fainéants sont ceux qui refusent de travailler. Nous, ce qu’on veut c’est ‘ne rien faire’. »

« Euh … mon patron n’est pas tout à fait d’accord. Il m’a demandé si, entre deux séances de non-activité, je ne pouvais pas consacrer quelques minutes à mon poste de travail. »

« C’est un réflexe classique. Il n’a pas compris que ne rien faire, n’a rien à voir avec prendre une pause ou un temps de repos. »

« C’est exact. Désormais, après ma pause-café, ma pause-cigarettes, je vais instituer un moment de non-action ce qui devrait me mener jusqu’à l’heure de la cantine. »

« Vous avez raison. La sagesse est de notre côté. Laissons les gens débordés se noyer tous seuls. Passez-moi la crème solaire. »

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