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Histoire de ponctuer

29 août, 2017

Comme d’habitude, la virgule, très empruntée ne savait pas où était sa place. Elle s’infiltrait n’importe où, parfois là où personne ne l’attendait si bien qu’on respirait à contre-temps au lieu de poursuivre la lecture.

Par contre, le point lui était très sûr de lui. Là où il se posait, il n’était pas question de passer. Il fallait stopper sa course et réfléchir avant de la reprendre.

Parfois le point appelait judicieusement un confrère en renfort. Ils se superposaient l’un sur l’autre pour signifier que ce qui suivait était important.

Le point-virgule trouvait malin de se transformer en agent double. Il trouvait sa place en découpant une phrase après avoir observé les alentours pour constater qu’il n’y avait ni point, ni virgule.

Le point d’exclamation, lui, n’avait pas de problème existentiel. Il permettait tout simplement de s’exclamer. Avec lui, on sentait que ça ne rigolait pas. Il avait vocation d’affirmer ce qu’on disait sans détour et même de se disputer.

Son frère, le point d’interrogation avait une fonction bien précise. Sans lui, il n’était pas question de se poser des questions. Que serait devenu le monde, si personne n’avait pu s’interroger ?

Quant aux points de suspension qui sortaient toujours en groupe de trois, les autres les considéraient comme des polissons, parce qu’on ne savait jamais vraiment ce qu’ils avaient derrière la tête. Comme leur nom l’indique, ils laissaient tout en suspens, sans apporter de réponse précise.

Un autre coquin était le tiret. C’était en fait une famille de nomades qui se posaient ici et là, souvent pour permettre aux gens de parler entre eux. Les autres ne savaient pas toujours les reconnaitre et les dénommer. Entre le tiret long, le tiret court, le cadratin… On se perdait : ils se ressemblait tous. Il semble même qu’un parent éloigné se soit imposé sans vergogne : le tiret semi-cadratin.

Les parenthèses regardaient tout ce monde d’un œil impavide. C’était deux sœurs jumelles qu’on appelait à la rescousse dès qu’il fallait expliquer quelque chose de manière plus précise. Et elles fonctionnaient par deux. Il n’était pas envisageable d’employer celle d’ouverture sans celle de fermeture.

Quelquefois, entre elles, les parenthèses invitaient des cousins : les crochets, dont le rôle obscur était d’apporter une précision au sein de leur explication.

Les frères guillemets étaient dans le même cas puisqu’ils allaient toujours par deux. Ils avaient une fonction de faire-valoir pour mettre en évidence un mot ou une expression qui avait envie de se pavaner. Parfois les guillemets se glissaient dans un texte pour donner malicieusement une note d’ironie aux mots employés.

Il restait le cas d’un étranger sans papier : l’apostrophe. Aucun dictionnaire ne lui reconnaissait le statut de signe de ponctuation. Les autres ne l’aimaient pas. On lui reprochait de ne pas influer sur le sens, la sonorité et le rythme de la phrase. Mais quand même… pour éviter des chocs malencontreux de mots, il était bien pratique.