Noblesse oblige !

« Cher Dugenou ! Ça y est ! Je viens de finir mon arbre généalogique ! Et figurez-vous que je viens de découvrir que je descends d’une famille de haute noblesse. Nous sommes partis pour la première croisade, après laquelle le roi Louis nous a distingués ! »

« Félicitations »

« Alors, j’aime autant vous dire que maintenant, je ne suis pas n’importe qui. Mais j’ai du mal à faire respecter ma nouvelle condition. »

« Comment ? Les gens ne se découvrent pas à votre passage ? »

« Il faudrait d’abord qu’ils portent un chapeau. Il y a trois ou quatre siècles, les gens savaient vivre avec un vrai chapeau sur la tête. On ne peut pas me saluer correctement avec une simple casquette portée à l’envers.»

« Bon. Il vous faut des domestiques. »

« Bin… Josiane n’est pas tellement d’accord. Quand je lui commande de m’apporter une infusion, elle me répond que j’ai qu’à aller me la faire. »

« Alors, il vous faut des terres immenses pour chevaucher. »

« J’ai 300 mètres carrés dans mon lotissement et j’essaie de chevaucher Bernadette, mon ânesse, mais mes voisins ne trouvent pas ça normal, ils ont appelé la SPA. »

« Décidemment, la noblesse n’est guère respectée. J’espère au moins que vous vous exprimez en un langage châtié. »

« Evidemment, nom de D…  Enfin, pour qui me prenez-vous, misérable manant, pour mettre en doute la qualité de mon art oratoire ? »

« Comment se fait-il que vous adressiez la parole à moi, misérable homme du peuple ? »

« C’est vrai que nous ne sommes pas du même rang, mais il faut dire qu’il n’y a pas beaucoup de nobles dans mon lotissement. Et puis, je suis peut-être noble, mais je suis de mon temps. En respectant une distance suffisante, j’arrive à parler avec le peuple. »

« Vous connaissez la reine d’Angleterre ? Vous pourriez me présenter à Kate Middleton ? Elle est vraiment charmante ! »

« Je pense que je vais être reçue prochainement à Buckingham. J’ai adressé une supplique en ce sens au prince Charles. Je ne manquerai pas de mentionner l’existence minuscule du roturier Dugenou qui, par une bizarrerie immobilière qui m’échappe, est présentement mon voisin. Mais je ne suis pas sûr que ça va les intéresser. »

« Et votre fille, elle épouse toujours la fille du boucher. »

« Une mésalliance ? Vous voulez rire ! Je cherche un jeune homme de son rang ! J’ai du mal à distinguer du sang noble dans la cour de son école »

« Euh … si vous pouviez éviter de tondre votre pelouse le dimanche après-midi. C’est la loi, moi je bosse le lundi. »

« Comment ? Vous savez bien que nous, nous sommes dispensés de respecter les lois ! Allons, allons ! »

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