Un chargé de lui-même

« Voilà, ça y est, j’ai obtenu un prêt de ma banque pour acheter ma bagnole. 10 000 euros pendant 4 ans à 5%. C’est un peu de l’arnaque, mais cela aurait pu être pire ! »

« Ça n’a pas été trop dur ?»

« Si, il a fallu négocier serré. Le chargé de clientèle voulait toutes sortes de garanties. Il m’a imposé plein de formalités. C’est tous les mêmes ! Ils vous demandent de la paperasse encore de la paperasse. Je me demande à quoi ça leur sert. »

« Mais en même temps, c’est vous le chargé de clientèle de la banque. »

« Si vous croyez que c’est plus facile. D’accord, je connaissais bien le dossier, mais il faut être très dur avec soi-même pour l’être avec les autres. C’est obligatoire. Sinon, c’est la porte ouverte aux excès. Je pourrais me consentir un prêt tous les huit jours ! L’un pour rembourser l’autre ! »

« Si je comprends bien, c’est de l’autonégociation. »

« Oui, j’ai dû batailler ferme pour me faire lâcher des conditions avantageuses. Avec la veine que j’ai, je suis tombé sur le plus dur des chargés de clientèle. Je me suis tellement énervé que j’ai bien cru que j’allais m’envoyer tout le dossier à la figure. Avec la mère Duboulot, ça aurait été plus simple.»

« Et depuis, vous allez mieux avec vous-même ? »

« Pas tellement. Je suis obligé de me harceler tous les jours à cause de mon découvert bancaire. »

« Comment faites-vous ? »

« Je me téléphone, mais comme par hasard je tombe toujours sur mon répondeur. Je vais être obligé de m’envoyer un recommandé ! »

« C’est troublant, en effet. »

« Il faut dire que mon salaire à la banque n’est pas très élevé. Je l’ai dit à mon chargé de clientèle qui m’a répondu qu’il était bien d’accord, mais que ce n’était pas son affaire. Heureusement, je viens de toucher une prime de fin d’année… »

« … que vous allez immédiatement placer en suivant les recommandations de votre chargé de clientèle. »

« Non, je me méfie, il va encore essayer de me refiler un placement sur lequel il perçoit une commission. Je suis bien placé pour le savoir. Ces gens-là pensent à leur profit d’abord au lieu de s’intéresser au client ! »

« Bon, alors finalement, vous me conseillez cette banque, oui ou non ? »

« C’est-à-dire qu’entre 9 heures et 18 heures, ce serait plutôt ‘oui’. Après ou avant, ce serait plutôt ‘non’. Vous comprenez ? »

« J’essaie, mais j’ai du mal. »

Laisser un commentaire