Un nouveau vent de révolte

« Ah, les chiffres ! Vous avez remarqué : nous sommes dans une civilisation où l’on ne peut pas se passer de chiffres ! »

« Est-on plus heureux pour autant ? » 

« Je n’en sais rien, mais nos aïeux ne connaissaient pas forcément leur âge exact à 5 ans près. Pour autant, ça ne les a pas empêchés de vivre ! »

« Tout ça, c’est d’autant plus curieux que les gens ne manipulent pas bien les chiffres. Pour commencer parler des ‘chiffres du chômage’ est une erreur. Les chiffres sont les signes de 0 à 9, qui constituent les nombres. »

« Les journalistes devraient donc dire : et voici les nombres du chômage ! »

« En fait la question qui revient le plus souvent dans nos conversations civilisées c’est : combien ? Combien de chômeurs ? Combien je vous dois ? Combien d’enfants avez-vous ? Combien de fois allez-vous au dentiste ? Combien de femmes avez-vous eues ? Combien d’impôts payez-vous ? »

« C’est vrai ! Bientôt, il faudra résumer sa vie dans un tableau de statistiques. C’est un peu stressant. Je ne me résume pas à quelques nombres ! »

« Et avec la prolifération des sondages, c’est pire. Non seulement, votre personnalité va disparaitre derrière un tableau de statistiques, mais ce que vous pensez va être quantifié grâce à la réponse de vos concitoyens qui ne connaissent rien de vous. »

« Il faudrait se révolter avant qu’il ne soit trop tard ! »

« Oui, par exemple, je propose que le montant de mes impôts ne soit plus quantifié. Rien que de voir leur montant, ça me démolit le moral.  Nous devrions donner au fisc ce que nous aurions envie de donner ! »

« Ce serait plus sympa ! Moi, je voudrais une balance personnelle qui ne donne plus mon poids. Elle donnerait quelques indications comme : pas mal, légèrement enveloppé, franchement exagéré, rouleau compresseur… Ce serait plus marrant. »

« Une république sans chiffre ! Voilà ce qu’il nous faut ! Les citoyens ne pourraient plus se comparer entre eux. Nous éliminerions beaucoup de souffrances. Les plus petits ou les plus mauvais ne sauraient pas qu’ils sont les plus petits ou les plus mauvais. »

« Et puis les plus gros ou les plus forts arrêteraient de la ramener puisqu’ils ne sauraient pas au courant de leur suprématie. »

« On supprimerait les cours de maths à l’école, ça supprimerait une multitude de nullards sur les bancs scolaires. »

« Et puis, on supprimerait le nombre de jours de congés. On partirait en vacances pour une durée d’autant plus indéterminée que personne ne saurait la mesurer ! »

« Et pour les salaires ? »

« Il n’y a plus de salaire, plus de coût. Tout serait gratuit. Le seul chiffre appris à l’école serait le zéro. »

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