Dans l’ascenseur

« Vous allez à quel étage ? »

« Quarante-troisième … »

« Moi, je suis au quarante-septième… »

« Vous pourriez me parler. »

« Pourquoi ? »

« Avec vous, je pourrais avoir ma seule conversation humaine de la journée. Pour le reste du temps, je communiquerai avec des gens que je n’ai jamais vus par mail. »

« C’est ennuyeux, mais nous n’avons pas le temps de converser. »

« Si, j’ai tout calculé. En tenant compte des arrêts aux différents étages, nous avons quatre minutes et demi. »

« Une discussion de quatre minutes et demi, ça va être compliqué. On va être obligé de se dire qu’il fait froid. »

« Bon déjà, une minute quarante-cinq de passé. Il fait froid, mais je m’en fous. Dites-moi quelque chose d’intéressant. »

« Vous en avez de bonnes ! Vous n’avez qu’à trouver un sujet, vous ! »

« Déjà deux minutes trente et on en sort pas. Je vous signale qu’hier quelqu’un m’a parlé de la culture du rhododendron. C’était passionnant. »

« Je n’ai pas la main verte. Je peux vous faire une analyse du dernier match du PSG. »

« Trois minutes. Non, je ne m’intéresse pas au foot. Vous n’avez rien sur l’économie chez les aztèques ? »

« Désolé, je suis un être assez frustre. Sur chaque départ d’ascenseur, il devrait y avoir une liste de sujets envisageables durant le parcours. Genre : dans cet ascenseur, on parle littérature ou bien éducation des enfants… »

« Vous avez raison, mais on en est déjà à quatre minutes et vous n’avez pas démarré un sujet acceptable. »

« Vous non plus. »

« Nous n’avons pas le même niveau culturel. Il faudrait que vous progressiez un peu. Prenez un abonnement à l’opéra. »

« Bon, pour me rattraper, je pourrais vous donner rendez-vous à la machine à café à onze heures. C’est le seul endroit où on peut encore blablater. D’ici là, je me serai renseigné sur les aztèques. »

« D’accord, je descendrai à la machine de votre étage, j’espère qu’il y a du thé, je supporte assez mal le café. »

« Je vais vérifier et je vous envoie un mail. »

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