Un scénario pour un grand film !

Dans notre grande étude sur les scénarios lamentables pour films foireux, voici : le mariage de Fernande.

Fernande de X… est une jeune fille de 20 ans, de petite noblesse, élevée par son père le baron Alexis de X… qui a eu bien du mérite, puisque la maman de Fernande est morte en lui donnant le jour. Alexis a confié l’éducation religieuse et culturelle à l’abbé Boudinot, qui vient se taper la cloche tous les jeudis à sa table.

Au début du film, tout va bien.  Fernande est joyeuse. Elle se promène avec son ombrelle en chantonnant gaiement par tous les chemins creux.  Fernande fait la satisfaction de tout le monde, y compris de la vieille Marguerite, la bonne du château que Fernande adore comme sa défunte mère.

Le vieux baron se dit qu’il est temps de marier sa belle jeune fille, il fixe son choix sur le vicomte Dutracasse, un élégant garçon, fils de son vieil ami et voisin le comte Dutracasse. L’union des deux tourtereaux est envisagée depuis longtemps par les deux familles. Les deux domaines seront ainsi réunis en une vaste propriété.

Dans une scène dramatique, le baron annonce sa décision à Fernande, persuadé que celle-ci va se jeter à son cou. Sa fille se rebelle, ce qui ne plait pas du tout au baron qui s’offusque vivement de cette offense à l’autorité paternelle.

Fernande court se réfugier en pleurant dans sa chambre. Marguerite qui a assisté à la dispute, cachée dans un recoin de la pièce, la rejoint pour la consoler et pour lui expliquer le plus doucement possible que c’est comme ça : on ne s’oppose pas à la volonté de son père. Fernande tape du pied et persiste.

On apprend qu’elle trouve son promis moche, prétentieux, complètement ringard et donc sans aucun intérêt. Elle finit par avouer à Marguerite qu’elle est amoureuse de Grégoire, le fils d’un simple fermier qui travaille pour le baron.

Marguerite se dévoue pour annoncer la nouvelle au père de Fernande en lui rappelant, dans un plaidoyer un peu désespéré, qu’il s’agit du bonheur de sa fille et non pas de la rentabilité de son domaine agricole. A l’indignation du spectateur, le baron prie la vieille domestique de se mêler de ce qui la regarde. La tension est à son comble.

Pour compliquer la situation, le jeune fermier s’introduit nuitamment dans la chambre de la jeune fille en passant par la fenêtre. Le baron le découvre avant que le choses ne deviennent torrides. La rencontre est très violente. L’amoureux doit rebrousser chemin, sa famille est chassée, séance tenante, du domaine. La romance tourne au drame social.

Quelques temps plus tard, par un jour d’orage, le baron se blesse lourdement en chassant dans sa forêt. Grégoire, qui passait par là, le sauve, le soigne et le remet sur pied. Gros embarras du vieux baron. Sombre mine de sa gouvernante. Amertume de Fernande.

Mais le jeune homme a fait des recherches, il découvre qu’il n’est pas le fils du métayer. Celui-ci l’a recueilli après le passage d’un personnage de haute naissance qui avait fait halte à l’auberge du coin en partant pour la guerre dont il n’est pas revenu entier. Lors de sa dernière nuit, il avait un peu engrossé une fille d’auberge. Celle-ci, sur son lit de mort, avait confié le garçon et le secret de sa conception au métayer.

Ouf ! Le baron, un peu embêté tout de même, reçoit son futur beau-fils et lui promets sa fille à la joie de celle-ci. Il n’ose pas trop dire à son vieil ami le comte qu’il peut garder son fils, mais on apprend fort opportunément que ce dernier a jeté son dévolu sur une autre riche héritière. Très moche, beaucoup plus laide que Fernande.

Bon, allez ! Qu’un producteur se dévoue !

Laisser un commentaire