Archive pour décembre, 2016

Encore un poème approximatif !

10 décembre, 2016

Dans la Loire

Elle offre à boire

A de bonnes poires.

Puis, elle leur vend des robes de moire

Noires

Pour le soir.

Il faut le voir

Pour y croire.

Référendum

9 décembre, 2016

Oui-da

J’ai appris par ouï-dire

Que ce non-croyant

A vécu non-stop

Dans le non-dit

Et le non-sens

Dans une zone de non-droit.

C’est un non-conformiste.

Donc, je prononce un non-lieu.

La rigolade aristocratique

8 décembre, 2016

« Ne riez pas trop fort, c’est vulgaire. »

« Ah bon, vous trouvez ? »

« Oui, vous ne riez pas, vous vous marrez, vous vous en payez une bonne tranche, vous vous fendez la pêche. »

« Vous en avez de bonnes, vous faites comment vous ? »

« Je cache ma bouche avec ma main. Les autres n’ont pas besoin de profiter de ma dentition. A l’extrême rigueur, j’émets un halètement discret pour manifester mon contentement. Dans mes grands jours, je dis : vous êtes fort drôle, cher ami ! »

« Vous n’avez pas le rire très charismatique. Quand vous riez, on entend comme un hoquet ou alors un râle de bête sauvage, on se demande si vous n’êtes pas en train de vous trouver mal. »

« Rire aux éclats n’est pas assez distingué pour moi. Quand vous éclatez de rire, je suis indisposé, d’autant plus que vous pouvez émettez souvent une pluie de légers postillons en direction de votre partenaire, qui pourrait en prendre ombrage. »

« Bon, mais enfin, ça doit vous arriver d’affronter des évènements drôles. Comment faites-vous ?. »

« Je vous l’ai déjà dit : pas de bouche grande ouverte, ni de hurlements destinés à ameuter les foules ! A la rigueur, j’étire les lèvres fermées pour indiquer mon amusement. Je me débrouille pour accompagner ce mouvement d’une lueur de gaieté dans le fond de l’œil pour exprimer mon hilarité. »

« Les gens comprennent que vous rigolez à ce moment ? »

« En général, non. Ils pensent que j’ai un tic. Du coup, ça les fait rire. Ils n’osent pas rire en face de moi, mais je vois leurs épaules qui tressautent avec vivacité, ce qui est un indice de joie dans les milieux populaires. »

« Essayez quand même de vous tordre légèrement en arrière quand vous vous distrayez. Et dites que vous vous amusez follement. Dans une partie de pince-fesses, ça peut passer, vous pouvez même passer pour un joyeux drille. »

« C’est-à-dire que, dans ce genre de réunions, ce que disent les invités ne m’amusent pas beaucoup. Tout ce que je peux faire, c’est de figer un léger sourire sur mon visage à destination de tout le monde, pour exprimer ma joie d’être présent. »

« Si les gens vous agacent, garder votre sourire idiot, mais donnez-vous l’air supérieur de celui qui est descendu cinq minutes dans la cour de récréation pour vous assurer que les blagues en cours dans les conversations populaires sont toujours aussi nulles. »

« Vous avez raison. Je crois que j’ai la rigolade aristocratique. Il faut que j’assume cette situation. Finalement, j’envie votre rire un peu fruste. Il est sans intérêt, mais il sera compris d’un plus grand nombre. »

Vive la liberté !

7 décembre, 2016

Il se rend en roue libre

Jusqu’au libre-service

En écoutant une radio libre.

C’est un libre-penseur

Libre-échangiste

Qui a conservé son libre-arbitre.

Il est issu de l’école libre

Où il écrivait en vers libres.

Le grand débat

6 décembre, 2016

« Je suis pour l’égalité entre les hommes ! »

« Mon pauvre ami, l’inégalité est partout. Je suis plus grand que vous, plus intelligent aussi. Vous, vous êtes plus gros, vous courez moins vite. Vous comprenez ? »

« Dois-je vous rappeler que tous les hommes sont nés libres et égaux en droits ? »

« Ils sont sans doute égaux en droits, mais le problème c’est qu’ils ne s’en servent pas de manière identique. C’est l’usage qui produit l’inégalité. Par exemple, moi, je me suis mieux servi de l’école que vous qui étiez continuellement puni pour cause d’indiscipline ! »

« Si je comprends bien, pour assurer une parfaite égalité entre les individus, il faudrait qu’aucun d’entre eux ne fasse usage de ses droits pour ne pas permettre aux plus malins de se distinguer. On serait tous idiots, mais égaux. »

« N’exagérons pas. Vous et moi sommes inégaux, mais vous conservez des droits de base. Par exemple, le droit de vote. »

« Euh… vous devriez dire le droit de voter comme l’ont décidé les sondages. »

« Oui, peut-être, mais enfin vous avez un droit tout de même. Vous avez aussi le droit de partir en congés payés. »

« Certes nous avons les mêmes congés payés, mais vous, vous partez au soleil en avion, tranquillement assis dans les sièges de première classe, tandis que moi, je vais m’entasser sur la plage de Palavas-les-Flots après avoir passé dix heures sur l’autoroute surchauffée. »

« Vous chipotez ! »

« Non, pas du tout. On a le droit d’aller au stade tous les deux. Vous pour boire un drink dans la loge présidentielle, et moi, en prenant le risque de me faire massacrer par des hooligans dans le virage des ultras. »

« Bon d’accord, nous avons les mêmes droits, mais comme je gagne plus d’argent que vous, je les utilise plus avantageusement. Donc au bout du compte, nous sommes inégaux devant la vie. En fait, si vous aviez autant travaillé que moi, il y aurait eu égalité entre nous. »

« Bin… non, si tout le monde pouvait partir à Bali en première classe, le billet deviendrait de plus en plus cher et seul les super riches pourraient se l’offrir. La recherche de l’égalité entraine de nouvelles inégalités à cause de la loi de l’offre et de la demande. »

« Vous en avez de bonnes. Vous protestez contre l’inégalité et vous me démontrez qu’elle est inévitable. »

« Heureusement. Les inégalités permettent au plus grand nombre de râler de manière consensuelle. Dans un monde où nous serions tous égaux, de quoi pourrions-nous parler ? »

« Du réchauffement climatique ? »

« Oui, peut-être. Mais comme nous aurions tous la même information, il n’y aurait pas de débat. »

Un garnement

5 décembre, 2016

De son propre aveu

Mon neveu

Est un petit morveux

Très nerveux

Un peu baveux.

Je veux

Non… je forme le vœu

Qu’il se peigne les cheveux.

Histoire qui se finit de façon très morale.

4 décembre, 2016

Julius était un marin qui travaillait sur un baleinier. On imagine déjà un homme rustre, aux mains larges et calleuses, peu informé des bonnes mœurs du beau monde qu’il ne fréquentait pas.  Il était bien marié avec Madeleine qui lui avait fait trois mioches. Il voyait rarement sa famille, puisqu’il est avéré que la pêche à la baleine n’est pas un travail qui se pratique à domicile.

Julius avait aussi une femme – disons plutôt une gueuse ou une ribaude – dans chaque port. Enfin… c’est ce qu’il se figurait. Il voyait Madeleine et ses gamins très rarement. Ces derniers très occupés à mal tourner dans leurs trafics, se fichaient royalement des absences de leur père. Ses périodes de retour à terre entrainaient une baisse de leurs activités illicites, car Julius se sentant très coupable de ne pas suivre leur éducation, distribuait largement quelques baffes bien senties dès son arrivée au port. Julius ignorait les raisons de ces punitions, mais il faisait l’hypothèse que ses gamins les connaissaient parfaitement. Ces derniers ne le contredisaient pas, attendant patiemment que le « vieux » refasse son baluchon pour courir de nouveau les océans.

Lorsqu’il arrivait dans un port étranger, il rejoignait immédiatement l’heureuse élue de l’endroit (le récit ne dit pas si elle était vraiment heureuse). Cette dernière était supposée n’avoir rien d’autre à faire que d’attendre fiévreusement ce moment. Je vous laisse deviner les débordements charnels qui s’en suivaient. Puis, il rejoignait son bord dans un état de béatitude idiote et d’ivresse avancée, prêt à courir sus à la première baleine qui passe.

Cette histoire abominablement sexiste était colportée dans tout le monde maritime avec force commentaires désobligeants pour Julius. Notons et dénonçons au passage les profonds et épouvantables fantasmes qu’elle révèle chez son auteur.

Heureusement, Georgette, la vieille baleine respectée par toutes ses congénères prit les choses en mains. Non… en nageoires. Elle en avait plein les fanons d’être poursuivie par un individu aux mœurs aussi dissolues. Elle réunit le conseil des anciennes qui prirent la décision d’informer Madeleine des infâmes habitudes de Julius. Celle-ci reçut donc un mail détaillé accompagné de photos prouvant les infidélités de l’intéressé. Pour appuyer ses dires, Georgette proposa à Rosetta, la femme que Julius voyait en cachette à Valparaiso, de l’accompagner chez Madeleine.

Rosetta accepta. Rosetta avait admis comme un principe qu’un marin pouvant avoir une femme dans chaque port, il était juste qu’une femme ait un marin sur chaque navire. Mais elle s’était disputé avec Julius à ce sujet et ne pouvait plus le voir, tant sa jalousie devenait insupportable.

Rosetta rendit donc visite à Madeleine à dos de baleine. Les deux femmes s’entendirent à merveille sous la houlette de Georgette qui s’esbaudissait bruyamment dans le port, attendant de ramener Rosetta à Valparaiso.

Au retour suivant de Julius, Madeleine avait pris sa résolution. D’abord, elle n’attendit pas le bateau de son mari sur le quai du port pour les effusions traditionnelles, ce qui n’étonnera personne compte tenu des informations qu’elle avait reçues. Julius dut prendre le taxi pour rentrer chez lui où l’attendait une explication qu’on devine orageuse.

Madeleine condamna Julius à ne plus partir en mer. Nous avons oublié de mentionner qu’elle avait des relations dans la politique locale, ce qui lui permit de faire en sorte que son ex-mari termine sa vie comme employé de la Sécurité Sociale, où les occasions de manifester son tempérament volcanique furent très rares.

Ses gamins continuèrent de s’en ficher complètement.

L’histoire du fils du sultan

3 décembre, 2016

Il parait que le sultan a engagé un consultant.

Pour prendre en mains son gamin.

Le  fils du sultan, c’est  le concierge qui brûle des cierges.

Il lit la presse avant de se faire une compresse.

Souvent son pote lui apporte une compote.

Mais il préfère cuisiner une sole, ça le console.

Puis un café. Il se sert avant d’aller au concert.

Soudain, il a le feu aux fesses, il faut qu’il aille à confesse.

Encore un petit tour de France

2 décembre, 2016

Dans l’Allier, je trouve des alliés.

Dans le Cher, des êtres chers.

Dans l’Hérault, je ne fais pas le héros.

Dans le Gard, je vais à la gare.

Dans l’Eure, j’arrive à l’heure.

Dans le Nord, je ne le perds pas.

Dans la Marne, je marne.

Et dans la Somme, je fais un somme.

Celui qui ne dit pas grand chose

1 décembre, 2016

« Moi, je fais ce que je dis. »

« C’est pour ça que ne vous dites pas grand-chose. »

« C’est bien plus sûr. Comme ça, je ne passe pas pour un rigolo comme vous. »

« C’est vrai. Je raconte que j’ai plein de projets que je ne mènerai jamais. Mais tout le monde sait qu’il ne faut pas y faire attention. »

« Quel intérêt ? »

« D’abord, ça entretient la conversation et puis ensuite, moi ça me fait plaisir d’imaginer que je pourrais faire le tour du monde. »

« A ce compte-là, tout est permis. Moi, je pourrais imaginer que je vais être couronné Roi d’Angleterre ! »

« Pourquoi pas ? Ce serait intéressant de vous entendre. »

« L’ennui, c’est que, quand vous dites n’importe quoi, on ne vous croit plus quand vous êtes sérieux. »

« C’est moins grave que votre façon d’avoir l’air de vous dissimuler. On ne sait jamais ce que vous faites, c’est d’autant plus gênant que vous, on est sûr que vous faites quelque chose. »

« Puisque je vous dis ce que je vais faire. Mieux : pour être encore plus certain de ne pas être considéré comme un velléitaire, je le dis souvent une fois que je l’ai fait. »

« Prenons un exemple : vous n’avez pas raconté vos vacances autour de la machine à café, comme tout le monde. »

« Tout le monde s’en fiche. »

« Oui, peut-être, mais ça permet de glander un peu au lieu d’aller retourner bosser tout de suite ! Alors ? »

« « J’ai été au Sénégal. »

« Au Sénégal ? Mais c’est intéressant ! Allez ! Demain, vous racontez. Je vais me documenter. Avec ça, on peut tenir au moins trois quart d’heure ! On a fait une heure avec les congés de Dugenou chez sa belle-mère. »

« Si je raconte le Sénégal, les gens vont croire que je fais mon malin, surtout ceux qui se sont étalés sur la plage de Palavas-les-Flots en surveillant leur smartphone. »

« Aucune importance. Vous renforcerez votre réputation de prétentieux. »

« Parce que je suis prétentieux ? »

« Oui, avec vos manières taciturnes, les collègues vous trouvent un air supérieur, comme si vous ne les jugiez pas dignes d’entendre le récit de vos vacances. »

« Alors, si je raconte, je suis prétentieux. Si je ne raconte pas, je prends les autres pour des imbéciles ? »

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