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Le problème du sous-préfet

13 octobre, 2016

C’était un endroit où il ne se passait rien de grave.

Bien sûr, parfois, les gens – surtout les vieilles gens – étaient malades, mais les médecins étaient nombreux et assez organisés pour leur porter secours rapidement. Il arrivait qu’un ancien meurt, mais c’était la faute de l’usure des années. On le pleurait, on le portait en terre, puis le temps faisait son œuvre.

Dans cet endroit, chacun pouvait s’adonner à la religion de son choix ou n’avoir aucune croyance mystique, sans être regardé d’un œil torve par son voisin. D’ailleurs, la plupart du temps, l’un ignorait la confession de l’autre, ou s’il le savait, il s’en fichait complètement.

Le niveau de vie était à peu près le même dans chaque famille. Certes, il y avait des cadres supérieurs qui vivaient dans des villas un peu plus grandes, un peu mieux situées, un peu mieux équipées. Cependant les autres maisons étaient d’un confort simple, mais plutôt agréable. Les différences de revenus entre habitants existaient, mais restaient dans des limites telles qu’elles n’excitaient pas la jalousie des uns envers les autres.

Il y avait de la solidarité entre les êtres humains. Lorsque l’un perdait son emploi, tous les autres étaient informés et se remuaient pour trouver un nouveau job à l’intéressé. Souvent, ils y parvenaient de sorte que le taux de chômage était très bas. Personne n’en parlait à la télévision, parce que la félicité, c’est moins intéressant que la dèche.

Les gens n’hésitaient pas à se parler entre eux. Chacun connaissant chacun, les solitaires n’étaient jamais gagnés par la dépression ou le spleen. Il leur suffisait de sortir dans la rue pour retrouver un peu de lien chaleureux.

Souvent, les citoyens faisaient des propositions aux autorités pour améliorer la vie collective. La plupart du temps, ces suggestions, encouragées par les élus, s’avéraient très pertinentes.

Les habitants aimaient à faire du sport. Ils étaient nombreux, en survêtement, à faire le tour du parc en courant. Tous jouissaient donc d’une excellente condition physique.

A l’école, les enfants travaillaient bien. En entrant en classe, ils laissaient leur smartphone dans un casier prévu à cet effet, de manière à être disponibles pour l’enseignement.  Chez eux, chaque élève avait sa chambre où il pouvait apprendre ses leçons et faire ses devoirs en toute quiétude. Parfois, ils se réunissaient dans le rue, bien sûr. Mais c’était pour s’amuser gaiement dans des fêtes où ne coulait que le jus d’orange.

Quand un jeune homme fréquentait une jeune fille, les deux familles les couvaient. L’engagement des deux jeunes gens l’un envers l’autre valait pour la vie. Il arrivait que les deux mariés soient de religions différentes ou de même sexe sans que cela ne choque personne.

Dans ce monde, les gendarmes n’avaient pas à se préoccuper de l’ordre public : aucune agression, aucun vol, même pas une petite ivresse sur la voie publique. Le code de la route était respecté à la perfection par les citoyens. Aucun automobiliste, par exemple, n’accélérait au moment où une personne âgée se présentait au bord du trottoir, comme le font certains dans d’autres pays pour éviter d’être retardés.

Pendant ce temps, dans son bureau, le sous-préfet n’en fichait pas une rame.