Archive pour le 2 octobre, 2016

Une histoire du Moyen-Age

2 octobre, 2016

 La belle Hildegarde, comme son nom l’indique gardait les chèvres. Rémy, comme rien ne le laisse présager, gardait les vaches. On ne sait pas si Rémy était beau.

Rémy pressait Hildegarde de sortir avec lui avant que les soldats du Roi ne l’envoient à la guerre de Cent Ans. Hildegarde convenait qu’effectivement, le service militaire était un peu long et qu’on ne savait pas dans quel état Rémy reviendrait un siècle plus tard.

Petit obstacle supplémentaire : le père d’Hildegarde, qui s’appelait Ermenfred, ne voyait pas d’un bon œil l’union de ces deux jeunes gens. Ermenfred était un honnête serf du seigneur et il espérait une plus haute destinée pour sa fille. Il avait déjà beaucoup de souci avec son fils, le jeune Sifard, qui refusait obstinément d’être taillable et corvéable à merci et qui parlait souvent de prendre d’assaut le château du Seigneur.

Ermenfred pressait donc Hildegarde de faire les yeux doux au jeune Vicomte, le fils du Seigneur, projet qui pourrait le cas échéant, sauver le jeune Sifard de la corde pour le motif de tentative de jacquerie.

Tout cela ne favorisait pas le jeune Rémy, qui lui, bénéficiait d’un prénom moderne. Pour mettre sa famille à l’abri d’une répression policière féroce, Hildegarde proposa de se marier avec le Vicomte, bien que ce dernier fût affecté d’un strabisme fort divergent. Rien n’empêcherait la belle de prendre ensuite Rémy comme amant, lors des permissions que la guerre contre l’Anglais ne manquerait pas de lui ménager. Cependant elle exigea que le Vicomte bénéficie d’un dispositif rectifiant sa vue puisque – pour un jeune marié – il louchait fort, ce qui n’était pas indiqué pour les photos de mariages.

Le père du jeune vicomte s’esbaudit à cette nouvelle. D’abord parce qu’il avait pour son fils plus d’ambition qu’une union avec une simple bergère, ensuite parce qu’il n’avait jamais entendu une ribaude lui poser des sommations, enfin (mais ce motif fut découvert à la suite de patientes recherches historiques) parce qu’il n’avait pas d’oculiste sous la main.

Le jeune frère d’Hildegarde qui – rappelons-le – s’appelait Sifard se fichait complètement des problèmes de sa sœur. Il continuait d’écumer la forêt du Seigneur en se jouant du capitaine des gardes qui se nommait assez logiquement Matifas et qui se trouvait être un petit cousin de la famille de Rémy.

Rémy avait soudoyé Matifas pour qu’il ne mette pas trop d’entrain à capturer Sifard, ce qui aurait mis la belle dans de mauvaises dispositions à son égard. Matifas aurait tout le temps de faire son job pendant qu’il guerroierait contre l’anglais pendant un siècle, puisque durant son service, il aurait le statut d’amant intermittent de la belle.

Le père d’Hildegarde qui se nommait toujours Ermenfred, en avait un peu par-dessus la tête. Non pas de casser les cailloux toute la journée sur les chemins du seigneur, mais plutôt des atermoiements de sa fille et des frasques de son fils.

Le père du vicomte, seigneur du lieu, se rendait bien compte qu’avec le regard difficilement supportable de son fils, il aurait du mal à le caser chez une belle princesse. Il proposa donc au serf Ermenfred de marier les deux jeunes tourtereaux. Il suffirait de cacher le visage du jeune marié d’une cagoule, ce qui serait bien suffisant pour une jeune ribaude, qui aurait de toute façon, un amant attitré dont le rôle serait de satisfaire son besoin d’amour courtois. Dans ce deal, il était entendu que le jeune Sifard, à la tête de sa bande de pouilleux, s’abstiendrait de brûler le château du seigneur, vu que celui-ci n’en avait pas d’autre.

Ce concordat satisfait le capitaine des gardes, Matifas qui en avait marre de faire semblant de courir sus à Sifard.