Archive pour septembre, 2016

Contradictions

20 septembre, 2016

« Je ne me comprends pas moi-même. »
« C’est ennuyeux. Qu’est-ce qui vous fait dire une chose pareille ? »
« Par exemple, j’aimerais bien partir dans un endroit isolé pour passer des vacances tranquilles. Eh bien ! Non ! Chaque année, je pars vers les endroits où je trouverais le plus de monde, à une date à laquelle partent en vacances le plus grand nombre de citoyens, ce que je sais très bien. »
« Euh… il faudrait une volonté d’enfer pour prendre vos congés d’été à Palavas-les-flots, en plein mois de novembre. »
« Oui, mais je ne m’arrête pas là. Je trouve qu’il y a trop d’émissions débiles à la télé, mais je ne peux pas m’empêcher de les regarder. »
« Remarquez… Vous êtes bien obligé de les regarder pour savoir qu’elles sont débiles. »
« C’est vrai, je ne suis plus à une contradiction près. Figurez-vous que je n’arrête pas de dire qu’on n’est plus gouverné, mais que je déteste les chefs qui croient savoir mieux que tout le monde ce qui est bien pour moi. »
« C’est bien français, ça ! »
« Peut-être. Mais ne pas aimer les gens, tout en détestant la solitude, vous trouvez ça comment ? »
« C’est la contradiction fondamentale de l’homme : il est à la fois solitaire et grégaire, il faut qu’il se débrouille avec ça. »
« Pff ! Ce n’est pas de la tarte. Il n’y a rien de simple dans notre condition. Par exemple, le travail fatigue, nuit à la santé et pourtant tout le monde en veut un. »
« C’est ainsi : pour gagner sa vie, il faut se fatiguer au travail. Notez que l’homme a inventé les vacances pour se reposer. »
« Sauf ceux qui partent tous en même temps, au même endroit et qui finissent par travailler avec leur smartphone sur la plage. »
« C’est la vie. »
« A propos de vie, plus ça va, plus les scientifiques l’allongent bien que les gouvernants se plaignent du coût de la retraite et de la santé des personnes âgées. Vous trouvez ça normal ? On va où comme ça ? »
« Pour le moment je ne pense pas que c’est normal, mais quand j’aurais quatre-vingt-dix ans, je changerai d’avis. »
« On fait des choses et puis on les défaits. On fait des enfants et un jour ils partent au bout du monde. On se marie et on divorce. On est recruté pour un boulot et puis on est licencié. On s’installe dans une région et puis on est muté. »
« Oui, ça s’appelle de la souplesse. Faire preuve de souplesse, c’est bien vu. Etre attaché à ce qu’on a construit, c’est une preuve d’étroitesse d’esprit. Au minimum. »

Sacrée Elvire !

19 septembre, 2016

Comment dire ?

Elvire

Cire

Puis se tire

A Vire,

Mon Sire !

Pour lire,

Boire un kir

Et rire !

Comment sourire ?

18 septembre, 2016

« Vous avez un sourire carnassier. »

« Comment ça, carnassier ? J’essaie d’être sympa, c’est tout ! »

« Votre bouche sourit, mais vos yeux pas du tout. On dirait que vous vous en voulez d’essayer de sourire. Ce n’est pas trop dur ? »

« Vous en avez de bonnes. Et vous votre sourire, il est comment ? »

« Très fin. Je souris du bout des lèvres, sans forcément vous convier à admirer ma dentition. En plus, j’accompagne ma mimique d’une petite lueur amusée au coin des yeux. »

« En effet, c’est ravissant. C’est beaucoup mieux que le sourire de Dugenou, qui éprouve le besoin de me taper dans le dos chaque fois qu’il se marre. En, plus il rit bruyamment ce qui est très vulgaire. »

« Bon, écoutez-moi. Pour bien sourire, il faut commencer par sourire intérieurement. »

« J’ai du mal à partager une bonne histoire avec moi-même. Attendez, j’essaie … Je viens de me raconter une blague, ça se voit ? »

« C’est un début. Maintenant, essayez de me sourire discrètement. Genre : « vous êtes sympa », mais sans plus ! »

« J’ouvre la bouche ? »

« Non, au point où on en est, il ne vaudrait mieux pas. Tirer légèrement sur les lèvres, ça suffira pour le moment. »

« Bon, mais je ne peux pas me balader toute la journée avec ce rictus ridicule. »

« Il faut savoir varier un peu. Si Dugenou vous énerve, vous pouvez essayer de sourire narquoisement. Toujours bouche fermée, tirez sur les lèvres d’un seul côté. Normalement, il sentira que vous venez d’exprimer un certain dédain pour sa personne. Vous devriez voir le visage de Dugenou se décomposer. »

« Et si je suis en société ? »

« Si vous êtes auprès d’un buffet, dans une réception officielle et que l’un des convives que vous voulez honorer raconte une blague, vous pouvez vous tordre en arrière ne riant bruyamment. C’est un des rares moments où vous pouvez ouvrir la bouche en grand. »

« Et si je veux séduire une femme ? »

« Vous pouvez alors sourire avec vos dents, à condition d’être sûr qu’elles ne sont pas décorées d’un morceau de salade. Toujours sans ouvrir la bouche trop largement. Elle doit voir que vous avez une dentition saine, mais l’état de vos cordes vocales n’a rien de sexy. »

« Et si je ne veux pas sourire ? »

« Il vous reste le non-sourire. Vous racontez une blague et vous ne souriez absolument pas. Vous allez passer pour un pince-sans-rire. C’est le non-sourire. C’est difficile à faire, il faut prendre un air béat qui laisse penser que vous souriez, mais intérieurement. »

A tous les saints !

17 septembre, 2016

A Saint-Etienne

Le saint-cyrien

N’a pas épousé la sainte-nitouche.

Il a reporté le mariage à la Saint-Glinglin.

Il a préféré dévoré un saint-marcellin

Arrosé d’un saint-joseph

En compagnie de son saint-bernard

Car il n’est pas un saint.

Les franglais

16 septembre, 2016

Le disc-jockey

S’est aspergé d’after-shave.

Il a pris un avion low-coast

Avec sa girl-friend

Et son rocking-chair

Pour passer le week-end.

Ils sont passés à la garden-party

Pour parler de high-tech

Avant de faire leur come-back.

Soyons courtois !

15 septembre, 2016

« Je vous adresse mes compliments. »

« Lesquels ? Parce qu’il y en a de deux sortes. Lorsque j’obtiens enfin quelque chose que j’ai voulu, vous pouvez me complimenter pour ma réussite. Lorsque le diner auquel je vous ai convié vous a plu, vous pouvez me complimenter pour exprimer votre contentement. »

« C’est vrai qu’il faut préciser la raison pour laquelle on vous complimente. »

« De toute façon, je préfère les félicitations et si possible vos plus vives félicitations. Quand vous me complimentez, j’ai l’impression que vous faites ça pour être poli, mais que vous vous en fichez un peu. Je ne vous en veux pas de m’avoir complimenté pour le mariage de ma fille, je peux concevoir que ça vous est complètement égal. Moi aussi d’ailleurs. »

« Bon d’accord, mais pour que je vous félicite, il faut que je sois enthousiaste. Que ce qui vous arrive me remplisse de joie, comme si j’étais moi-même concerné. Il y a dans le mot « félicitation » un début de déchainement de plaisir que je ne ressens pas vraiment quand vous m’inviter à diner. C’est bon, mais il n’y a pas de quoi sauter au plafond. »

« Mais quand même… quand je suis passé chef de service, vous auriez pu m’adresser vos plus sincères félicitations. »

« Euh… le fait que vous me piquiez le poste ne m’incline pas à la joie. En plus, même si j’avais de marquer de la joie, il eut été assez hypocrite de la qualifier de sincère. Je vous ai fait mon compliment, c’est déjà la preuve de mon esprit sportif. »

« Vous l’avez fait d’un air pincé. »

« Il est vrai que l’air qu’on prend quand on adresse des compliments ou des félicitations peut pondérer le message explicite. Mon air pincé, c’était pour vous faire savoir que je suis assez poli pour vous complimenter, mais que je n’en avais aucune envie. »

« Bon, et vos félicitations pour mon quatrième enfant, elles étaient comment : sincères, bidonnées, convenues. »

« Pour qui me prenez-vous ? Vous voyez une personne adresser à une autre personne ses ‘félicitations convenues’ ? Allons, allons !  D’ailleurs, ce n’est pas moi qui vous ai félicité, c’est mon ordinateur. J’ai un logiciel qui félicite n’importe qui pour n’importe quoi. C’est ce qu’on appelle le progrès technologique. »

« Alors là, il faudrait le signaler pour qu’on sache à quoi s’en tenir. Votre logiciel devrait mentionner ‘mes félicitations électroniques’, bien que ce soit un peu contradictoire, puisque lorsqu’on félicite, on se sent submergé d’une vague de félicité. Je n’imagine pas votre ordinateur se gondoler de plaisir, à la seule annonce de mon quatrième gamin. »

« Bon, alors qu’est-ce que je fais ? »

« Il faudrait me décrire l’émotion que ça suscite chez vous que ce soit pour un diner réussi ou pour honorer ma vie familiale. »

« Euh… le problème c’est que vous ne suscitez pas grand-chose chez moi. Je ne vous aime pas beaucoup, ça n’invite pas à l’émotion affective, juste à la courtoisie affectée. »

Histoire familiale

14 septembre, 2016

L’amant

De maman

Ment.

Il est allemand.

Depuis un moment,

Il possède un talisman

Ottoman.

Sur sa jument,

Il vend du ciment

Sur les bords du Léman.

L’artiste

13 septembre, 2016

« J’aimerais bien avoir mon nom en haut de la fiche. »

« Il faudrait commencer par changer de nom. Adopter un pseudo qui fasse américain. Raoul Dugommier, ça ne le fait pas terrible. »

« Bon d’accord. Ronny Stan, ça pourrait aller ? »

« A la rigueur, mais il faudrait que vous sachiez faire quelque chose d’exceptionnel. Chanter, danser, écrire, peindre… »

« Je connais des chansons des années 1920… Je ne chante pas très bien, mais ça pourrait faire rire. »

« C’est bizarre, mais avec un bon marketing pourquoi pas… »

« Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour que les femmes se jettent complètement nues sur moi ? »

« A mon avis, vous êtes trop beau. Si vous pouviez boire, vous droguer, avoir une allure maladive, ça vous donnerait du charme… »

« C’est-à-dire que j’aime bien mon mode de vie … »

« Et puis arrêtez de faire du sport… C’est agaçant, c’est allure saine. »

« Bon, je vais laisser tomber le tour de chant. Je pourrais être celui qui ne sait rien faire ! Le seul, l’unique, c’est un nouveau concept. »

« Il faudrait l’enrichir un peu, parce que des nullards, il y en a un paquet. Distinguez-vous : écrivez un livre aux pages entièrement blanches. »

« J’ai essayé, mais les éditeurs n’ont pas tellement ri. Ils aiment mieux les livres qui racontent des histoires. »

« Ou alors faites un spectacle dans lequel, il n’y aura personne sur scène pendant deux heures. Il faut que vous donniez une image concrète de votre inexistence. »

« Voilà un concept intéressant ! Mais je crains que le public soit un peu clairsemé. »

« Aucune importance, ce sera un spectacle sans acteurs, sans public. On peut même enlever le théâtre. Les gens paieront pour le fait de ne pas aller à votre spectacle. Même les américains n’ont jamais osé faire ça. »

« Parfait ! Vous pouvez commencer à rédiger mon affiche. Mon nom sera en haut, et puis en bas, et puis ensuite au milieu. N’oubliez pas de prévenir mes fans de façon à ce que je sois assailli par une meute de supporters dès que je mets les pieds dehors. »

« Ce sera tout ? »

« Et mon autobiographie, n’oubliez pas de la rédiger. Dites que j’ai eu une enfance très malheureuse et que je me suis sorti du caniveau avec beaucoup de courage. Il faudra également mentionner que je soutiens les jeunes créateurs. »

« Je n’y manquerai pas. Vous avez pris vos cachets ? »

Noir, c’est noir !

12 septembre, 2016

A Noirétable

Le blanc-bec noir

Possède un manoir

Et un Renoir

Au-dessus de sa baignoire.

Parfois, il va à la patinoire

Avec son  peignoir

Et, sur sa tête, un entonnoir.

Une vraie vedette

11 septembre, 2016

« J’aurais besoin d’un metteur en scène. »

« Pour quoi faire ? »

« Ce serait un type qui me suivrait partout et qui me mettrait dans la posture qui me valorise le mieux ou bien qui me dirait ce que je dois dire pour avoir l’air brillant en société. »

« Vous ne pouvez pas vous en tirer tout seul ? »

« Si peut-être, mais quand on regarde les films de Delon ou de Belmondo, il y a des moyens d’améliorer mon image. »

« Par exemple ? »

« Quand Belmondo ou Delon arrivent quelque part en voiture, il y a toujours de la place pour se garer en souplesse. Moi, il faut toujours que je fasse dix tours de pâté de maison pour finir par un créneau poussif et pas très sexy. »

« Et votre metteur en scène, qu’est-ce qu’il y peut ? »

« Il se débrouille pour dégager le trottoir et me faire arriver dans une bagnole sport. Et bien entendu, il met sur le trottoir trois ou quatre jolies femmes admiratives de mon arrivée. »

« C’est tout ? »

« Non ! Au restaurant, Delon ou Belmondo sont tout de suite entourés d’une armée de serviteurs. Moi quand j’essaie d’attirer l’attention du maître d’hôtel, il fait exprès de parler à quelqu’un d’autre. Il faudrait que le metteur en scène lui explique qu’au moindre haussement de sourcil de ma part, il doit accourir à mon service. »

« Si je comprends bien, vous voulez passer pour quelqu’un qui a de la présence, quelqu’un qui compte en quelque sorte. »

« Je voudrais que mon metteur en scène me mette dans des situations où je pourrais montrer de la désinvolture et de l’élégance. Par exemple, j’arriverai à n’importe quelle heure au bureau et je répondrai d’une boutade amusante et décontractée aux remontrances de mon patron, qui – du coup – serait renvoyé à sa propre petitesse d’esprit. »

« Il y a quand même des moments où vous ne pourrez pas afficher votre décontraction. Lorsqu’il s’agit de religion par exemple. »

« Si justement ! Je n’aurais pas peur de l’au-delà ! Je pourrais faire de fines remarques sur le Créateur et le bazar qu’il a mis sur Terre ! Mais il me faudrait aussi un bon dialoguiste. »

« Vous savez qu’il faut être fortuné pour pouvoir snober les autres. »

« Et voilà ! Encore de la discrimination par l’argent ! Mais moi, j’exige que la désinvolture soit accessible à toutes les bourses ! Même quand on n’a pas un rond, on doit avoir le droit de s’en ficher complètement. C’est un droit démocratique. »

« Vous voulez inventer la zénitude low-coast, si je comprends bien »

« Oui, je n’ai rien, mais je veux être quelqu’un ! »

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