Mauvaise nouvelle ?

« J’aime bien annoncer des catastrophes ou des évènements fâcheux. »

« C’est un goût un peu pervers ! »

« Oui, mais les gens m’écoutent au moins. Ils préfèrent de loin les mauvaises nouvelles aux bonnes. Quand vous dites que tout va bien, on vous regarde à peine, ou alors comme un pauvre demeuré. »

« Et quand le catastrophe n’arrive pas, vous avez l’air malin. Vous n’avez pas honte ? »

« Non, pas du tout, je peux dire qu’on l’a échappé belle grâce à des esprits éclairés comme le mien qui ont su prévoir l’avenir. Et puis les gens m’écoutent encore. C’est comme dans les films d’aventure : d’abord le spectateur a peur pour le héros, et puis à la fin, il est soulagé quand le héros s’en sort. »

« Et quand la catastrophe se réalise ? » 

« Là par contre, ça me pose un problème. D’abord, parce que les gens auront tendance à croire ce que je dis, et ensuite par ce qu’il va falloir que je trouve un autre désastre à annoncer que personne ne connait. Le problème c’est qu’avec Internet, beaucoup de personnes sont au courant de tout ce qui nous menace. »

« Je trouve que tout cela n’est pas très sain. Vous faites peur inutilement aux gens. »

« Non, ils ont déjà peur avant. Par exemple, tout le monde sait que nous risquons de souffrir du réchauffement climatique. Si j’en parle autour de moi, ce ne sera pas une découverte. Il suffit de dramatiser un peu pour se rendre intéressant en captant l’intention de mon auditoire. »

« C’est complètement idiot comme principe. A force de crier au loup, le loup arrive et dévore tout le monde. Après ça, vous ne pourrez pas leur annoncer grand-chose. »

« Certes, il y a des risques, mais dire que tout va bien, ce n’est pas mieux. On n’a plus de chance de se tromper qu’en disant que tout va mal. »

« On pourrait ne rien dire ou alors dire des choses intéressantes qui n’excitent pas la peur des citoyens. Bref, être intelligent ! »

« C’est compliqué. Il faut être un vrai pro pour remplir l’espace de paroles sans intérêt. A la télé, ils y arrivent très bien. Il faut voir la profondeur des questions lors des reportages sur les plages en été : alors, pas trop chaud ? elle est bonne (l’eau) ? »

« Il faut reconnaître qu’il y a une espèce de concours de la conversation la plus nulle possible. »

« Vous voyez, finalement je suis un journal télévisé à moi tout seul : j’ai le choix entre annoncé de mauvaises nouvelles ou lancer des discussions désespérantes de platitude. »

« Et quand les autres font leurs journaux télévisés à eux, qu’est-ce que vous faites ? »

« Je change de chaîne ou bien je leur demande s’ils n’ont pas aussi des bonnes nouvelles d’un air un peu sarcastique. »

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