Archive pour le 25 septembre, 2016

Conversation préhistorique

25 septembre, 2016

Cromagnon rencontre Néanderthal.

-          Salut, Néant, ça va ?

-          Bof ! Léon est mort hier ! Mangé par un lion.

-          Si jeune, c’est triste.

-          Il avait tout de même déjà 16 ans et il ne courait pas assez vite.

-          Oui, mais enfin tout de même. Il faut que nous portions le deuil !

-          Ce n’est pas la peine. Les trois-quarts des femmes de la horde sont enceintes depuis la Grande Orgie de l’été dernier ! Léon sera facilement remplacé.

-          Oui, mais c’était Léon. Tu es d’un cynisme !

-          Que veux-tu que je te dise ? Dans 2000 ans, on aura peut-être les moyens de pleurer nos morts. Pour le moment, je fais de la gestion démographique.

-          Mais tu ne crois pas que tout le monde pourrait s’aimer, prendre soin de son voisin, construire de vraies relations.

-          Tu rêves, Croma ! Pour le moment, il s’agit de boire, de manger et de copuler pour remplacer les idiots comme Léon qui s’aventurent n’importe où.

-          Tu as raison, mais je pense qu’un jour les hommes se lèveront le matin sans se demander s’ils seront dévorés avant la fin de la journée.

-          Moi, je parie qu’il n’y aura peut-être plus de dinosaures, mais qu’ils trouveront toujours un chef pour leur pourrir la vie. Ils resteront vivants, mais déjà bien entamés en rentrant chez eux le soir.

-          Pff… Tu n’es pas très encourageant comme tous les gens qui font de la gestion. Moi, je crois que nous avons besoin d’une raison pour vivre et qu’elle ne se trouve pas dans les livres de compte.

-          Sois concret, Croma ! Tu n’as pas le choix. On n’a pas besoin de théoriciens, on a besoin de gens qui courent vite et qui savent monter aux arbres.

-          Tout de même ! Tu te souviens de Balthazar qui est mort à 31 ans à l’automne, piétiné par un mammouth.

-          Celui qui réfléchissait ?

-          Tout à fait. Il se demandait toujours qui nous avait mis sur Terre, et en plus, il se demandait pourquoi nous étions les seuls à pouvoir nous poser la question.

-          C’est vrai que les lions ne réfléchissent pas beaucoup, mais réfléchir n’est-ce pas notre handicap par rapport au lion ? Un handicap intéressant, mais un handicap tout de même.

-          A court terme peut-être ! Je reconnais que les lions courent plus vite que nous, mais à moyen terme, on peut espérer qu’un de nos théoriciens trouvera un moyen de nous déplacer plus rapidement.

-          Si je comprends bien, tu opposes ma gestion du lendemain et une vision stratégique de l’avenir imaginée par nos théoriciens. Sauf qu’à long terme, comme dira quelqu’un on sera tous morts, y compris nos théoriciens.

-          Décidemment, Croma, nous ne nous comprenons pas. Moi, je vais dans l’atelier d’Antoine : il vient d’inventer la roue.

-          Ah ! Ah ! Encore un machin qui servira à rien. Il ferait mieux de s’entraîner à la course à pied.