La boîte de chocolats

« Moi, je suis gentil. »

« Ça ne va pas ? Vous êtes fou. C’est très risqué. Je parie que vous aidez plus faible que vous. »

« Oui, parfois, je soutiens les vieilles dames pour traverser la rue. »

« Ce n’est pas votre boulot ! Vous perdez du temps ! Préoccupez-vous de votre carrière, ce sera mieux pour tout le monde. »

« Je peux quand même donner un coup de mains à Dugenou, il est débordé de travail, avec des dossiers compliqués. »

« Vous rigolez ? Dugenou n’a qu’à se débrouiller. S’il n’y arrive pas, ce sera de sa faute. Il aura des comptes à rendre ! »

« Bon, alors, je vais aider mon voisin à tailler sa haie. »

« Gratuitement ? Alors là, j’hallucine. Vous vous rendez compte que vous n’êtes pas gentil du tout : vous prenez la place d’un emploi. Vous avez pensé au chômage ? »

« Bon, alors je fais quoi pour montrer mon intérêt aux autres ? »

« C’est inutile et même dangereux. Si tout le monde s’intéresse à tout le monde, ça va être une vaste révolution. Vous croyez qu’on a les moyens de se payer une révolution ? Laissez la générosité aux religieux, chacun son job. »

« Je peux m’impliquer dans l’éducation de mes gamins. »

« Et voilà ! J’en étais sûr ! Vous avez sûrement un avis sur l’école pendant qu’on y est ! Ce n’est pas votre travail. Faites comme tout le monde : vous laissez votre gamin à la porte de l’école à 6 heures, vous le reprenez à 20 heures, comme ça vous avez le temps de vous investir à fond dans votre métier. Et ne m’embêtez pas avec vos réunions de parents d’élèves… »

« Tout de même le grand casse tout dans la rue, il faut que j’aille le chercher au commissariat ! »

« Laissez donc les flics le tabasser un peu, ça lui fera des bons souvenirs pour plus tard. Pendant ce temps, vous pouvez démarcher de nouveaux clients. »

« Et ma petite femme, il y a si longtemps que je lui ai promis des vacances sur les plages de la Martinique. »

« Elle n’a qu’à y aller toute seule. Rendez-vous compte : si vous partez avec elle, vous allez passer votre temps sur votre smartphone, ça va l’énerver, résultat : une crise de couple. Pour le prix, reconnaissez qu’il vaut mieux affronter un conflit conjugal à la maison. »

« J’ai une idée : comme je suis gentil, je vais vous faire un cadeau, monsieur le directeur. Une boite de chocolats, ça vous conviendrait ? »

« Vous n’avez rien compris. Vous n’avez pas à considérer les autres comme des entités humaines susceptibles d’avoir des activités autres que le travail et la poursuite de leur propre réussite. Je vous vois venir, si je vous laisse faire, vous allez vous inquiéter de savoir si je suis heureux. Ils sont à quoi vos chocolats ? »

Laisser un commentaire