Sucré salé

« Moi, j’aime bien quand mon équipe favorite perd ses matchs. »

« C’est bizarre. La plupart des gens préfèrent la victoire. »

« Quand elle perd, ça occupe les journalistes qui pendant ce temps-là évitent de nous parler des prochaines élections. »

« Oui, mais enfin quand on gagne, les gens se sentent heureux. Une petite victoire et hop ! Ça vous soude tout un peuple. »

« Peut-être, mais c’est dans la défaite que naissent les vérités. On apprend enfin qui déteste qui dans l’équipe, alors qu’en cas de victoire tout le monde aime tout le monde. »

« La défaite n’est pas très saine. Elle ne génère que déceptions et ressentiments à l’égard de l’adversaire et même des coéquipiers. »

« Au contraire, en cas de défaite, on cherche ceux qui ont mal joué. En cas de succès, ceux qui n’ont pas fait un match correct sont oubliés, leurs erreurs se fondent dans la jubilation de tous. »

« Le succès demeure préférable. C’est quand même pour la victoire que les gens bossent. Pour la défaite, on ne travaille pas. Ou alors on travaille mal. »

« La vérité, c’est le résultat. S’il y a défaite, c’est que vous n’êtes pas bon. Il est tout de même préférable que vous le sachiez. Une victoire acquise par hasard ou sur des coups heureux vous dissimule votre vérité. »

« Résumons-nous. Vous préférez la défaite parce que vous êtes au moins sûr que vous n’êtes pas bon par hasard. Mais le succès, même s’il est un peu volé, ça encourage à aller de l’avant et faire mieux. »

« Euh… moi, je crois qu’il faut goûter l’amertume de la défaite pour mieux apprécier le succès. Il faut savoir ce que c’est que la piquette pour aimer le bon vin. »

« Vous n’êtes donc pas contre l’ivresse de la victoire. »

« Si, mais j’ai l’ivresse triste : quand mon équipe gagne, je pense à la morosité de nos adversaires ! »

« Et vous croyez qu’ils pensent à vous lorsque vous gagnez ! »

« C’est bien dommage. Quand on gagne, il faut être grand. Dans la défaite aussi d’ailleurs. La différence c’est que lorsqu’on perd souvent, on apprend plus vite à être noble. »

« Quand on gagne, ça fait du bien au moral, on boit un coup et on oublie les ennuis quotidiens qui sont des formes de défaites. C’est ça la vie ! »

« Perdre, c’est l’occasion de boire un coup aussi, si c’est ça qui compte. On noie son chagrin, on se donne un coup de pied au derrière et on repart. C’est la vie aussi. »

« La victoire donne un goût sucré à la vie. »

« Moi, je suis plutôt salé. »

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