Archive pour juillet, 2016

N’échangeons pas nos idées

10 juillet, 2016

« Moi, quand je parle, j’aime bien faire des phrases complètes et même des paragraphes entiers pour bien expliquer ce que j’ai à dire ! »

« Vous êtes fou ! C’est beaucoup trop long ! »

« Je sais, c’est pour ça que je n’arrive jamais au bout de ce que j’ai à dire. »

« Il faut commencer par dire l’essentiel en peu de mots. Le reste, c’est en option.  Par exemple, dites : je vais acheter des fraises. Le fait que vous aimiez bien les fraises et que c’est justement la saison n’intéresse personne. »

« C’est dommage. Si quelqu’un me répondait qu’il préfère les framboises, je pourrais aussi en acheter. »

« Non, ce n’est pas possible. Il faut savoir s’affirmer. Par exemple, dites d’emblée : je suis royaliste ! Si vous commencez par faire le panégyrique des rois de France, les gens vont ficher le camp ou consulter leur téléphone. »

« Si je comprends bien, il faut faire vite. »

« Oui, on n’a pas le temps de vous écouter. Partez du principe que tout le monde s’en fout. Je ne sais pas pourquoi, mais enfin c’est comme ça. »

« Et si je veux nuancer mon propos, je fais comment ? »

« Vous avez des formules pour vous en tirer. Par exemple, si vous dites : pour parler vite, je dirais que… On sent que vous avez beaucoup de choses à dire, mais que vous avez l’élégance de ne pas monopoliser la parole en résumant votre pensée. »

« Ça marche même si je n’ai pas grand-chose à dire ? »

« Tout à fait. Vous pouvez même ajouter : je n’ai pas le temps de rentrer dans les détails… Tout le monde vous en sera gré. »

« Et si je fais face à un contradicteur mal intentionné qui prend le temps de développer des arguments. »

« Interrompez-le. Dites-lui n’importe quoi. Dites-lui un truc qui marche très bien : assez de blabla ! Soyez concret ! Ou alors prenez l’air ennuyé, consulter votre téléphone. Eventuellement levez-vous en prétextant un appel urgent à passer. Vous voyez, il y a plein d’astuces pour éviter d’échanger des idées. »

« Et si quelqu’un par malheur fait part d’une idée intéressante. »

« Prenez l’air supérieur et laissez tomber : avec quels moyens faites-vous cela, cher monsieur ? Si c’est un projet politique, il est assez efficace de sortir : vous dites n’importe quoi, vous n’avez pas de crédits pour le financer ! Et ça va encore tomber sur le dos du contribuable ! »

« Comment je fais pour faire part de mes idées dans ces conditions ? »

« Ce n’est pas possible ! Vous avez donc des idées ? »

Drôle d’air !

9 juillet, 2016

Sur l’embarcadère

Kader

Boit un verre de madère

En compagnie de son dromadaire,

Et de son frigidaire.

Ce n’est pas secondaire

Puisqu’il est milliardaire.

Cette histoire me sidère.

Vive la France

8 juillet, 2016

Marie-France

Vit en Ile-de-France

Elle est un peu vieille France

Mais vole sur Air France.

Son père était un Franc

Qui comptait en ancien franc.

Il habitait en Franche-Comté.

Il avait son franc-parler,

Mais jouait franc-jeu.

Le principe de l’échelle

7 juillet, 2016

« Je reconnais humblement votre supériorité. »

« Vous n’en êtes pas un peu déçu ? »

« Pourquoi serai-je déçu ? Vous êtes plus fort que moi, donc vous êtes en haut de l’échelle. Moi, je suis en bas. Pour qu’une échelle est un haut, il faut qu’elle ait un bas. »

« Cela doit être très blessant pour votre amour-propre. »

« Oui, mais je pense à ceux qui sont encore plus bas que moi. J’ai de la peine pour eux. »

« Vous n’avez pas compris. La règle sociale, c’est la performance et vous devez tout faire pour améliorer vos performances. Il faut que vous fassiez mieux que les autres. On ne vous demande pas de les aimer. C’est ce qu’on appelle l’émulation. C’est ce qui permet à la collectivité de progresser. »

« Mais vous vous êtes heureux en haut de l’échelle ? »

« Ce n’est pas le problème. Je domine tout le monde grâce à mes efforts exceptionnels, j’ai un sentiment de toute puissance assez gratifiant, mais je ne sais pas si c’est ça le bonheur. Mes parents ne m’ont rien dit à ce sujet. La télé non plus. »

« Et si on supprimait la performance ? »

« Ce n’est pas possible. Je ne pourrais plus dominer qui que ce soit. Mon système de valeurs s’effondre. Le vôtre aussi, vous vous retrouverez au même niveau que moi, alors que j’ai des qualités supérieures au vôtre. Vous serez très gêné. »

« Bon, alors, je vais faire des efforts pour grimper l’échelle jusqu’à votre niveau. Vous avez l’air sympathique. »

« Eh ben, voilà ! Mais moi, je suis en train de faire des efforts pour atteindre le niveau de Dugenou, si bien que lorsque vous serez à mon niveau, je n’y serai déjà plus. »

« Si, je comprends bien, c’est une course-poursuite qui n’en finit pas. Et vous croyez que je vais me réaliser pleinement dans ces conditions ? »

« Tout le monde s’en fout. Il faut que chacun joue au jeu de l’échelle, sinon tout va à vau-l’eau ! Vous ne voudriez pas être un fauteur de troubles sociaux. »

« Si ! Par moment, ça me fait envie. »

« Je vois ce que c’est : encore un révolutionnaire qui rêve de démocratie et de pouvoir rendu au peuple ! L’égalitarisme ! Plus aucune raison d’écrabouiller les autres pour être le premier ! Le bordel et le déclin ! C’est ça que vous voulez ? »

« Non, mais on pourrait trouver une place intéressante pour chacun dans la société. »

« Quoi ? Vous voulez vous intéressez à ce que vous faites ? Si tout le monde faisait comme vous, vous vous rendez compte où on irait ? La seule satisfaction que vous devez avoir, c’est de grimper un barreau de plus dans l’échelle sociale. »

« Ne serait-ce une satisfaction un peu animale ? Tel le chat qui cherche à monter le plus haut possible ? »

« Si ! Mais j’ai oublié de vous dire : on est tous des animaux. »

Un bureaucrate

5 juillet, 2016

« Je suis un bureaucrate avec des fonctions très importantes. Je décide de tout depuis mon bureau. »

« C’est insensé ! Avant de décider quoique ce soit, il faut aller sur le terrain. Ecouter les gens. Prendre leur avis en considération ! »

« Bin, non. J’ai tout dans mes dossiers. Si on commence à écouter les gens, ça n’en finit plus, on ne décide plus rien. »

« Parfois, il vaut mieux ne rien décider, plutôt que faire le malin dans son bureau. »

« Si je comprends bien, les gens ont envie de prendre part à l’élaboration des décisions qui les concernent. »

« Exactement, l’ère des hommes providentiels est terminée. Il n’y a plus de Bon Dieu. S’il y en a un, il faudrait qu’il commence à se frotter aux réalités humaines. Ce serait peut-être un peu moins le bazar sur Terre. »

« C’est un peu mystérieux : chacun veut décider de son avenir, mais d’un autre côté tout le monde veut un chef. Un vrai. Un qui n’a pas peur de donner des ordres. »

« Je reconnais qu’il y a une légère contradiction. Il faut un chef, mais qui sache concerter et ne pas trop donner l’impression de se comporter en petit dictateur. »

« Le problème, c’est que chacun a envie de ce qui l’arrange et que lorsque le chef décide, il y a forcément des mécontents qui bloquent les routes et cassent tout. »

« Il faut concerter et trouver des solutions de compromis avant que les foules ne commencent à s’énerver. »

« Pff… C’est long. Et puis moi, les longs discours, ça m’épuise. Je préfère donner des ordres rapidement. »

« Qui ne seront pas exécutés. Le mangement des chefs, ça existe. »

« Qu’est-ce que c’est ? »

« C’est une technique qui consiste à faire semblant d’exécuter des ordres tout en les vidant de leur contenu de façon qu’ils deviennent inopérants. Par exemple, si vous me donnez l’ordre de balayer, je commence par aller chercher le balai servilement. »

« Et vous balayez. »

« Non, le balai est trop usagé, il dépose plus de poussière qu’il n’en ramasse. Il faut commander un autre balai, je fais un bon de commande. Il faut la signature du chef du budget qui ne signe les bons de commande qu’après avoir vérifié l’état des stocks, lesquels sont gérés par Dugenou qui est malade. »

« Bon, alors Dugenou guérit, on signe, le balai arrive et vous balayez. »

« Bin non ! Tout ça tombe mal car je suis en stage de formation. Vous savez bien que vous tenez à la formation des personnels. »

« Au retour, vous balayez. »

« Je ne peux pas. Quelqu’un a emprunté la pelle pour ramasser les poussières et ne l’a pas rendue. »

« Vous prenez l’initiative d’en fabriquer une avec un bout de carton. »

« Peut-être que oui, peut-être que non, parce qu’entre-temps, vous êtes muté dans une autre service ou alors c’est moi que vous déplacez à la comptabilité. Au pire, le balai ne fonctionne pas, il faut le renvoyer au service après-vente. »

C’est de l’art !

4 juillet, 2016

Pour ma part,

Je le dis sans fard,

J’en ai marre

De rester au bar.

J’ai mangé trop de lard.

Il est tard.

Allons à la gare

Prendre un car,

Pour le Var

Ou la Sarre

Ou bien quelque part.

Version latine

3 juillet, 2016

« In medio stat virtus. »

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Ça veut dire que les romains n’aimaient pas les extrémistes. »

« Il sont gonflés, les romains, parce qu’ils en ont produit un paquet d’extrémistes : Brutus, Caligula, Néron… et j’en passe ! »

« C’est pour ça qu’ils aimaient mieux les centristes. Ils disaient aussi : in vino veritas ! Ils croyaient qu’en picolant, la parole se délivrait. »

« Ce n’est pas faux, quand je suis bourré, je dis n’importe quoi, mais ce n’est pas toujours très raisonnable. Parfois, c’est même un peu extrême…  Et qu’est-ce qu’ils disaient d’autre les romains ? »

« Bis repetita placent. Ce qui veut dire – en gros – que lorsque quelque chose vous plaît, il ne faut pas hésiter à en reprendre. »

« Je vais le placer dimanche prochain. J’aime bien le gratin de ma belle-sœur, je ne vais pas me priver d’en reprendre. »

« Oui, mais attention, si quelqu’un commence à vous dire ‘bis repetita’ d’un air sournois, ça veut dire que vous vous complaisez à rabâcher toujours la même chose, sans même vous en rendre compte et qu’il en a marre ! »

« Bon, vous en avez d’autre comme ça ? »

« Au lieu de traiter quelqu’un d’hypocrite, vous pouvez dire d’un air pénétré : fronti nulla fides ! Il ne faut avoir aucune confiance au front de l’homme. C’est-à-dire qu’il ne faut pas se fier à la bonne tête de votre interlocuteur. »

« C’est bien vrai, mais si je dis ça en latin, personne ne va me comprendre. Remarquez, ça vaut peut-être mieux ! Je pourrais faire le malin tranquillement ! Finalement les Latins avaient une certaine culture : eux, au moins, ils n’avaient pas la télé pour s’abêtir. »

« Bon ! Vous pouvez essayer aussi : vade retro satanas ! Tout le monde comprend qu’il y a quelque chose qui vous énerve et qu’il vaut mieux ne pas insister. »

«C’est du dernier chic de s’agacer en latin ! J’aurais dû prendre cette option au lycée au lieu de faire ping-pong ! »

« Si quelqu’un vous met vraiment en colère, vous pouvez lui balancer : beati pauperes spiritu ! Vous verrez son visage se décomposer, soit qu’il se demande s’il est insulté, soit qu’il comprenne très bien que vous le prenez pour un imbécile (Bien qu’à l’origine, l’expression signifie le contraire) ! » 

« C’est intéressant. »

« Comme vous avez l’air complètement inculte, je vous conseille tout de même de consulter Wikipédia avant d’insulter les gens en latin.. »

Poème horrible

2 juillet, 2016

Ma Dulcinée

Aime le ciné.

Elle n’en est pas vaccinée.

Elle est fascinée

Et même hallucinée

Par un assassiné

Calciné,

Dessiné

Par Siné

La ! La ! La !

1 juillet, 2016

Pas de bla-bla

Là,

Je suis las.

De mes espoirs, Lola

A sonné le glas.

Il n’y aura pas de gala

Ni de ola.

Dans sa villa,

Sans moi, Lola

Mange du cervelas.

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