Archive pour juillet, 2016

La vie, c’est pas comme on nous avait dit

21 juillet, 2016

« Je me suis acheté une robe, mais sur moi, elle ne fait pas tout à fait le même effet que sur le mannequin. »

« Ce doit être parce que vous n’avez pas les mêmes formes harmonieuses que le mannequin. Ne vous inquiétez pas, c’est normal. Moi, j’ai loué un studio au mois d’août à 300 mètres de la plage. »

« Et alors ? »

« C’était 300 mètres en ligne droite en traversant des villas de part en part pour aller me baigner. En suivant les rues, c’était bien deux kilomètres. »

« Et ma voiture ! A la télé, les gens la conduisaient sur des routes désertes en ayant l’air de se marrer. Moi, je suis obligé de m’énerver tous les matins derrière le camion poubelle qui me bloque dans ma rue. »

« C’est comme ça qu’on arrive à vendre n’importe quoi à des gens qui croient à ce qu’on leur raconte. Moi, j’ai la même impression avec les plats cuisinés. A la télé, les gens ont l’air de se régaler. Le même plat me donne des nausées. C’est quand même curieux ! »

« Et ma maison !… Elle est bien ma maison en lotissement, sauf que j’ai une vue directe sur le salon du voisin, qui d’ailleurs peut se renseigner facilement sur l’état du désordre de ma chambre ! »

« Ne m’en parlez pas ! Moi, je lis le livre de Mikhailovitch Van Der Mouskine. Sur mon hebdomadaire de télé, il parait qu’il fallait absolument l’avoir lu. Je n’arrive pas à dépasser la page 10. De toute façon, je n’ai rien compris au début. Mais je laisse trainer le bouquin dans mon salon pour faire celle qui est au courant. »

« Et les enfants ? Vous avez des enfants ? Tout le monde m’avait dit que c’était merveilleux d’avoir des enfants ! Je me répète ça, chaque fois que je vais chercher mon gamin au commissariat de police. »

« Moi, quand je croise ma gamine habillée en gothique dans le couloir de la salle de bains, j’ai peur. Personne ne m’avait prévenu ! »

« On ne m’avait pas dit non plus qu’un truc de cinquante centimètres de long allait me traiter de vieille bique, un jour. »

« Et les maris, ça ne vaut pas mieux. Au début, il faisait le petit déjeuner et me l’apportait au lit. Maintenant, il fait toujours le petit déjeuner, mais le sien ! »

« Il y a eu une époque où j’avais droit à un voyage à Venise pour mon anniversaire, la dernière fois j’ai eu un robot culinaire ! »

« Finalement, la vie est bien survendue. »

« Oui, on vous dit au début que rien ne vaut la vie. Y’a qu’à voir ! »

« C’est comme le paradis, on vous le présente comme un endroit merveilleux, mais maintenant, j’ai des doutes. C’est peut-être de la pub ! »

Hou ! Hou !

20 juillet, 2016

Ce fou

N’a aucun goût.

C’est un mou

Roux

Souvent soûl

Moche comme un pou.

Il n’est pas doux.

C’est un sale coup.

C’est tout.

Le progrès, qu’est-ce ? Hein ?

19 juillet, 2016

« Je suis une nullité. »

« Mais non, mais non, pourquoi dites-vous ça ? »

« Je suis incapable de réparer ma machine à laver, je ne comprends rien aux assurances, ce qui fait que je dois être assuré plusieurs fois pour la même chose, je paie sans doute trop d’impôts parce que je ne sais pas m’évader fiscalement, etc…. »

« On en est tous là. Moi, je ne comprends rien aux tarifs de la téléphonie. »

« C’est bien ce que je pensais : on est obligé d’appeler des prestataires de service payants pour tout. Je viens de faire une grande découverte : la croissance économique, c’est en fait la croissance de nos nullités. »

« Vous avez peut-être raison, mais il faut bien vivre. »

« Oui, mais tout est fait pour nous compliquer la vie de manière à ce qu’on ait besoin de payer pour vivre. Autrefois, on vivait de pommes de terre et tout le monde savait faire pousser des pommes de terre. »

« Ne me dites pas que vous êtes contre le progrès ! »

« Non, mais je trouve que c’est une arnaque. On commence par inventer des choses compliquées et ensuite on crée des entreprises pour vous permettre d’accéder aux choses compliquées. Tout ça à grand renfort de pub, évidemment. »

« Certes, mais vous êtes bien content d’avoir un portable pour téléphoner toute la journée à qui vous voulez. »

« Vous voulez rire. Grâce au téléphone portable, on a des soucis en continu toute la journée, au lieu d’en avoir une fois par jour. »

« Bon, je suis d’accord, il y a des réparateurs de machine à laver qui exagèrent, mais quand même, vous êtes dispensé de laver vos affaires à la main comme votre arrière-grand-mère. »

« Elle avait l’eau non polluée du lavoir municipal, tandis que nous, on a la machine à laver ET l’eau polluée, ce qui a permis d’inventer l’adoucisseur pour le linge que vous mettez dans votre machine. »

« Certes, il y a quelques contreparties au progrès, mais vous vous servez beaucoup d’Internet. »

« Oui, avant, j’étais abreuvé de publicité dans la boite aux lettres dont se sert le facteur. Maintenant, c’est ma boite mail qui en regorge, ce qui a permis à des entreprises d’inventer le logiciel qui bloque la pub. Donc le progrès ça consiste à vous faciliter la vie grâce à des procédés qui provoquent des nuisances, que de nouveaux progrès vont vous permettre de contrecarrer. » 

« Je reconnais que parfois ça ressemble à une course poursuite. »

« Oui, on a créé le besoin de la voiture, ça pollue, donc on imagine de nouvelles voitures moins polluantes, et puis pendant qu’on y est des systèmes de recyclages des matériaux des voitures à la casse. Le progrès absolu, ce serait le progrès qui ne génère pas de nouveaux progrès. »

Drôles d’oiseaux

18 juillet, 2016

Bécassine

Revient de Milan

Où elle a salué le Grand-duc

Qui lui a fait un petit coucou,

Un simple signe

Du haut de sa grue.

Pour qui se prend-il ce roitelet huppé ?

Malgré son nom, elle n’est pas une bécasse.

Elle n’avance pas au pas de l’oie.

Elle a émis un simple râle.

Les soupirants

17 juillet, 2016

« Monsieur ! Nous soupirons tous les deux pour la belle Marianne ! »

« Oui, c’est embêtant ! Il y en a un de nous deux qui soupire un peu trop ! »

« Nous pourrions nous battre pour déterminer le vainqueur qui emportera le cœur de la belle ! »

« Oui, bof ! Voilà qui ne me dit pas grand-chose ! Après tout, elle n’est pas si belle que ça ! Vous avez vu, elle marche en canard ! »

« Ah bon ? C’est vrai qu’elle est capricieuse, dépensière, casse-pieds. Il faut toujours lui parler ou la rassurer. C’est crevant ! »

« Finalement, je vous la laisse volontiers. Moi, je soupirais pour passer le temps. C’était surtout pour faire plaisir à sa mère. »

« Et moi donc, je soupirais à peine. C’est une copine sans plus. Bonjour, bonsoir et puis chacun chez soi. »

« En plus, moi je suis déjà endetté jusqu’au cou, je ne peux pas me mettre une charge supplémentaire sur les bras. »

« Moi, entre le boulot, le tarot chez les copains, le foot à la télé, je n’ai pas vraiment le temps de m’en occuper. Vous êtes sûr que vous n’en voulez pas ? »

« Non. Je ne m’y vois pas non plus ! »

« On ne peut pas lui dire qu’on n’en veut pas, comme ça, tout de go. Elle va sûrement râler. Faire des tas d’histoires. Se plaindre à sa mère. »

« Si on mettait Dugenou sur le coup ? »

« Après tout, pourquoi pas ? Mais n’est-on pas un peu odieux de traiter ce genre d’affaires sentimentales avec autant de cynisme ? »

« Mon pauvre, en matière sentimentale, il ne faut pas être trop naïfs. Les scrupules ne sont pas à l’ordre du jour. »

« C’est vrai qu’elle ne nous a pas beaucoup aidé. Nous aurions pu avoir un très beau duel pour emporter son affection. »

« Ne regrettons rien. Comme je la connais, elle aurait pu donner sa préférence au vaincu. Exprès pour nous enquiquiner. Le romantisme de la situation lui aurait totalement échappé. Ce genre des choses n’intéressent plus les femmes ! »

« En plus, nous aurions pris le risque de nous faire mal mutuellement ! »

« Laissons Dugenou s’en dépêtrer. Moi, actuellement, je soupire pour la belle Béatrice. Je nourris les plis vifs espoirs. »

« Mais… moi aussi, monsieur. Je suis très attiré par la belle Béatrice ! »

« Nous pourrions nous battre pour conquérir son cœur ! »

Nos mauvais poèmes

16 juillet, 2016

Le marin vient du nord

Il n’est pas très fort,

Mais parfois, il mord.

Dans chaque port,

Il dort

Et joue du cor,

Avant de rejoindre son bord.

Il est content de son sort.

Il n’a pas tort.

Dugenou et La fontaine

14 juillet, 2016

« On a beau dire, je crois que La Fontaine avait tout compris avant tout le monde. »

« Ah bon ? »

« Par exemple, il a compris que pour obtenir quelque chose, rien ne valait mieux que le léchage de bottes. C’est la stratégie qu’applique Dugenou auprès de la direction pour passer chef de service. »

« C’est vrai, mais il a dit aussi : travaillez, prenez de la peine. »

« C’est ce que je dis tous les jours aux secrétaires ! Il avait donc raison. »

« C’est tout ce que vous retenez de La Fontaine ? »

« Non, il a démontré aussi qu’il valait mieux plier que s’opposer. C’est exactement le style de Dugenou. Il fait semblant de se conformer aux ordres de la direction pour ne pas l’affronter directement, et puis après, il se débrouille pour faire ce qu’il veut. »

« C’est un peu cynique comme interprétation du Chêne et du Roseau. »

« Pas du tout, c’est ce qu’il a écrit. Il a aussi dit que la raison du plus fort est toujours la meilleure. C’est un précepte que Dugenou applique sans faillir : quand il y a un conflit, il se met systématiquement du côté de la direction. »

« Vous croyez que Dugenou a lu tout La Fontaine ? »

« Ça ne m’étonnerait pas de lui. Dès qu’il y a une nouveauté, il se tient à l’écart pour ne prendre aucun risque. On retrouve là encore un dicton de La Fontaine : prudence est mère de la sureté. »

« Mais enfin votre Dugenou, vous pourriez essayer de dialoguer avec lui. »

« Peine perdue ! Il n’écoute rien en vertu du principe du même fabuliste : ventre affamé n’a point d’oreilles. Comme il est affamé de pouvoir, on ne peut pas discuter avec lui ! »

« Qu’est-ce qu’il pense de tout ça, Dugenou ? »

« Il dit toute la journée qu’il va être nommé chef de service. »

« Répondez-lui qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ! »

« Et si on l’énerve en lui reprochant son arrivisme, il cite La Fontaine en clamant qu’en toute chose, il faut considérer la fin ! »

« Faites comme Dugenou : louer les Dieux, les maîtresses et leur roi. En d’autres termes, le Bon Dieu, la maîtresse du patron et le patron en personne. »

« Je ne suis pas très doué pour fayoter, surtout auprès de Dieu »

« Ne vous inquiétez pas. La Fontaine disait aussi que ce sont les gens qui ne font pas de bruit qui sont dangereux, les autres, ceux qui la ramènent trop sont de grands enfants et puis il écrivit aussi : laissez dire les sots. »

« Bon, il va falloir que je le relise. La Fontaine était un grand manager « 

Des hauts et des bas

13 juillet, 2016

Dans le Bas-Rhin,

Le Haut-Commissaire

N’a pas mal au bas-ventre.

Il a pris les choses de haut.

Sur le bas-côté de la route.

Avec un haut-parleur,

Il s’est adressé à ceux des hauts-fourneaux

Qui touchent les bas-fonds.

J’ai dit une bétise ?

12 juillet, 2016

« Parfois, je dis des choses sans réfléchir. »

« Ce n’est pas grave, ça arrive à tout le monde. »

« Oui, mais quand je sors une ânerie, les gens me prennent pout un idiot. »

« Ce n’est pas sûr. Il faut encore que les gens aient conscience que vous avez dit une ânerie. En fait, c’est un bon moyen pour savoir si vous avez affaire à un idiot ou un hypocrite »

« Quelle différence ? »

« L’idiot, c’est celui qui n’a pas compris que vous venez de dire une ânerie et qui vous répondra par une autre ânerie. L’hypocrite, c’est celui qui a très bien compris que vous venez de sortir une ânerie et qui va se débrouiller pour vous dire que votre remarque est très intelligente. »

« J’aime bien l’idiot parce que je suis sûr d’être à son niveau. Mais j’aime bien aussi l’hypocrite, parce que s’il me flatte, c’est qu’il a quelque chose à me demander. »

« Ou bien, il se fiche de votre figure. »

« Remarquez, il y a parfois de quoi. Mes remarques à l’emporte-pièce ne sont pas toujours fameuses. Ceci dit, parfois je sors des choses très pertinentes sans réfléchir. »

« Et alors ? »

« Les gens ont l’air surpris. Moi aussi. Mais après je réfléchis et je comprends que ma remarque était intéressante. Le mieux, c’est tout de même de prendre le temps de réfléchir à ce qu’on dit. »

« Ce n’est pas sûr. Sortir une imbécillité après avoir réfléchi, c’est plus grave qu’une ânerie émise spontanément. »

« Bon, alors, je fais comment ? Je réfléchis à ce que je dis ou pas ? »

« Le mieux, c’est d’abord d’écouter les remarques des autres. Si elles sont complètement idiotes, lâchez-vous. Vous ne pourrez pas faire pire. Si elles sont de haut niveau, il faut bucher préalablement le sujet. A défaut vous pouvez aussi lâcher une bêtise, pour jouer à l’iconoclaste, c’est-à-dire à celui qui sait ramener sur terre de conversations trop abstraites. »

« Et comme ça, vous êtes sûr que personne ne me prendra pour un crétin ? »

« Non, je suis sûr de rien. Il faut tenir compte de l’existence de gangsters intellectuels qui vous font croire que vous êtes un être très fin, alors que vous sortez des imbécillités, ou alors qui vous prennent pour un idiot, même si vous émettez des avis très documentés. »

« Il devrait y avoir une police de la conversation. »

« Il n’y a pas, c’est-à-vous de savoir à qui vous avez à faire. »

« Oui, mais c’est compliqué. Je n’aime pas avoir une bonne opinion de quelqu’un qui a mauvaise opinion de moi parce qu’il se trompe sûrement. Je n’aime pas non plus avoir mauvaise opinion de quelqu’un qui a bonne opinion de moi, j’ai l’impression qu’il se fiche de moi. »

Histoire japonaise

11 juillet, 2016

A Kyoto

Toto

A joué au loto

Avec son poteau,

Un drôle de zigoteau

Qui a des biscoteaux.

Ils ont acheté une auto

Et une moto

A un bon taux,

Puis ils se sont pris en photo.

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