Archive pour le 17 juillet, 2016

Les soupirants

17 juillet, 2016

« Monsieur ! Nous soupirons tous les deux pour la belle Marianne ! »

« Oui, c’est embêtant ! Il y en a un de nous deux qui soupire un peu trop ! »

« Nous pourrions nous battre pour déterminer le vainqueur qui emportera le cœur de la belle ! »

« Oui, bof ! Voilà qui ne me dit pas grand-chose ! Après tout, elle n’est pas si belle que ça ! Vous avez vu, elle marche en canard ! »

« Ah bon ? C’est vrai qu’elle est capricieuse, dépensière, casse-pieds. Il faut toujours lui parler ou la rassurer. C’est crevant ! »

« Finalement, je vous la laisse volontiers. Moi, je soupirais pour passer le temps. C’était surtout pour faire plaisir à sa mère. »

« Et moi donc, je soupirais à peine. C’est une copine sans plus. Bonjour, bonsoir et puis chacun chez soi. »

« En plus, moi je suis déjà endetté jusqu’au cou, je ne peux pas me mettre une charge supplémentaire sur les bras. »

« Moi, entre le boulot, le tarot chez les copains, le foot à la télé, je n’ai pas vraiment le temps de m’en occuper. Vous êtes sûr que vous n’en voulez pas ? »

« Non. Je ne m’y vois pas non plus ! »

« On ne peut pas lui dire qu’on n’en veut pas, comme ça, tout de go. Elle va sûrement râler. Faire des tas d’histoires. Se plaindre à sa mère. »

« Si on mettait Dugenou sur le coup ? »

« Après tout, pourquoi pas ? Mais n’est-on pas un peu odieux de traiter ce genre d’affaires sentimentales avec autant de cynisme ? »

« Mon pauvre, en matière sentimentale, il ne faut pas être trop naïfs. Les scrupules ne sont pas à l’ordre du jour. »

« C’est vrai qu’elle ne nous a pas beaucoup aidé. Nous aurions pu avoir un très beau duel pour emporter son affection. »

« Ne regrettons rien. Comme je la connais, elle aurait pu donner sa préférence au vaincu. Exprès pour nous enquiquiner. Le romantisme de la situation lui aurait totalement échappé. Ce genre des choses n’intéressent plus les femmes ! »

« En plus, nous aurions pris le risque de nous faire mal mutuellement ! »

« Laissons Dugenou s’en dépêtrer. Moi, actuellement, je soupire pour la belle Béatrice. Je nourris les plis vifs espoirs. »

« Mais… moi aussi, monsieur. Je suis très attiré par la belle Béatrice ! »

« Nous pourrions nous battre pour conquérir son cœur ! »