Archive pour le 5 juillet, 2016

Un bureaucrate

5 juillet, 2016

« Je suis un bureaucrate avec des fonctions très importantes. Je décide de tout depuis mon bureau. »

« C’est insensé ! Avant de décider quoique ce soit, il faut aller sur le terrain. Ecouter les gens. Prendre leur avis en considération ! »

« Bin, non. J’ai tout dans mes dossiers. Si on commence à écouter les gens, ça n’en finit plus, on ne décide plus rien. »

« Parfois, il vaut mieux ne rien décider, plutôt que faire le malin dans son bureau. »

« Si je comprends bien, les gens ont envie de prendre part à l’élaboration des décisions qui les concernent. »

« Exactement, l’ère des hommes providentiels est terminée. Il n’y a plus de Bon Dieu. S’il y en a un, il faudrait qu’il commence à se frotter aux réalités humaines. Ce serait peut-être un peu moins le bazar sur Terre. »

« C’est un peu mystérieux : chacun veut décider de son avenir, mais d’un autre côté tout le monde veut un chef. Un vrai. Un qui n’a pas peur de donner des ordres. »

« Je reconnais qu’il y a une légère contradiction. Il faut un chef, mais qui sache concerter et ne pas trop donner l’impression de se comporter en petit dictateur. »

« Le problème, c’est que chacun a envie de ce qui l’arrange et que lorsque le chef décide, il y a forcément des mécontents qui bloquent les routes et cassent tout. »

« Il faut concerter et trouver des solutions de compromis avant que les foules ne commencent à s’énerver. »

« Pff… C’est long. Et puis moi, les longs discours, ça m’épuise. Je préfère donner des ordres rapidement. »

« Qui ne seront pas exécutés. Le mangement des chefs, ça existe. »

« Qu’est-ce que c’est ? »

« C’est une technique qui consiste à faire semblant d’exécuter des ordres tout en les vidant de leur contenu de façon qu’ils deviennent inopérants. Par exemple, si vous me donnez l’ordre de balayer, je commence par aller chercher le balai servilement. »

« Et vous balayez. »

« Non, le balai est trop usagé, il dépose plus de poussière qu’il n’en ramasse. Il faut commander un autre balai, je fais un bon de commande. Il faut la signature du chef du budget qui ne signe les bons de commande qu’après avoir vérifié l’état des stocks, lesquels sont gérés par Dugenou qui est malade. »

« Bon, alors Dugenou guérit, on signe, le balai arrive et vous balayez. »

« Bin non ! Tout ça tombe mal car je suis en stage de formation. Vous savez bien que vous tenez à la formation des personnels. »

« Au retour, vous balayez. »

« Je ne peux pas. Quelqu’un a emprunté la pelle pour ramasser les poussières et ne l’a pas rendue. »

« Vous prenez l’initiative d’en fabriquer une avec un bout de carton. »

« Peut-être que oui, peut-être que non, parce qu’entre-temps, vous êtes muté dans une autre service ou alors c’est moi que vous déplacez à la comptabilité. Au pire, le balai ne fonctionne pas, il faut le renvoyer au service après-vente. »