Dure, dure d’être un humain

« Moi, je ne m’en fais pas. Je prends la vie comme elle vient. »

« La vie est comme elle est. Si elle est mauvaise, ce qui fait mal, ce n’est pas tellement qu’elle est mauvaise, c’est d’imaginer comment elle pourrait être en mieux. »

« Donc, il ne faut pas avoir d’imagination. »

« On peut imaginer le bonheur à condition de se convaincre qu’on ne peut l’atteindre facilement. Comme ça, si on l’atteint, ce sera une bonne surprise. »

« Si on n’imagine pas l’avenir, nous voilà tous ravaler au rang de la condition animale.  Dans sa savane, le lion n’est pas capable de sortir son petit agenda pour savoir ce qu’il fera dans trois jours. »

« C’est vrai, son avenir dure une demi-seconde, c’est-à-dire le temps de se lever et de se jeter sur la proie qui passe à portée de patte. »

« Donc, nous voici devant un paradoxe, il faut imaginer l’avenir, tout en sachant qu’on a de fortes chances d’être déçus. »

« En fait ce qui nous distingue du lion, c’est que nous, nous savons qu’on est là pour un certain temps. Notre vie a un début et une fin. Le lion ne sait même pas qu’il dispose d’une vie, ni qu’elle débute et finit. »

« Euh, tout compte fait, je préfère être un humain avec un avenir pourri, plutôt qu’un lion sans passé et sans avenir. »

« Donc ne dites pas que vous prenez la vie comme elle vient, car vous ne pouvez éviter de prendre en considération la manière dont elle viendra. On n’échappe pas à son destin effrayant d’humain pensant.»

« Si je comprends bien, il est interdit de se dire des trucs pour se rassurer. »

« Absolument. Ce qui fait avancer les gens, c’est leur avenir et leur avenir, c’est la trouille de ce qui risque de leur arriver. L’homme est condamné à avancer vers la possibilité de sa perte. »

« C’est très gai ! Ne peut-on pas avoir un avenir heureux, cher philosophe ? »

« Si on peut, mais ça ne dure pas. Il arrive forcément un moment où l’avenir, c’est le présent. Si c’est un avenir heureux, il s’éteint à ce moment précis, lorsqu’il devient un présent. C’est d’autant plus ennuyeux que lorsqu’un avenir décède, se transformant en présent, vous êtes dans l’obligation d’envisager un autre avenir dont vous ne savez rien. »

« Je n’ai pas tout compris. Mais je sens que vous êtes un grand pessimiste. Moi, j’ai besoin de rigoler avec les copains, c’est tout. »

« Et quand vous avez fini de rigoler, vous êtes bien obligé de vous imaginer, retournant tout penaud dans votre logis, où vous attendent des corvées ménagères et ingrates. »

« Bin, oui… mais quand je fais la vaisselle, je me souviens des déconnades avec les copains. »

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