Un être fort

« Il faut me prendre comme je suis où alors me laisser. »

« Vous vous rendez compte ? Avec ce genre d’attitude, vous allez finir tout seul. »

« Je m’en fous. Je serai seul, mais glorieux. Je n’aurai rien abdiqué de ma brillante personnalité. »

« Si tout le monde fait comme vous, plus personne ne se parle. La vie va vite devenir irrespirable. »

« Je n’en ai rien à cirer. La vie, elle appartient aux êtres forts, ceux qui ne se laissent pas intimider par les autres. Il suffit de me regarder pour savoir ce que ça veut dire. »

« Si vous prêtiez attention aux autres, vous pourriez sûrement enrichir votre éclatante personnalité ! »

« Vous plaisantez ? Prêtez attention aux autres, c’est beaucoup trop compliqué. J’ai déjà assez de boulot à maîtriser mon tempérament. »

« Peut-être que les autres pourraient aussi bénéficier de vos nombreuses qualités, si vous leur donniez l’occasion de les apprécier. »

« Vous avez raison, il faut que je fasse attention. Je ne dois pas m’adresser à n’importe qui pour ne pas être dépouillé de mes principaux traits de caractère. »

« Vous n’avez donc aucune faiblesse ? Je ne sais pas… un truc que vous ne savez pas faire… »

« Mes domaines d’incompétence ne regardent personne. De toute façon, je les ignore. Je suis nul en ski, aussi je n’y vais jamais. C’est aussi simple que ça. Je suis nul en anglais, je ne me précipite pas en Angleterre, bêtement, au moment de soldes. »

« Vous vous croyez admiré par les autres ? »

« Mais évidemment, je le vois dans leur regard. Il y a comme un voile de sidération quand j’apparais quelque part. Parfois, j’en suis ému. »

« Il y a effectivement de quoi être sidéré. Avez-vous pensé à aider les plus faibles au lieu de jouer au plus malin ? »

« Les plus faibles n’ont qu’à se débrouiller pour être forts. Mais ne vous inquiétez pas, je donne aux Restos du Cœur, au téléthon, à la quête du dimanche… Comme ça, mes scrupules me laissent tranquilles. C’est vrai qu’il faut faire attention, ils ont vite fait de vous attaquer. »

« Mais enfin, vous n’avez jamais de doute sur vous. C’est humain le doute. »

« Des doutes sur moi ? Pendant que vous y êtes, vous voudriez peut-être que je reconnaisse que je compense mon sentiment de détresse psychologique en ramenant ma fraise à tout bout de champ ? »

« Peut-être que si vous plastronniez un peu moins, vous sentiriez moins cette détresse. »

« Quoi ? Moi ? Je plastronne ? »

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