Une nouvelle base de données

« Ma femme cherche du travail. »

« C’est normal, toutes les femmes veulent travailler. Autant dire qu’elles cherchent des ennuis. »

« Attention à vos réflexions sexistes ! Elles ont besoin d’un salaire et de vivre dans l’indépendance financière comme vous. »

« D’accord ! Mais je crois que les femmes comme les hommes ont aussi envie de raconter quelque chose le soir ! Surtout pour se plaindre de leur journée ! Si on enlève aux gens les motifs de se plaindre, je ne vois pas bien ce qui leur reste. »

« Parfois, on dirait que c’est un péché que d’être content de son sort. »

« Moi, je suis très content de mon job et je le dis partout. Résultat : les gens me regardent comme un demeuré. »

« Plaignez-vous d’autre chose : le temps, les patrons, le gouvernement, … »

« Le temps, c’est bien. On peut invoquer le réchauffement climatique, ça permet de parler longuement. »

« Mais c’est aussi une réalité, le réchauffement. »

« Heureusement, sinon je devrais inventer des motifs de gémir. Ce n’est pas très sain ni moral. »

« C’est vrai, les jours où le gouvernement ne fait pas de bêtise, je suis obligé de m’inventer des maladies pour pleurnicher sur mon sort. »

« On pourrait faire une banque de données qui regrouperaient toutes les raisons potentielles de se lamenter sur la vie, ça nous aiderait. »

« D’accord ! On pourrait commencer par les jeunes, c’est le plus simple. Ils sont mal élevés, ils passent leur temps sur leurs écrans, ils n’ont plus d’ambitions, ils se fichent de tout, ils ont perdu leurs repères, etc… etc…. »

« Super ! Ensuite, on peut parler des impôts ! »

« Mais ils viennent de baisser ! »

« Ce n’est pas grave ! Le problème des gens, ce n’est pas le montant, c’est le principe ! »

« Bon, d’accord, je note ! On pourrait aussi mettre dans notre fichier les émissions débiles à la télé, les gens s’en plaignent beaucoup. Remarquez qu’ils n’en manquent pas une. »

« Ils sont bien obligés de regarder pour savoir que c’est débile. »

« D’accord pour la télé. Ensuite, on peut introduire les belles-mères, les jours fériés qui tombent un week-end, les menus de la cantine, les gens qui se garent n’importe où, la clim dans les bureaux, les photocopieuses qui ne marchent jamais, le paquet de café qui est vide…. »

« Notre base de données prend de l’ampleur. On va la rendre accessible sur téléphone, tablette et tout le bazar… »

« Il faudra un mode d’emploi pour l’utiliser efficacement. On ne doit pas se plaindre de n’importe quoi, n’importe où ! »

« Et puis une formation, il y a des manières de se plaindre. Il faut quand même avoir l’air d’y croire. »

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