La monnaie de sa pièce

« Alors si je comprends bien, maintenant, il suffit de passer son téléphone devant une machine et hop ! Vous avez payé votre achat ! »

« Eh oui, on dématérialise l’argent de plus en plus ! »

« Il faut éviter de faire de grands gestes avec le téléphone dans les mains au moment où on passe devant la caisse. »

« Il vaut mieux en effet. »

« Vous allez me dire que je ne suis pas dans le sens du progrès, mais j’aimais mieux les pièces et les billets. Quand on dépense son fric, il faut que ça fasse un peu mal, sinon c’est la porte ouverte à tous les excès. »

« Si on veut que tout le monde soit à découvert pour faire fonctionner le crédit qui enrichit les banques, on n’est bien obligé de prendre des mesures. »

« Bientôt, il suffira de faire un sourire à la caissière et hop ! votre compte sera débité dans la joie et la bonne humeur. »

« C’est comme ça, il faut que les affaires marchent, le paiement à la caisse retarde tout le monde et des chipoteurs comme vous ne favorisent pas les achats. »

« La croissance ? Parlons-en de la croissance. S’il s’agit de savoir si on va faire 1.2 ou 1.3 % de croissance cette année, on s’en fout, ça ne me motive pas du tout pour acheter un téléphone. »

« Parce que vous n’avez pas de portable ? Vous avez une carte bleue au moins ? »

« Oui, mais enfin je regrette le temps où on pouvait retirer de l’argent au comptoir de la banque. On pouvait parler avec le guichetier, c’était sympa. Maintenant le distributeur automatique ne me dit rien. Il y a juste le monsieur qui est derrière moi qui me demande si je n’ai pas bientôt fini. Je n’ai même pas le droit de me tromper quand je tape mon code. »

« Ne me dites pas que vous faites encore des chèques. »

« Plus beaucoup, mais c’est dommage. Quand vous alignez les zéros sur votre chèque, vous commencez à vous rendre compte de ce que vous faites. Maintenant avec votre carte et votre téléphone, que vous déboursiez 10 ou 10 000, ça vous fait quasiment le même effet. »

« Bon d’accord. Mais rappelez-vous quand vous payiez tout en espèces, c’était compliqué, il fallait avoir de la monnaie et les petites pièces s’égaraient dans votre sac. Vous vous énerviez. Ce n’était pas très bon ni pour l’économie, ni pour vous. »

« Pendant que j’y suis, on pourrait revenir aussi au troc, ça obligerait les gens à s’interroger sur la valeur vraie de ce qu’on achète et ce qu’on vend. Aujourd’hui, on est obligé de croire la pub et le vendeur. Vous trouvez ça responsable ? »

« Pas très. Mais enfin, il y a des effets sociétaux. S’acheter le dernier smartphone à la mode, ça vous permet de frimer, de vous classer socialement. »

« Bon, enfin bref… Combien je vous dois ? Vous avez la monnaie sur 50 ? »

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