Archive pour mars, 2016

Bon anniversaire !

10 mars, 2016

« J’ai oublié de fêter votre anniversaire. J’en suis navré. » 

« Ce n’est pas grave. Finalement, je me demande si on fait bien de nous couvrir de félicitations le jour du calendrier qui a vu notre venue au monde. »

« C’est la tradition, tout de même ! »

« Ce n’est pas une raison. Ni vous, ni moi, n’avons fait d’efforts pour arriver sur Terre. Il n’y a pas de quoi nous féliciter réciproquement, chaque année. »

« Ah bon ? Qu’est-ce qu’on doit vous fêter alors ? »

« Des choses qui m’ont coûté. Ma première entrée à l’école maternelle par exemple. Ou à la rigueur ma réussite au bac, bien que les trois quarts des élèves l’obtiennent. »

« Je pense que la date de naissance est un meilleur repère. C’est le même pour tout le monde, il n’y a pas de discrimination. Et puis, pour votre entourage, c’est une façon de vous dire qu’on pense à vous, chaque année. »

« Je préférerais qu’on pense à moi tous les jours. Une petite attention ne coûterait rien. Je suis tout disposé à en recevoir. »

« Vous vous rendez compte ? S’il fallait chaque jour avoir une attention pour tous ceux qu’on connait. On ne ferait que ça. Tandis que penser à vous une fois par an donne beaucoup plus de valeur au geste. »

« On pourrait automatiser l’affaire. Il y a une nouvelle application à construire qui me dirait chaque jour sur mon smartphone que le monde entier pense à moi. »

« C’est une bonne idée que certains marchands vont sûrement mettre à profit, mais admettez que lorsque l’intention vient d’un être humain, elle est plus charmante. »

« Justement. Moi, je voudrais aussi une carte amusante pour mon anniversaire, avec des trucs marrants quand on la déplie et écrite à la main, comme dans le temps. Ce qui n’empêche pas non plus de me faire un cadeau. »

« Eh ben voilà ! »

« Le problème c’est qu’il faut que j’organise une fête qui me coûte au moins aussi cher que le cadeau, si ce n’est plus. »

« D’accord, mais vous ne tenez pas compte de la valeur sentimentale. Ce jour-là, vous êtes entouré d’affection. »

« J’aime quand même mieux le 14 juillet. On fait la fête aussi. Personne ne se souvient pourquoi, mais ce n’est pas grave. Je n’ai pas de cadeau à faire. Certes, on ne reçoit de carte postale, mais tout le monde est content quand même parce que c’est le 14 juillet, et que c’est une date qui a l’air sympa : ça rappelle l’été, les vacances et tout ça.  Les veinards, ce sont ceux qui sont nés un 14 juillet. Moi, c’est le 24 janvier, ça n’inspire rien à personne. »

« Pensez un peu à tous ceux qui sont nés un 29 février au lieu de faire la tête. »

Des bruits

9 mars, 2016

Lorsque Louis murmure,

Jeanne susurre

Et Paul chuchote.

Alors Jean grogne

Dans son coin Perrine bougonne

Puis grommèle.

Ce qui fait que Thomas ronchonne

Puis rouscaille.

Distinction

8 mars, 2016

« Je suis distingué. »

« Ah bon ? Comment fait-on pour être distingué ? »

« Par exemple, je ne me vautre pas sur un fauteuil, je m’assieds. »

« Ce n’est pas possible. Moi, si je ne vautre pas, je n’ai pas l’impression d’être assis. Il faut que le fauteuil respecte sa vocation de fauteuil. Vous en avez d’autres comme ça ? »

« Oui, justement. Je dis ‘cela’ et non pas ‘ça’. »

« C’est beaucoup trop long ! Il faut raccourcir les mots de nos jours. Il n’y a plus que les personnages historiques pour dire ‘comme d’habitude’ au lieu de ‘comm d’hab’. »

« Bon, admettons que je sois un personnage historique. Du coup, je suis d’une fréquentation beaucoup plus agréable que vous. »

« Je reconnais que vous vous habillez bien. Mais ça doit vous coûter bonbon. »

« Euh… je ne vois pas bien ce que vient faire la confiserie là. J’essaie de me vêtir avec goût. Je dois dire que vos vieux tee-shirts froissés m’indisposent fortement. »

« Vous n’avez rien vu ! J’ai oublié de mettre mon meilleur jean complètement troué et mes tongues qui partent en miettes. »

« Je reconnais parfois que vos excentricités sont d’un drôle ! Mais enfin, pour vous rendre à votre labeur, ce n’est guère convenable. »

« Vous avez raison, je vais mettre un chapeau melon au-dessus de mon tee-shirt, ça va être le délire. Mon patron Dugenou va apprécier. Et pour les coudes sur la table en mangeant, on fait comment ? »

« On les enlève, si possible. De même, on se lève quand une dame entre dans la pièce. »

« Pourquoi ? Elles, elles ne lèvent pas quand je me pointe. »

« Passons sur ces détails. Vous montez ? »

« Non, mes parents dorment à l’étage. Je vais me faire encore engueuler si je les réveille. »

« Non, monter, c’est faire de l’équitation. A la rigueur, vous pourriez jouer au tennis ou au golf. Mais le rugby, ce n’est pas très distingué, sauf à Oxford ou Cambridge, entre gentlemen. »

« Bien, on va s’en jeter une ? »

« Non. Je ne m’affiche pas dans les lieux publics avec n’importe qui. Lorsque vous aurez trouvé une allure appropriée, nous pourrions nous retrouver à mon club. Nous avons une attention particulière à la tenue capillaire. Tout ce qui ressemble à un iroquois est refoulé à l’entrée. »

« Vous ne devez pas vous marrer souvent. »

« Je ne me marre pas, je pouffe à la rigueur. Ou alors je souris avec finesse du coin des lèvres, tout en manifestant mon contentement par une petite lueur amusée au fond de l’œil droit. »

A notre rayon fromagerie

7 mars, 2016

Tom

Est beau et fort.

Ce n’est pas un bleu.

Il sait compter.

Sa maison est en briques

Et son toit en chaume.

Parfois, il franchit le pont pour voir l’évêque

Et lui apporter des bûches.

A tort ou à raison

6 mars, 2016

« Les absents ont toujours tort. Vous n’étiez pas participant au dernier débat télévisé, donc vous avez tort. »

« Je ne pouvais pas y être puisque je n’ai pas été convié. »

« Aucune importance, le dicton ne fait pas cette différence. Vous étiez absent, donc vous avez tort. Et notamment tort de ne pas savoir vous faire inviter dans toutes les émissions de télé ou de radio. C’est ainsi. »

« Sur le fond, vous savez bien que j’ai raison. »

« Vous êtes un homme qui a raison, mais vous avez tort. Aujourd’hui, pour avoir raison, il faut être présent dans les médias. »

« Si je comprends bien, il ne suffit pas d’avoir raison dans l’absolu, il faut être présent pour le dire. A défaut, on a tort. »

« Absolument, d’après les croyances populaires, ceux qui ont tort, mais qui sont présents pour s’exprimer publiquement, ont plus raison que ceux qui ont raison, en étant absents. »

« C’est un peu dérangeant, vous ne trouvez pas ? »

« Non, chacun doit pouvoir s’exprimer, ça s’appelle la liberté d’expression. Ceux qui sont là pour s’exprimer au bon moment, sont forcément plus écoutés que ceux qui sont absents. Et comme les gens d’aujourd’hui ont tendance, par une sorte de paresse naturelle, à croire le dernier qui s’est exprimé, celui qui a parlé le dernier a raison, même s’il a tort. »

« On va aller loin avec ce genre de principe ! »

« Aucune importance. Si vous êtes absent du débat, vous tombez dans les dizaines de millions de gens qui écoutent ceux qui s’expriment,. Vous êtes alors dans ceux qui ont tort puisqu’ils ne sont pas présents. C’est une grande leçon, si on a envie d’avoir raison, il faut se montrer et prendre la parole. »

« Comme par hasard, à la télé, c’est toujours les mêmes qui parlent. »

« Tout à fait. Pour avoir raison, il faut en plus intriguer pour pouvoir être présent. Une fois qu’on est présent, c’est plus facile de continuer à être présent. On peut même s’offusquer publiquement au cas où on n’a pas été invité. »

« Donc avoir raison, tout seul dans son coin, ce n’est pas avoir raison. »

« C’est même avoir tort puisque vous êtes absent du grand show médiatique. »

« Pourtant, ceux qui sont présents, disent beaucoup de conneries. »

« Aucune importance. Ce n’est pas un problème. Au contraire, les conneries, ça fait du spectacle. Ce n’est pas vous, avec vos théories cohérentes et approfondies qui pourriez faire grimper l’Audimat. »

« Et si on donnait la parole à ceux qui ont tort, c’est-à-dire le peuple ? »

« Ceux qui sont présents vont s’énerver. »

«  Ils auraient bien tort. »

Une partie de double

5 mars, 2016

Le sévère persévère

Il phosphore fort

Il mérite la mairie.

Le mou tond son mouton.

Le lourdingue est dingue

C’est un macho chaud.

Sa femme babille et s’habille.

L’étourdi a tout dit.

Si ! Si !

4 mars, 2016

Sissi,

Epaissie,

Ira d’Issy

Jusqu’en  Sicile

Ici-bas,

Elle me scie.

Félicie

Aussi

Qui ira d’ici

A Tbilissi.

Un apprenti minable

3 mars, 2016

« J’aimerais bien laisser mon nom dans l’Histoire. »

« Ecrivez ! »

« C’est-à-dire que je ne suis pas Ronsard ou Voltaire. J’écris un peu, mais ça m’étonnerait que les collégiens de l’année 2100 étudient la relation de mes vacances à la plage. Je ne suis pas un écrivain très intéressant. »

« Accomplissez un exploit sportif. »

« Ce n’est pas possible non plus. J’ai des possibilités physiques limitées au minimum vital. Je ne suis pas Alain Mimoun. »

« Quelqu’un pourrait vous martyriser ? Il y a de nombreuses rues qui portent le nom de martyres. »

« Non, je n’y teins pas tellement. Et puis, je ne vois pas un citoyen annoncer avec plaisir qu’il habite au 5 de la rue Saint Dugenou. »

« Ou alors, inventez un plat cuisiné. Après tout, le cuisinier de Chateaubriand a inventé une grillade qui porte le nom de l’écrivain. Les sœurs Tatin sont passées dans l’histoire à cause de leur tarte. De nos jours, la cuisine est un bon moyen de passer à la postérité. »

« J’aimerais quand même qu’on se souvienne de moi pour quelque chose de plus noble. Je pourrais être le premier à faire quelque chose de bizarre ou d’inconnu. »

« Est-ce que ça vous est déjà arrivé ? »

« Non, j’aime mieux que les autres testent des nouveautés avant moi, mais ce n’est pas une raison suffisante pour qu’on ne se souvienne pas de moi. »

« Vous pourriez être celui qui n’a jamais rien fait d’étonnant, celui qui a peur de tout, celui qui ne prend jamais d’initiatives hasardeuses… »

« Vous croyez que la postérité s’en souviendra ?»

« Ce serait surprenant. Mais justement, c’est un concept nouveau. Des originaux pourrait être séduits par la vie du plus beau minable que la Terre ait jamais porté. Après tout, on se souvient bien des grands bandits : Bonny and Clyde, Billy the Kid, etc… »

« Il faudrait que je me distingue par une action d’éclat pour être distingué des minables moyens. Actuellement, ils sont très nombreux. »

« J’avoue qu’être plus minable que minable, c’est compliqué. Vous pourriez essayer de dénoncer vos proches ou vos voisins pour des bêtises du type fraude fiscale, c’est assez écœurant. Surtout si vous fraudez vous-même. »

« J’ai essayé, mais la police et le fisc m’ont proposé de l’argent pour m’encourager à devenir leur indic. »

« Et alors ? »

« C’est que moi, je veux dénoncer gratuitement pour être encore plus pourri que pourri. Sinon, comment voulez-vous que je devienne célèbre ? »

C’est chou !

2 mars, 2016

Michou

Le chouchou

Chouine.

La chouette

Qui n’est pas chouette,

Lui a chouravé

Le chou

De sa choucroute

Ainsi que ses cachous.

La rancune

1 mars, 2016

« Je suis très rancunier. »

« C’est mal, c’est même très mal. »

« Pourquoi ? »

« J’en sais rien. Mais la rancune, c’est ainsi catalogué dans le grand livre des défauts. »

« Si je comprends bien, remercier quand on est agressé, c’est plutôt bien vu ? »

« Non, vous interprétez. Vous avez le droit de casser la figure tout de suite à votre agresseur, ça c’est bien. Mais vous n’avez pas le droit de ruminer longuement votre rancœur avant de vous venger subrepticement. »

« Mais quand mon agresseur est plus fort que moi, je préfère attendre pour l’attaquer par surprise. C’est mal aussi ? »

« Oui. La morale est ainsi faite qu’elle ne tient aucun compte des forces en présence. Vous devez affronter votre adversaire en face-à-face, même s’il est évident qu’il va vous réduire en bouillie. »

« En fait, le combat physique est rare. Moi, je pensais plutôt à l’affrontement psychologique. »

« C’est pareil. Si vous êtes insulté ou humilié, vous ne devez en vouloir à personne, sinon vous n’êtes qu’un rancunier. En plus, personne ne veut vous parler puisque vous ruminez votre amertume dans votre coin, en ne pensant qu’à vous venger. »

« La solution, cela pourrait être de ne pas m’humilier. »

« C’est très rare. Dans le pays, votre entreprise, chez vous, vous n’êtes qu’un homme ordinaire soumis à la loi, à votre patron, à votre conjoint. Par conséquent, tenez votre rôle de soumis, sinon vous devez être humilié, c’est comme ça. »

« Bon, alors, je suis rancunier. »

« Comment ? Vous vous révoltez contre l’ordre établi ? Prenez garde, vous allez finir au gibet… Enfin… quand je dis au gibet, c’est métaphorique. Vous voyez ce que je veux dire. »

« Donc, on est soumis ou bien rancunier et pendu. J’ai une idée : je vais être rancunier, mais ne pas attaquer mon adversaire par surprise. C’est sympa, non ? »

« C’est moins violent, mais ce n’est guère admis par les conventions sociales. Quand vous tenez votre rôle de soumis, vous devez garder une tête de soumis et non pas l’air d’en vouloir à la terre entière. Une telle attitude dérange tout le monde. »

« J’ai une autre idée. Je vais être hypocrite. Après que mon adversaire m’ait bien humilié, je vais lui dire gaiement : « sans rancune ». Je serai souriant, enjoué, je lui paierai même un verre. Je lui proposerai d’oublier qu’il m’a trainé dans la boue. Il sera un peu déstabilisé. Et au moment où il ne s’y attend plus, je lui fais une magnifique crasse. »

« Bon, écoutez ! Restez donc rancunier, ça vaudra mieux. »

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