Archive pour mars, 2016

Communication

20 mars, 2016

« Vous me parlez ? Pourquoi vous me parlez ? Chez moi, personne ne me parle. Vous êtes sûr que vous êtes normal. »

« Oui, aux dernières nouvelles. Pourquoi ne voulez pas vous pas qu’on vous parle ? »

« Parce que je suis rien. On ne parle pas à rien à moins d’être un peu fêlé. »

« Comment ça, rien ? Vous êtes un être humain ! Nous sommes entre êtres humains. »

« Non, je suis une adresse mail, en mettant les choses au mieux. Pendant longtemps, j’ai été un numéro de Sécu, maintenant je suis une adresse mail. »

« Donc, on peut se parler par mail. »

« Non, ce n’est pas sûr. Il faut que j’ouvre votre message. Je n’en ai pas toujours très envie. Anciennement, j’étais obligé de vous écouter, maintenant, je peux très bien ne pas prendre votre expression en considération. »

« Ce serait pourtant sympa de jeter un œil sur ce que j’ai à vous dire. »

« Peut-être, mais comme je suis une chose désincarnée, je ne promets pas de faire une réponse intelligente. J’ai un bouton « réponse standard » qui me sert à tout. Je m’adapte à la civilisation du non-dialogue. »

« Pourtant, on est bien en train de parler. »

« C’est vrai, les gens ont encore des conversations, mais c’est pour se demander si les uns ont bien reçu le mail envoyé par les autres. Quand ce n’est pas le cas, l’expéditeur promet de relancer son envoi. »

« C’est un peu mince, mais que voulez-vous y faire ? Heureusement, il y a encore le portable et la tablette pour communiquer. »

« C’est une idée. On pourrait s’appeler ce soir. Envoyez-moi un mail pour fixer l’heure du rendez-vous ! »

« Vous avez quelque chose à me dire ? »

« Non et vous ? »

« Non plus ! On va pouvoir s’appeler tranquillement. Quand le téléphone sonne, je crains toujours des mauvaises nouvelles. »

« Vous êtes sûr qu’on ne peut pas parler de vive voix ! »

« Non, les gens pourraient en déduire que nous sommes pauvres, incapables de nous payer un forfait téléphonique. J’ai une réputation à soutenir dans le quartier. Si vous pouviez arrêter de me parler, ça m’arrangerait. »

« On pourrait ne pas parler et s’envoyer des SMS. A un mètre de distance, ça devrait marcher. »

« D’accord, aidez-moi. Si vous pouviez taper le message que je vous envoie, ça me soulagerait. »

Nos mauvais poèmes

19 mars, 2016

Il se nomme

Lhomme.

L’homme

Aime les pommes

Et la tome.

A Rome

Comme

Dans la Somme.

Je table sur cette histoire

18 mars, 2016

Le redoutable

Notable

Sort de son étable.

Sur son portable

Il appelle le lamentable

Comptable,

Doté d’un salaire confortable

Pour lui parler de ses dessous-de-table.

Remerciements

17 mars, 2016

« Je vous remercie. »

« De quoi ? Je ne vous ai rien donné. »

« De votre présence, ce n’est déjà pas mal. Et, en plus, vous m’avez parlé ! Ce n’est pas si fréquent. »

« Vous remerciez tout le monde. »

« Oui, les commerçants. Par exemple. »

« C’est eux qui devraient vous remercier de leur avoir acheté quelque chose. »

« Oui, mais ils ont eu l’amabilité de prendre en considération ma demande et de trouver le moyen de la satisfaire. Ceci dit, si je ne trouve pas ce que je veux chez un commerçant, je remercie quand même pour le temps que je leur ai fait perdre. »

« C’est consternant, même quand ils vous envoient paître !! »

« Oui, mais je mets un ton ironique dans mes remerciements pour les embêter et pour qu’ils se rendent compte que je m’en retourne de fort méchante humeur. »

« Et quand vous sortez des bureaux du fisc, vous remerciez aussi ? »

« Un peu sèchement. Mais nous sommes entre bons citoyens, je les remercie de m’avoir montré en quoi j’ai contrevenu aux lois de la république. C’est toujours sympa d’être remis dans le droit chemin par des gens compétents. »

« Vous devriez aussi remercier vos parents et vos maîtres pour vous avoir bien éduqué, ce serait un acte de reconnaissance. »

« C’est fait. Chaque fois que je vais diner chez ma mère, je la remercie des bons soins qu’elle a eus pour moi. Euh… Elle en a un peu marre de mes mercis ! »

« Et pour vos profs ? »

« Je les ai abreuvés de louanges en sortant du lycée. Ils n’ont pas trouvé ça complètement normal. Ils me remercient de ne pas leur avoir cassé la figure. »

« Moi, je me contente de couvrir mon patron de compliments pour fayoter un peu et puis après je lui demande une augmentation. »

« Et ça marche ? »

« Modérément. Finalement, c’est vous qui avez peut-être raison. On devrait remercier tous ceux et tout ce qui nous font vivre. D’autant plus que ça ne durera pas éternellement. »

« Vous prévoyez la fin du monde ? »

« Ce n’est pas exclu. Notez bien qu’il faudra encore remercier dans l’au-delà Celui qui a fait que nous ayons existé. »

« Je le remercie de ne pas se précipiter pour mettre un terme à son Grand Bazar. C’est peut-être le bordel, mais on n’y est pas si mal que ça. »

En trois lettres

16 mars, 2016

Il bossait pour la CIA

Puis il a été au RSA,

Malgré son BEP

Dans le secteur du BTP.

Il n’a pas payé l’EDF

Ni le TER.

Il aimait bien le PSG

Mais il a fini au CHU.

Une histoire de loups

15 mars, 2016

« Vous hurlez avec les loups, vous ? »

« Evidemment, c’est bien plus pratique que de hurler tout seul. Quand vous hurlez à plusieurs, vous êtes tranquille : personne ne sait que c’est vous ! »

« C’est quand même un petit peu lâche, vous ne trouvez pas ? »

« Si ! Et alors ! Moi quand je manifeste dans la rue, c’est pour exprimer mon mécontentement, ce n’est pas pour me faire repérer et casser la figure par un CRS un peu trop zélé. »

« Mais, les loups n’ont pas forcément raison. Ils ne sont même pas forcément d’accord entre eux ! »

« On s’en fout ! L’essentiel, c’est de hurler pour faire peur aux gens et au pouvoir en place. On hurle, on fout le feu, on casse des vitrines…. Et après on voit venir ! »

« Bon d’accord, vous avez des revendications légitimes, mais si tout le monde en fait autant : profs, médecins, notaires, ouvriers, employés… On casse tous les jours. »

« Absolument. Mais il n’y a pas que dans la rue qu’on peut hurler avec les loups, on peut aussi très bien faire ça à la télé. »

« Comment ça ? »

« Oui à la télé, tout le monde dit la même chose. Il suffit de dire comme tout le monde pour être invité. C’est ça la magie de la meute de loups, non seulement vous n’êtes pas inquiété, mais vous êtes honoré puisque vous rouspétez comme tout le monde. »

« Parfois, un loup solitaire pourrait avoir une idée originale… »

« Oui, mais il a a priori tort puisqu’il est solitaire et ne peut donc pas hurler. En plus, si par hasard il est entendu, on sait que c’est lui, donc on peut facilement l’interpeller et lui casser un peu la figure. »

« Allons, allons ! Au lieu de hurler, on pourrait avoir une discussion intelligente entre individus cultivés. »

« Une discussion intelligente ? Vous avez déjà vu des loups se réunir dans un salon, fumer un petit joint, un petit verre d’alcool entre les mains, entamer une controverse de haut niveau sur un ton feutré ? »

« J’avoue que c’est un peu bizarre comme image. Ceci dit, nous ne sommes pas des loups. »

« Si ! Comme disait l’autre : l’homme est un loup pour l’homme ! »

« Ce n’est qu’une métaphore. Le progrès de la civilisation consiste justement à substituer des rapports apaisés aux relations conflictuelles et un peu bestiales. »

« Très bien. Alors au nom de la civilisation, je vous demande de manière apaisée une augmentation de mon pouvoir d’achat de 10%. »

« Euh… je vous préférais quand vous hurliez avec les loups… »

Les hommes et les femmes

14 mars, 2016

Aux prud’hommes

Il s’est comporté en gentilhomme.

Ce n’est pas un surhomme.

Mais il n’est pas une femmelette.

Il est d’un tempérament bonhomme.

Son ex-femme

Est sage-femme.

Sur son chapeau, elle porte des suivez-moi-jeune-homme.

Croire ou non.

13 mars, 2016

« Moi, je crois ce que je vois. »

« Comme Saint Thomas ! »

« Qui c’est ? Je ne l’ai jamais vu. »

« Si je comprends bien, vous, vous n’êtes pas un rigolo, il vous faut des choses concrètes ? »

« Absolument, moi, on ne me possède pas avec de belles paroles. »

« Ce qui veut dire que vous ne croyez à rien. Vous n’avez pas la foi. Vous ne vous sentez pas un peu malheureux ? »

« Selon vous, croire à quelque chose qu’on ne voit pas, ça rend heureux ? C’est curieux. Moi, il me faut des choses solides que je peux toucher pour que je me sente à l’aise. »

« Mais vous savez tout de même que l’esprit a précédé la main. Autrement dit, avant de fabriquer le premier ordinateur, il a fallu que quelqu’un en ait eu l’idée. Et il n’y a rien de plus abstrait qu’une idée. »

« Là, c’est différent. On est dans un processus de production qui a abouti à quelque chose de concret. Avant que l’ouvrier ne travaille, il faut un ingénieur pour élaborer le plan. »

« Oui, mais il a fallu avant que l’ingénieur soit formé grâce à des enseignants qui ont transmis du savoir-faire et modelé sa matière grise. Encore des choses que vous ne pouvez pas toucher de vos petits doigts. »

« Bon d’accord, je conserve les profs, à condition qu’ils ne manifestent pas trop. »

« Et pour qu’il y ait des profs, il a fallu qu’il y ait eu la République qui reconnaisse que l’éducation est le moteur du développement économique et le ciment de l’unité nationale… Vous ne pouvez pas toucher ça non plus. »

« Je vous vois venir. Vous allez me dire qu’au début du temps, il a fallu qu’il y ait quelqu’un pour tout mettre en route et qu’il serait bon que je crois dans l’existence de ce grand Maître que personne n’a jamais vu. »

« Et alors ? »

« Et alors, ça me dérange un peu. S’il a décidé de fabriquer le Monde, il se peut qu’il se pique un jour d’y mettre fin sans m’avertir de ses intentions. »

« Donc, en réalité, si vous n’avez pas la foi, c’est que vous avez peur de ce qui pourrait vous arriver. »

« Vous faites le malin, mais je sûr que vous craignez aussi la fin du Monde. »

« Oui, peut-être, mais on peut commencer par s’organiser pour sauver la Planète. »

« Vous n’allez pas me sortir du baratin écolo. Je n’y crois pas non plus. »

« Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ? »

« Rien. Enfin si ! On rouspète contre tout, ça fait du bien ! »

Nos mauvais poèmes

12 mars, 2016

Il aurait aimé être Rocambole,

Mais il n’a pas eu de bol.

C’est un ancien discobole

A qui il manque une guibole.

Il en a ras-le-bol.

Ce n’est pas un sex-symbol

Il ne s’intéresse pas aux fariboles

Il parle par paraboles.

Le bien et le mal

11 mars, 2016

Fabien

N’est pas malportant

Il est bien fait.

Il n’est pas mal-aimé

Ni mal-logé

Comme Malik

Qui souffre de mal-être

Mais qui est plutôt bien-pensant.

Il n’y a donc que demi-mal.

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