Remerciements

« Je vous remercie. »

« De quoi ? Je ne vous ai rien donné. »

« De votre présence, ce n’est déjà pas mal. Et, en plus, vous m’avez parlé ! Ce n’est pas si fréquent. »

« Vous remerciez tout le monde. »

« Oui, les commerçants. Par exemple. »

« C’est eux qui devraient vous remercier de leur avoir acheté quelque chose. »

« Oui, mais ils ont eu l’amabilité de prendre en considération ma demande et de trouver le moyen de la satisfaire. Ceci dit, si je ne trouve pas ce que je veux chez un commerçant, je remercie quand même pour le temps que je leur ai fait perdre. »

« C’est consternant, même quand ils vous envoient paître !! »

« Oui, mais je mets un ton ironique dans mes remerciements pour les embêter et pour qu’ils se rendent compte que je m’en retourne de fort méchante humeur. »

« Et quand vous sortez des bureaux du fisc, vous remerciez aussi ? »

« Un peu sèchement. Mais nous sommes entre bons citoyens, je les remercie de m’avoir montré en quoi j’ai contrevenu aux lois de la république. C’est toujours sympa d’être remis dans le droit chemin par des gens compétents. »

« Vous devriez aussi remercier vos parents et vos maîtres pour vous avoir bien éduqué, ce serait un acte de reconnaissance. »

« C’est fait. Chaque fois que je vais diner chez ma mère, je la remercie des bons soins qu’elle a eus pour moi. Euh… Elle en a un peu marre de mes mercis ! »

« Et pour vos profs ? »

« Je les ai abreuvés de louanges en sortant du lycée. Ils n’ont pas trouvé ça complètement normal. Ils me remercient de ne pas leur avoir cassé la figure. »

« Moi, je me contente de couvrir mon patron de compliments pour fayoter un peu et puis après je lui demande une augmentation. »

« Et ça marche ? »

« Modérément. Finalement, c’est vous qui avez peut-être raison. On devrait remercier tous ceux et tout ce qui nous font vivre. D’autant plus que ça ne durera pas éternellement. »

« Vous prévoyez la fin du monde ? »

« Ce n’est pas exclu. Notez bien qu’il faudra encore remercier dans l’au-delà Celui qui a fait que nous ayons existé. »

« Je le remercie de ne pas se précipiter pour mettre un terme à son Grand Bazar. C’est peut-être le bordel, mais on n’y est pas si mal que ça. »

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