Archive pour février, 2016

Fabuleux !

9 février, 2016

« Je trouve que les morales des fables de La Fontaine sont sujettes à discussions. »

« Ah bon ? Par exemple ? »

« Pourquoi attribue-t-on le beau rôle à la fourmi et celui de l’idiote de service à la cigale ? »

« Parce que dans la vraie vie, c’est intelligent de mettre un peu d’argent de côté plutôt que de s’en ficher complètement en dilapidant tout son avoir. »

« Peut-être, mais il n’empêche que la fourmi, se privant de tous les plaisirs au nom du principe de précaution, ne doit pas être quelqu’un de très agréable à fréquenter. Elle est peut-être parée pour passer l’hiver, mais elle est toute seule. Et puis qu’est-ce que c’est que cette manière d’envoyer valser cette pauvre cigale qui meurt de faim ? C’est de la générosité, ça ? »

« C’est une manière de dire que lorsqu’un écart par rapport à la morale a été constaté, il doit y avoir des sanctions pour que le fautif se reprenne. »

« Elle n’est pas prête de se reprendre la cigale, si elle ne passe pas l’hiver. Parlons un peu du corbeau. Certes, il a manifesté un peu de naïveté, mais c’est quand même lui la victime qui s’est fait piqué son fromage. Quant au renard, ce n’est qu’un vieil hypocrite. Il n’y avait vraiment pas de quoi composer un poème pour glorifier ses faits d’armes. »

« Ce n’est pas une ode à sa gloire, tout juste un message de prévention contre tous les flatteurs. »

«Et ce pauvre héron au long bec, emmanché d’un long cou qui ne voulait pas de la petite friture. Il avait bien le droit de choisir son menu. »

« Oui, mais quand vous allez au resto, vous allez là où on sert ce que vous aimez. Sinon, vous devez vous contenter de ce que le cuisinier prépare. Et puis, la morale, c’est qu’il faut savoir se satisfaire de ce qu’on a. »

« Je regrette, mais je trouve qu’il faut avoir beaucoup plus d’ambition que ça ! Et ce pauvre laboureur qui exhorte ses enfants à bosser ! Ils les privent du droit de protester contre tous ceux qui exploitent le fruit de leur labeur à leur seul profit ! C’est un scandale ! »

« C’est un brave homme qui croit bien de transmettre le goût de l’effort aux générations suivantes. »

« En leur interdisant toute réflexion politique. C’est du joli ! Et le lièvre, ridiculisé par la tortue !  Faire croire au jeune sportif qu’un être plus faible peut devancer à la course un champion du sprint, ce n’est vraiment pas encourager l’athlétisme national. »

« C’est aussi une façon d’expliquer qu’on peut être un vrai champion de la vitesse sans se conduire, pour autant, comme un imbécile. »

« Bon, alors si je comprends bien La Fontaine : je ne peux pas rigoler à l’entrainement, je dois bosser comme un dingue sans poser des questions oiseuses, je ne dois flatter personne pour ne pas accélérer ma carrière et je ne peux pas profiter de l’été pour m’envoyer en l’air en boite. Et entrer au Monastère, c’est possible ? »

Crack, boum, hue !

8 février, 2016

Tranquille, il aime écrire des slams,

Assis sur un pouf

En écoutant le tic-tac de l’horloge.

Sa sœur Jeanne, le pif enfariné

Mange de l’ail.

En plus, elle fume du crack.

Elle lui fait coucou

Et se prend une baffe.

Vite !

7 février, 2016

« Pourquoi vous parlez vite ? »

« Parce que je suis pressé d’aller au bout de ce que j’ai à dire, d’autant plus que j’ai surement autre chose à dire après. Et puis, si je parle vite, vous n’avez pas le temps d’exprimer votre pensée qui est certainement moins intéressante que la mienne. »

« Oui, mais parfois, vous mélangez plusieurs idées et on ne comprend rien. »

« Aucune importance. L’essentiel, c’est que j’occupe l’espace pour qu’on remarque ma présence. »

« Pourquoi vous mangez vite ? »

« Parce que je n’ai pas de temps à perdre. Manger est une activité primaire et bestiale à laquelle – malheureusement – personne n’échappe. J’ai des occupations d’un niveau bien supérieur qui m’attendent. En plus, quand mon patron remarque que je déjeune sur le pouce, il est content de mon investissement au boulot. Ce n’est pas comme certains qui se gobergent à la cantine tous les midis, puis qui se prélassent à la cafétéria jusqu’à point d’heure. »

« Pourquoi vous marchez vite dans les couloirs? »

« Pour avoir l’air d’avoir des sujets fondamentaux et urgents à traiter. C’est encore mieux quand je vais vers le bureau du boss, à grandes enjambées, tout en prenant une mine préoccupée. Dans la rue, il faut que les gens comprennent que je ne suis pas un traine-savate. Ils doivent s’effacer quand je passe en coup de vent. »

« Pourquoi vous partez en quatrième vitesse après avoir passé la nuit chez votre maîtresse ? »

« Si je traine, elle va me poser des questions existentielles embarrassantes. Sur ma femme, mes enfants, comment je vois l’avenir… Je n’ai aucune envie de me poser ces interrogations et encore moins d’y répondre. Et puis de toute façon, j’ai des rendez-vous … alors, je m’excuse et hop !… On s’appelle, bien sûr ! »

« Pourquoi vous partez en quatrième vitesse de chez vous, le matin ? »

« Si je traîne, je vais récolter des corvées, du genre passer au pressing ou au boulanger en revenant du boulot. Ou alors je vais devoir entendre qu’on devrait aller voir la mémé le week-end prochain ou qu’il faut aller à la réunion des parents d’élèves. Avec toutes mes réunions de la journée qui s’annonce, vous comprenez bien que je ne peux pas ! »

« Pourquoi vous conduisez vite ? »

« Parce que ça me donne une impression de puissance et que ça correspond bien à mon tempérament de fonceur. Certes la vitesse est limitée, mais compte tenu de l’importance de mes réunions, ce genre de vulgaire réglementation ne me concerne pas. »

« Vous aimez donc  la vitesse ? »

« Non. Je m’enfuis. »

Le bien et le mal

6 février, 2016

Je suis plutôt bien-pensant.

De ses idées, je ne discute pas le bien-fondé.

Mais si je comprends bien,

Il est bel et bien

Mal-en-point.

C’est un mal-aimé,

Mal portant

Qui vivote dans son mal-être.

Ouf !

5 février, 2016

La pouffe

Assise sur un pouf

Bouffe

Sans esbroufe

Ni barouf.

Elle s’étouffe,

Je lui raconte un truc de ouf

De rire, elle pouffe.

Ouf !

Le temps

4 février, 2016

« Bonjour, je suis le Temps. »

« Non ! »

« Comment ça, non ! »

« Vous ne pouvez pas être quelque chose ou quelqu’un puisque vous n’existez pas. Un truc qui n’a ni début, ni fin, personne ne sait ce que c’est. Par conséquent, vous n’existez pas. C’est ainsi ! »

« Bien sûr que si, j’existe. Les gens disent souvent : je n’ai pas le temps ou j’ai le temps. Donc, c’est bien qu’ils peuvent me mesurer. »

« Bin non ! En fait, ils ont des impressions. Vous êtes un truc qui donne des impressions aux gens. C’est au-delà de la question de l’existence. Certains trouvent que vous passez vite, d’autres trop lentement. Vous voyez bien que vos manières de faire ne sont pas très nettes. »

« Puisque je passe, c’est bien que j’ai une certaine réalité. Lorsque le TGV passe sous votre fenêtre, vous êtes bien obligé de tenir compte de son existence. »

« En fait, vous ne passez pas. Ce sont les gens qui passent devant vous. Vous vous êtes là, les bras ballant à attendre on ne sait quoi. Je pense que vous n’attendez rien puisque vous êtes le seul à savoir que vous ne finirez pas. »

« Vous m’attribuez une pensée, donc une existence. Comme disait l’autre : je pense donc je suis. »

« Si vous voulez, mais comme vous n’attendez rien, vous n’espérez rien. Pour vous aujourd’hui, c’est comme hier, comme demain. Au final, dans votre tête, vous n’avez ni passé, ni présent, ni avenir. Vous êtes donc quelque chose en –dessous de l’animal. L’animal, lui, il attend et espère l’heure du déjeuner. »

« Vous êtes sympa, je vous jure ! Qu’est-ce que vous faites du calendrier ? »

« C’est une mystification intellectuelle. C’est de la communication. Vous avez trouvé ce moyen pour vous donner une lisibilité. Le calendrier du facteur, c’est votre site Internet. Personne n’est dupe. La nature, dans son grand renouvellement, n’a pas besoin de vous et de votre calendrier ! »

« Donc selon vous, non seulement je n’existe pas et en plus, je ne sers à rien. »

« C’est ça la tragédie : vous n’existez pas, vous ne servez à rien et les gens ne peuvent pas se passer de vous. C’est contraire à tout ce que la raison nous dicte. »

« Parce que vous estimez que la Raison, elle, elle existe. »

« Oui, sinon, plus aucune vie humaine n’est possible. Mais je reconnais que la Raison n’a pas toujours raison. »

« Oui, il y a des choses qui lui échappent, comme mon existence par exemple. »

« Vous êtes un Temps têtu ! »

Galerie de peintures

3 février, 2016

En vain, ici, vînt Vinci.

Braque me braque.

Je palis devant Dali.

Je deviens pingre devant Ingres.

Je suis âpre au gain devant Gauguin.

Avec Degas, je constate des dégâts.

Je compte ma monnaie devant Monet.

Je me courbe devant Courbet.

Avoir l’air

2 février, 2016

« Je vends des airs. »

« Ah bon ? Par exemple ? »

« Par exemple, j’ai l’air sûr de moi. Regardez : le front haut, le regard lointain, un léger sourire aux lèvres, la démarche altière. »

« Ah oui ! On dirait tout à fait le mec certain de sa force, c’est impressionnant. Et le type rusé, vous avez ? »

« Oui, observez bien. Le cou légèrement rentré dans les épaules, le regard aux aguets, la mine sournoise. Vous le voyez ? »

« Oui, très bien. Vous en avez beaucoup d’aussi affreux ?»

« Je peux faire l’individu romantique. Il me faudrait l’océan et une cigarette. »

« Pourquoi l’océan et une cigarette ? »

« Parce que je m’assieds sur un rocher, les vagues clapotent à mes pieds, je tire sur ma cigarettes en rêvant de grands départs tandis que les mouettes rieuses tournicotent au-dessus de ma tête. »

« C’est pas mal, mettez moi un air romantique de côté. On peut payer à crédit ? »

« Tout à fait, j’ai des formules intéressantes. Mais vous n’avez pas encore vu mon air intéressé. »

« C’est comment ? »

« Le cou tendu vers l’interlocuteur, les yeux éveillés, un léger hochement de la tête pour signifier votre approbation. C’est très efficace dans les discussions d’affaires pour faire croire à votre adversaire que vous partagez son point de vue. »

« C’est combien ? »

« C’est très cher, mais on pratique un système de location-vente. Sinon, pour les petits budgets, j’ai l’air étonné : la bouche bée, les sourcils haussés, les mains sur les hanches. Avec ça, vous pouvez vous étonnez de n’importe quoi. »

« J’aurais besoin d’un air gourmand pour aller déjeuner chez ma belle-mère. »

« Pas de problème, voyez ce très bel article. Les yeux allumés, le visage excité, les lèvres jointes qui font entendre un léger murmure de contentement. C’est un produit qui s’arrache. Moi-même je l’utilise beaucoup. »

« Parfait, j’en prend deux en cas de défaillance du premier. Il y a une garantie ? »

« Absolument, si l’air gourmand parait un peu forcé et que votre belle-doche vous dit qu’il ne faudrait pas se ficher d’elle, on vous fournit l’air de plaisanter. La bouche émet un long éclat et vous dites que c’était pour rire et que vous aimez bien la cuisine de votre belle-mère. »

« Et l’air de rien ? »

« Le voici ! »

« ………………………………… »

A tort et à travers

1 février, 2016

Victor

N’est pas retors

Il a eu tort

De commettre une entorse

Aux conseils de son mentor,

Hector

Qui a une voix de stentor

Et qui élève des castors.

 

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