Archive pour le 11 février, 2016

L’obsédé de l’ascenseur

11 février, 2016

« J’aime bien monter dans l’ascenseur avec les autres. »

« Ah bon ? Pourquoi ? »                             

« C’est le seul moment où on est collé. C’est la loterie. On peut être près de quelqu’un qu’on n’aime pas, ou alors d’une belle femme qui sent bon. »

« Quand vous n’aimez pas votre voisin, c’est très gênant. »

« Pour lui aussi, je lui lance un faisceau d’ondes négatives pour lui faire bien sentir ma détestation. Il ne peut éviter les foudres de mon regard. »

« En général, il regarde le bout de ses chaussures. »

« C’est encore pire : il baisse les yeux, accablé par le poids de mes reproches implicites. D’ailleurs, la plupart du temps, il ne monte pas dans le même ascenseur que moi, certain du châtiment bien mérité qu’il va recevoir. »

« Si tout le monde le déteste, il fait comment ? »

« Il prend l’escalier sous le fallacieux prétexte de faire du sport, mais ça ne trompe personne. »

« Et quand vous êtes à côté d’une belle femme. »

« Je ne la colle pas bien entendu. Et je me débrouille pour qu’elle comprenne que je fais des efforts pour ne pas coller, de façon à ce qu’elle sache que je suis un vrai gentleman. »

« Et elle ? »

« Elle fait celle qui fait semblant de ne pas avoir remarqué qu’elle est matée de toutes parts. Le mieux pour elle, c’est de consulter son téléphone. Elle a sûrement plein de sms qui l’attendent. »

« C’est frustrant. »

« Oui, mais c’est mieux que rien. Je peux m’enivrer de son parfum pendant une minute trente. Humer, ça ne la dérange pas, puisque si on vous hume vous ne pouvez pas le remarquer. »

« Vous ne la frôlez pas un peu ? »

« Si, si j’ai la chance de descendre avant elle, je fais semblant d’être un peu maladroit et de la bousculer légèrement de l’épaule. Pendant une fraction de seconde, je rêve de moments délicieux. »

« Vous êtes un obsédé de l’ascenseur ! »

« C’est un moment de vérité humaine. Etre une demi-douzaine d’êtres humains, debout dans six mètres carrés, sans qu’il ne se passe rien, ce n’est pas possible. »

« On peut toujours se dire bonjour et parler du temps. »

« Pff.. ce n’est pas très intéressant de monter avec vous, allez ! Je prends l’escalier ! »