Archive pour le 4 février, 2016

Le temps

4 février, 2016

« Bonjour, je suis le Temps. »

« Non ! »

« Comment ça, non ! »

« Vous ne pouvez pas être quelque chose ou quelqu’un puisque vous n’existez pas. Un truc qui n’a ni début, ni fin, personne ne sait ce que c’est. Par conséquent, vous n’existez pas. C’est ainsi ! »

« Bien sûr que si, j’existe. Les gens disent souvent : je n’ai pas le temps ou j’ai le temps. Donc, c’est bien qu’ils peuvent me mesurer. »

« Bin non ! En fait, ils ont des impressions. Vous êtes un truc qui donne des impressions aux gens. C’est au-delà de la question de l’existence. Certains trouvent que vous passez vite, d’autres trop lentement. Vous voyez bien que vos manières de faire ne sont pas très nettes. »

« Puisque je passe, c’est bien que j’ai une certaine réalité. Lorsque le TGV passe sous votre fenêtre, vous êtes bien obligé de tenir compte de son existence. »

« En fait, vous ne passez pas. Ce sont les gens qui passent devant vous. Vous vous êtes là, les bras ballant à attendre on ne sait quoi. Je pense que vous n’attendez rien puisque vous êtes le seul à savoir que vous ne finirez pas. »

« Vous m’attribuez une pensée, donc une existence. Comme disait l’autre : je pense donc je suis. »

« Si vous voulez, mais comme vous n’attendez rien, vous n’espérez rien. Pour vous aujourd’hui, c’est comme hier, comme demain. Au final, dans votre tête, vous n’avez ni passé, ni présent, ni avenir. Vous êtes donc quelque chose en –dessous de l’animal. L’animal, lui, il attend et espère l’heure du déjeuner. »

« Vous êtes sympa, je vous jure ! Qu’est-ce que vous faites du calendrier ? »

« C’est une mystification intellectuelle. C’est de la communication. Vous avez trouvé ce moyen pour vous donner une lisibilité. Le calendrier du facteur, c’est votre site Internet. Personne n’est dupe. La nature, dans son grand renouvellement, n’a pas besoin de vous et de votre calendrier ! »

« Donc selon vous, non seulement je n’existe pas et en plus, je ne sers à rien. »

« C’est ça la tragédie : vous n’existez pas, vous ne servez à rien et les gens ne peuvent pas se passer de vous. C’est contraire à tout ce que la raison nous dicte. »

« Parce que vous estimez que la Raison, elle, elle existe. »

« Oui, sinon, plus aucune vie humaine n’est possible. Mais je reconnais que la Raison n’a pas toujours raison. »

« Oui, il y a des choses qui lui échappent, comme mon existence par exemple. »

« Vous êtes un Temps têtu ! »